Vaud s'est mis à la prescription d'héroïne

DrogueL’héroïne pharmaceutique est administrée depuis six mois, sous surveillance médicale, aux toxicomanes les plus dépendants.

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Vingt-cinq personnes se rendent tous les jours au CHUV pour recevoir leur dose d’héroïne dite pharmaceutique. En juin dernier, le Canton de Vaud a ouvert en toute discrétion un programme de prescription médicale d’héroïne doté de 50 places, indiquait récemment la RTS. Il devrait afficher complet début 2019. Si le sujet est sensible, la démarche thérapeutique n’a rien de nouveau. La prescription médicale d’héroïne pharmaceutique est pratiquée en Suisse depuis une vingtaine d’années pour le traitement d’addictions sévères (notamment à Genève, Berne, Bâle et Zurich). Aujourd’hui, 1700 personnes suivent ce type de programme sur le territoire.

Efficacité prouvée

«C’est un succès thérapeutique qui a été observé dans tous les pays qui l’ont introduit, rapporte le Dr Olivier Simon, responsable de la section d’addictologie au Service de psychiatrie communautaire du CHUV. Cet outil thérapeutique – un de plus à disposition des médecins pour le traitement de la dépendance aux opioïdes – est reconnu et son efficacité est largement prouvée dans le sous-groupe des patients qui n’arrivent pas à se stabiliser.» A savoir: les 5 à 10% de personnes dépendantes pour qui les traitements courants de substitution, comme la méthadone, ne fonctionnent pas.

«Ce traitement permet de désamorcer progressivement la dépendance physique et psychologique»

Concrètement, les patients se rendent au CHUV deux fois par jour pour recevoir une dose d’héroïne pharmaceutique sous supervision médicale. Ils la prennent soit par injection, soit sous forme de comprimés. «Ce traitement permet de désamorcer progressivement la dépendance physique et psychologique, indique le Dr Olivier Simon. Pour le patient, cela change complètement la perspective. Il accepte un contrat de soins et expérimente avec le soignant un nouveau rapport à la substance. C’est l’amorce d’un travail thérapeutique.»

Le traitement médicamenteux, reconnu par Swissmedic, est pris en charge par la LAMAL. Le Dr Simon rappelle que de nombreuses études démontrent ses effets positifs sur la santé, la qualité de vie et la réinsertion. A long terme, les patients se stabilisent, espacent les injections, passent à la méthadone, voire arrêtent la médication. «Bien que nous anticipions ces résultats par l’expérience des autres programmes, nous n’en avons pas moins été impressionnés par les retours, rapporte l’addictologue. Parmi les 20 premiers patients admis, à trois mois, une large majorité a pratiquement complètement arrêté les consommations en dehors des médicaments prescrits et remis sur place.»

L’héroïne pharmaceutique, de son nom précis diacétylmorphine, est dérivée de la morphine, elle-même dérivée de la plante «pavot à opium». Elle est produite dans un laboratoire suisse. Contrairement à l’héroïne de rue, presque toujours coupée, elle est chimiquement pure.

Y a-t-il un risque que cette substance se retrouve sur le marché noir? Non, assure le CHUV. «Elle est administrée sur le lieu de traitement.»

En lançant ce programme, les autorités vaudoises renforcent encore le dispositif de prise en charge des toxicomanes. Le public cible rejoint en partie celui qui fréquente l’Espace de consommation sécurisé de drogues, ouvert en octobre dernier à Lausanne.

Créé: 04.12.2018, 18h01

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