Vétérinaire cantonal : «Tuer les veaux dès la détection de la maladie est juste»

VirusAprès le témoignage d'éleveurs en colère, Giovanni Peduto explique les raisons de cette campagne d'éradication.

Agriculteur à Poliez-Pittet, Christian Buffat est contraint d'abattre des veaux apparemment en pleine forme. Le vétérinaire cantonal vaudois explique pourquoi.

Agriculteur à Poliez-Pittet, Christian Buffat est contraint d'abattre des veaux apparemment en pleine forme. Le vétérinaire cantonal vaudois explique pourquoi. Image: Jean-Paul Guinnard

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Le vétérinaire cantonal vaudois Giovanni Peduto répond point par point aux interrogations des éleveurs devant abattre des veaux apparemment en pleine forme après qu'ils ont été contrôlés positifs à la BVD, une diarrhée virale bovine.

Combien de veaux vaudois a-t-on déjà abattus?
Je n’ai pas sous la main les chiffres depuis le début de la campagne en 2007. Mais il y a eu une centaine d’abattages en 2017 et le double l’an passé.

Quelle est la situation actuelle?
Sur un total d’environ 2500 exploitations vaudoises, nous en avons 11 sous séquestre (ndlr: que les bêtes n’ont plus le droit de quitter), plus 49 dans lesquelles des mesures ont été prises; principalement des interdictions de déplacer des femelles gestantes.

Pourquoi le Service vétérinaire fédéral affirme-t-il sur son site que la maladie est éradiquée?
Vu que plus de 99% des exploitations sont indemnes, on peut dire qu’elle est sur le point d’être éradiquée. Dans le canton, le taux est d’environ 97,5%.

Pourquoi le Canton a-t-il tardé à démarrer sa campagne?
Il l’a démarrée en même temps que les autres cantons. Mais nous observons une recrudescence de cas depuis deux ans, ce qui nous a incités à augmenter les mesures. Elle survient juste après une autre recrudescence chez nos voisins fribourgeois. Cette proximité n’est pas un hasard, ni d’ailleurs le fait que les foyers actuels sont assez localisés, notamment dans le Gros-de-Vaud ou la région de Morges. On commerce et échange des bêtes d’abord avec ses voisins.

Quel est votre point de vue sur cette campagne?
Elle est complexe à gérer, mais j’y adhère pleinement. Elle permet d’améliorer le statut sanitaire et, in fine, de diminuer le nombre de traitements. Donc d’obtenir des avantages de qualité par rapport à l’étranger.

En quoi est-elle complexe?
Parce que les animaux peuvent être positifs de deux manières: permanente ou en transit. Pour ces derniers, la maladie ne provoque qu’une sorte de petite grippe, dont ils guérissent. On essaie alors de ne pas les abattre, mais ce double développement complique les processus.

Pourquoi la Suisse n’a-t-elle pas choisi de vacciner les bêtes, comme d’autres pays?
Dans ces pays, les éleveurs doivent faire face par leurs propres moyens, par exemple en vaccinant. La Suisse a pris l’option de l’éradication, parce que nous pensons qu’il vaut mieux prévenir que guérir. D’ailleurs, l’Union européenne commence à s’intéresser à notre démarche. Par rapport à la situation en 2007, la campagne est un vrai succès. Travailler avec des animaux sains permet de réduire l’utilisation de médicaments et donc les frais. Tout le monde est gagnant. Mais je comprends que nos interventions soient mal vues par les éleveurs, car elles ont de vraies conséquences négatives pour eux.

Que pensez-vous des tests contradictoires réalisés chez la famille Buffat. Sont-ils fiables?
Tout à fait. Leur taux de prédictibilité est d’environ 98,5%, ce qui est très bon. Mais sur le nombre, il subsistera toujours des résultats faussement positifs ou négatifs. Ces derniers ne posent toutefois pas de problème à la campagne, puisque à leur suite apparaîtront des résultats incohérents qui nous permettront de retomber sur l’animal avec un test contradictoire. C’est une sacrée injustice pour l’éleveur concerné, mais du point de vue de l’efficacité de la campagne, on peut alors reprendre les recherches et retrouver la source.

Pourquoi n’est-il pas possible de réunir les veaux contaminés en un seul endroit, pour les engraisser puis les consommer?
Parce que la loi impose de les tuer! Lorsqu’on veut éradiquer une épizootie, on ne prend pas le risque de provoquer des contaminations indirectes. Et la BVD reste une maladie chronique: au fil des semaines, un nombre croissant d’animaux vont voir leur santé se dégrader. Les tuer dès la détection de la maladie est donc juste, tant dans l’intérêt du consommateur que dans celui de l’animal.

Créé: 25.01.2019, 19h55



Giovanni Peduto, Vétérinaire cantonal

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