Vendange de la résistance au Pays-d’Enhaut

Chateau-d'OexAlors que l’Etat lui interdit de cultiver la vigne, Pascal Rittener-Ruff a récolté son raisin jeudi. Avec le soutien de toute la région.

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Ces derniers mois, sa vigne a bien résisté au gel et à l’Etat. Et les raisins ont belle allure. Pascal Rittener-Ruff ne s’est donc pas privé, jeudi, de faire ses vendanges, aidé par des jeunes écoliers lausannois, et, surtout par plusieurs personnalités du Pays-d’Enhaut venues soutenir sa démarche. «C’est clairement un acte de résistance face aux procédures. Et vu que le raisin est mûr, je ne veux pas le laisser pourrir», confie l’ancien forestier devenu assureur.

Le hic est que le Canton lui a interdit de cultiver la vigne sur son domaine agricole du Morsalaz situé dans les hauts de Château-d’Œx, à 1080 m d’altitude, estimant l’altitude inadaptée et la vocation viticole de son projet contestable. Après avoir planté sans autorisation il y a trois ans, en guise d’essai, une parcelle de 400 m2 – qu’il a vendangée jeudi, il avait adressé une demande à l’Office cantonal de la viticulture pour faire naître un petit vignoble de 4000 m2 sur sa propriété, bien au-delà de l’altitude légale cantonale (600 m). Mais il s’est heurté au refus du Conseil d’Etat, craignant de créer un précédent. Du coup, le Favotais a saisi en juillet dernier le Tribunal cantonal, où son recours est toujours pendant.

Pour la diversification

En attendant, le Don Quichotte du Pays-d’Enhaut a donc décidé de tirer son vin pour le boire. Une démarche que salue, sécateur à la main, Stéphane Henchoz, municipal à Château-d’Œx, porte-parole de l’Exécutif in corpore: «L’Etat nous interdit de créer davantage de résidences secondaires et ne veut pas financer nos remontées mécaniques. Raison pour laquelle nous soutenons cette démarche de diversification, tout en sachant que nos agriculteurs ne vont pas se mettre tous à la vigne. Et nous nous réjouissons de boire du Morsalaz plutôt que du Marsala sicilien.» Dans la petite vigne, Céline Baux, députée de Château-d’Œx, lui emboîte le pas: «Ce petit vignoble pourrait constituer une activité accessoire pour notre région. Laquelle ne devrait pas effrayer les vignerons de plaine. Car nos agriculteurs produiront toujours avant tout du lait et du fromage.» Même des voisins de Rossinière sont venus donner un coup de main: «Cette action est très intéressante pour la région où l’on se rend compte que l’on peut faire pousser du raisin, commente Hervé Martin, président du Conseil communal. Cela devrait interpeller le Canton. Moi-même, j’ai un peu de muscat chez moi, à 985 m d’altitude, qui est vraiment délicieux.»

Au Pays-d’Enhaut, Pascal Rittener-Ruff a suscité l’intérêt de bon nombre d’habitants, à l’exemple de Linda Doubas: «Je suis venue, car c’est la première fois que l’on peut faire des vendanges ici.» Egalement Favotais, le Français Edmond Plawczyk, champion du monde du kilomètre lancé en snowboard relève le caractère passionné et désintéressé de la démarche de Pascal Rittener-Ruff.

Le goût du risque

Et les acteurs touristiques ne sont pas en reste. «Cette démarche s’inscrit pleinement dans le cadre de l’évolution climatique et de la diversification de nos activités qu’elle induit, estime Frédéric Delachaux, directeur de Pays-d’Enhaut Tourisme, en train de trier des grains. Elle pourrait déboucher sur un projet d’œnotourisme, dont on parle beaucoup en plaine. D’autant que dans trois ou quatre décennies, il est fort probable que l’on produira du vin ici, une fois un cadre légal établi.»

Or la vendange de jeudi était sans doute illicite: «Elle aurait à coup sûr été autorisée sur 200 m2, mais pas sur 400 m2, explique Marc-Aurèle Vollenweider, l’avocat du viticulteur héroïque. A mon sens, mon client risque une amende, voire l’injonction d’arracher ses vignes. Mais le cadre légal est flou. Son action est courageuse et désintéressée. Il veut juste faire avancer la cause. Mais c’est désormais une question politique.» Qu’importe, Pascal Rittener-Ruff a le goût du risque et fera vinifier sa production par un spécialiste des cépages choisis, particulièrement résistants au froid, du solaris, du léon millot et du rondo. «Avec les 400 kilos de raisin récoltés, je pense pouvoir remplir 300 bouteilles. Pas de quoi submerger le marché comme le craint la Commission cantonale du cadastre viticole.»

Le vin ne sera pas commercialisé. L’assureur-viticulteur le réservera à ceux qui ont soutenu le projet, la Commune de Château-d’Œx et ses propres conseillers, entre autres. Il en gardera aussi quelques-unes pour lui.

Mais auparavant, il lui faudra trouver un nom pour ses vins. Là encore, le Guillaume Tell de Château-d’Œx ne manque pas de créativité: «J’hésite entre le Clos de la Résistance, le Clos de la Discorde ou peut-être encore mieux, le Clos du Canton.»

Créé: 28.09.2017, 20h03

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