Les Vaudoises font davantage d’enfants, mais le premier vient toujours plus tard

Portraits de familles 3/4Le nombre moyen d’enfants par femme est passé à 1,61. La majorité accouche après 30 ans.

Anne Delafontaine a accouché d’Abigaëlle, bientôt 22 mois, à 34 ans. Assistante de direction, elle a dû changer d’employeur pour pouvoir réduire son temps de travail.

Anne Delafontaine a accouché d’Abigaëlle, bientôt 22 mois, à 34 ans. Assistante de direction, elle a dû changer d’employeur pour pouvoir réduire son temps de travail. Image: Florian Cella

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On a l’habitude d’entendre que notre société est vieillissante. Petite éclaircie ces dernières années, la fécondité a augmenté dans le canton de Vaud. C’est ce qu’on découvre dans la récente publication Portraits des familles vaudoises - Des chiffres pour les décrire. Entre 2002 et 2013, le nombre moyen d’enfants par femme est ainsi passé de 1,49 à 1,61, et le nombre de naissances annuel, de 6788 à 8274.

Pas de quoi pavoiser néanmoins. Si les naissances sont en hausse depuis quelques années, c’est paradoxalement un effet de la tendance générale au vieillissement. Les femmes sont de moins en moins nombreuses à avoir leur premier enfant dans la vingtaine, elles sautent de plus en plus souvent le pas entre 30 et 39 ans. C’est donc un phénomène de rattrapage qui est à l’œuvre: «On peut dire que ces femmes ont maintenant les enfants qu’elles n’ont pas eus avant», explique Léna Pasche, cheffe de projet à Statistique Vaud.

En moyenne, les Vaudoises mettent au monde leur premier bébé à 30,4 ans, soit deux ans plus tard qu’il y a vingt ans. Les raisons de cette évolution sont à chercher dans nos mentalités, mais aussi dans des considérations très pratiques. «La Suisse est un pays où il n’est pas simple de concilier carrière et famille, relève Laura Bernardi, professeure de démographie et de sociologie à l’Université de Lausanne et vice-directrice du pôle de recherche national LIVES. On voit que les Suissesses sont très présentes sur le marché du travail… tant qu’elles n’ont pas d’enfants. Par la suite leur taux d’activité et leur compétitivité baissent.» La question des possibilités de garde est donc cruciale et se retrouve dans les statistiques. «En comparaison internationale, les pays qui sont les plus avancés en la matière sont aussi ceux qui ont les plus hauts taux de fécondité», analyse Léna Pasche.

«40 ans au maximum»

Donc, oui, les femmes prennent leur temps, mais elles se sentent aussi de plus en plus à l’aise avec cette idée. «Quand on demande quel est l’âge maximal pour avoir son premier enfant, la réponse est désormais 40 ans», explique Laura Bernardi. Et la peur de manquer le coche pour avoir trop tardé? «Devenir parent n’est plus un automatisme comme par le passé, estime la sociologue, mais il y a aussi l’idée que l’on peut avoir des enfants de plus en plus tard, cette illusion de jeunesse qui se prolonge.»

Si ce n’est pas la jeunesse qui dure plus longtemps, la vie en tout cas s’allonge. Cela, combiné avec l’arrivée de plus en plus tardive du premier enfant, change le visage de nos clans familiaux. «Le nombre de générations qui se côtoient est resté constant depuis le siècle dernier, mais elles sont plus espacées et les grands-parents connaissent de plus en plus leurs petits-enfants adultes. C’est une des grandes mutations qui marquent les relations familiales, avec la multiplication des séparations et des familles recomposées», explique encore Laura Bernardi.

Suissesses à la traîne

Au final, par rapport aux autres cantons suisses, Vaud reste parmi les plus féconds, en 9e position derrière Appenzell, Obwald, Fribourg, le Jura, Schwytz, Thurgovie et Zoug.

Mais, qu’on ne s’y trompe pas, l’effet de rattrapage des mamans trentenaires n’est pas le principal facteur. Plus élevé que celui des Suissesses (1,47), le taux de fécondité des femmes étrangères (1,86) contribue nettement à redresser la barre. Un phénomène dont Vaud bénéficie particulièrement puisque, en 2013, le canton comptait environ 33% d’étrangers, contre 24% au niveau suisse.

(24 heures)

Créé: 07.01.2016, 10h48

«Je cherchais toujours le moment idéal»

Anne Delafontaine est une maman heureuse. Avec son mari, elle a accueilli une petite Abigaëlle il y a presque 22 mois, à 34 ans. Un âge un peu en dessus de la moyenne pour démarrer une famille, mais nettement dans la tendance.

Sans connaître les statistiques, la jeune Yverdonnoise ne se sent pas hors norme, et cite une de ses amies devenue maman à 40 ans, tandis qu’une autre a pouponné à 39. «Ça a pris le temps que ça a pris», dit-elle aujourd’hui. Mais il a fallu apprendre à lâcher prise et à cesser de fantasmer sur le mythe de la mère parfaite: «Je cherchais toujours le moment idéal, je me trouvais des excuses, comme de ne pas avoir le bon job. Puis j’ai réalisé qu’il fallait que j’arrête de me priver de ce dont j’avais envie.» Car des enfants, elle en a toujours voulu, et son mari encore plus.

Et la peur d’être trop âgée? «J’ai eu envie de croire que la nature est bien faite», explique la jeune femme. Pari gagné. En fait, les craintes qui assaillent d’habitude les candidates à la maternité, Anne les avait bien en tête, mais assure qu’elles n’ont pas été déterminantes. Ce n’est qu’une fois maman qu’il a fallu faire face à quelques déconvenues. Assistante de direction à plein-temps avant d’accoucher, elle pensait «naïvement» qu’elle pourrait donner la même chose à 80% à son retour. «Apparemment, j’étais la seule à le croire.» Poussée vers un autre poste, elle a changé d’employeur.

Autre changement, pour la jeune famille: malgré un revenu combiné confortable, Anne constate qu’il est devenu difficile de mettre de l’argent de côté. L’occasion de dire que l’aspect financier n’a pas joué de rôle dans la décision de faire un bébé. Par contre, il s’invitera sans doute dans la réflexion pour ce qui sera d’élargir la tribu. «Plus de deux enfants, ça paraîtrait trop compliqué. C’est vrai, je n’imagine pas ma fille enfant unique, mais on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait.»

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