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La Vaudoise star de l'autopsie poursuit sa conquête du monde

Une étude internationale valide le procédé d’examen des corps mis au point par Silke Grabherr, cheffe de la médecine légale romande.

La professeure Silke Grabherr dirige depuis 2016 le Centre universitaire romand de médecine légale. Figure mondiale de l’imagerie forensique, la légiste a inventé une technique d’autopsie virtuelle permettant de visualiser les vaisseaux sanguins des défunts et de localiser les lésions sans ouvrir le corps.
La professeure Silke Grabherr dirige depuis 2016 le Centre universitaire romand de médecine légale. Figure mondiale de l’imagerie forensique, la légiste a inventé une technique d’autopsie virtuelle permettant de visualiser les vaisseaux sanguins des défunts et de localiser les lésions sans ouvrir le corps.
Pierre Abensur - A

Silke Grabherr secoue de plus en plus fort le monde de la criminologie. La Vaudoise, spécialiste mondiale de l’imagerie forensique et directrice du Centre universitaire romand de médecine légale (CHUV et HUG), a mis au point une technique non invasive d’autopsie qui révolutionne le genre depuis quelques années.

Une étude fraîchement parue sur le site du journal «Radiology» valide le procédé, confirmant qu’il s’agit d’un complément très utile aux autopsies classiques dans le cadre d’enquêtes criminelles.

La trajectoire du couteau

Cette méthode d’identification des causes de décès, appliquée avec succès dès 2012 à Lausanne et demandée aujourd’hui dans le monde entier, porte le nom d’angiographie post mortem. Elle consiste à créer une circulation artificielle dans le corps en introduisant un liquide faisant office d’agent de contraste. Le but: visualiser les vaisseaux sanguins des défunts par le biais de l’imagerie médiale (angioscanner) et détecter les lésions. Des informations précieuses qui permettent de trouver les sources exactes d’une hémorragie, par exemple, ou encore de visualiser la trajectoire d’un couteau.

En plus du Centre universitaire romand de médecine légale, huit centres européens ont testé ce procédé dans le cadre de l’étude: Bâle, Hambourg, Munich, Leipzig, Toulouse, Cracovie, Leicester et Foggia. Cinq cents cadavres ont été soumis à la fois à l’angiographie post mortem et à l’autopsie classique, en vue de comparer les résultats.

Sur plus de 18 600 constatations faites sur les corps, 90% ont été identifiées grâce à la nouvelle technique, contre 61% seulement grâce à l’autopsie conventionnelle. Les résultats de l’angiographie post mortem s’avèrent significativement supérieurs dans les cas de lésions osseuses et vasculaires, particulièrement fréquentes après les morts violentes (chutes, accidents de la route, homicide par balle ou arme blanche…).

Comprendre sans ouvrir

«Cette étude prouve que la technique ne marche pas uniquement en Suisse, se réjouit Silke Grabherr. L’angioscanner est exploitable dans le monde entier, peu importent les standards d’autopsie.»

Pour ne rien gâcher, la méthode est simple à enseigner et pratique, relève son inventrice. «Les données digitales peuvent être récoltées rapidement, n’importe où. Pas besoin d’avoir les meilleurs spécialistes sur place si l’on veut savoir de quoi une personne est décédée. Cette technique permet d’obtenir des résultats de très bonne qualité et de les faire analyser par des experts venus d’ailleurs.»

Est-ce la fin programmée de l’autopsie traditionnelle, scalpel à la main? «Non, répond Silke Grabherr. Dans certains cas comme la noyade ou la strangulation, l’angioscanner ne documente pas les lésions. Les deux techniques sont vraiment complémentaires.»

Les champs d’application de l’autopsie virtuelle sont vastes. Elle offre enfin une alternative lorsque l’ouverture du corps n’est pas possible. «C’est interdit dans certains pays», relève la professeure Grabherr. Cette méthode d’imagerie forensique est aussi une option moins traumatisante pour les familles qui voudraient en savoir plus sur les causes de la mort d’un parent mais se refusent à pratiquer une autopsie. «Il serait d’ailleurs judicieux d’augmenter le nombre d’angioscanner pour ce type de demandes», commente Silke Grabherr.

Autre application: les catastrophes. «Imaginons un acte terroriste qui fait 50 morts. Il est impossible de tous les autopsier en trois jours. Par contre, on peut faire un angioscanner et libérer les corps rapidement pour les rendre aux familles.»

Très demandée, la spécialiste forme des équipes à tour de bras, aux quatre coins du globe. En Europe, on l’a dit, mais aussi en Corée du Sud, au Japon, en Chine, au Brésil… Et bientôt, peut-être, aux États-Unis. «L’armée américaine est intéressée mais elle ne pouvait rien faire si la technique n’avait pas été validée par plusieurs instituts.» C’est désormais chose faite. «Le travail le plus important, maintenant, consiste à former les professionnels à choisir la bonne technique – la classique ou la nouvelle – pour chaque cas.»

Le Centre universitaire romand de médecine légale effectue environ 600 autopsies par année. L’angiographie post mortem est pratiquée dans un tiers de ces cas.

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