Un vent favorable souffle sur les éoliennes de La Vallée

Soutien populaire Le oui des citoyens du Chenit à l’implantation de sept éoliennes, ce dimanche, apporte des vitamines au projet. Mais le futur parc, situé dans un paysage protégé, est loin d’être réalisé.

Victoire pour les proéoliens, plébiscités ce dimanche. Ici Alain Bourqui, père du projet Eoljoux.

Victoire pour les proéoliens, plébiscités ce dimanche. Ici Alain Bourqui, père du projet Eoljoux. Image: Christian Brun

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Dimanche après-midi, terrasse de l’Hôtel de Ville du Sentier. Les autorités portent un toast à la victoire. Stives Morand savoure ce moment: «La population a plébiscité notre politique communale en disant oui aux éoliennes, cela fait du bien!» lance le syndic de la commune du Chenit.

L’implantation de sept rotors aériens à la vallée de Joux a reçu la bénédiction de 62,8% des citoyens du Chenit. Ce référendum voulu par les autorités est un succès. Et pas en mode mineur, s’il-vous-plaît: la participation était de 53%. «Les opposants ont mené une campagne dure, mais je n’ai jamais pensé que nous perdrions, confie Stives Morand. Le risque était plutôt que le projet passe à la raclette et qu’il ne légitime pas vraiment nos décisions. Heureusement, le signal est clair.»

Ce scrutin consultatif constitue un feu vert pour Eoljoux, l’un des plus anciens projets de parcs éoliens vaudois, lancé en 2005 et remanié plusieurs fois. Un investissement à 60 millions de francs, porté par la Société électrique de la vallée de Joux (SEVJ) et les collectivités locales. Mais ce n’est qu’une étape, face au champ d’obstacles qui l’attendent encore (lire ci-contre). «Les citoyens ont voté avec l’esprit clair. Avec tous les arguments discutables apportés par les opposants ces derniers mois, ce n’était pas si évident», se félicite Olivier Baudat, municipal.

Une ministre «réjouie»

Ce vote était suivi avec attention par les autorités cantonales. En tête, la conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro: «Je me réjouis que les habitants de la Vallée prennent le même chemin que ceux de Vallorbe et de Sainte-Croix. Ce vote s’inscrit dans un mouvement positif, réagit la ministre en charge de l’Energie. L’acceptation des éoliennes prend toujours du temps, mais la population se rend compte que nous devons trouver des alternatives aux énergies fossiles et polluantes.»

Les opposants, on s’en doute, ne font pas du tout la même lecture de la situation: «Ce vote n’est pas une déception pour nous, au contraire c’est une victoire», claironne Pierre-Alain Dufour, porte-parole de l’association «Eoliennes, vraiment?» Il se félicite «d’avoir fait un score de 37% dans les urnes, alors qu’il n’y avait aucun opposant il y a encore un an et demi. Cela nous incite à continuer notre combat pour mieux informer les citoyens.» Pour les anti-éoliens, planter sept dames de fer gesticulant à 200 mètres de haut sur les Grands Plats ne constitue en rien un virage énergétique: «L’éolien n’est pas une énergie stable, ces machines sont inutiles dans le mix énergétique européen, mieux vaut miser sur l’hydraulique ou le solaire», considère Pierre-Alain Dufour, brusquement décoiffé par une bourrasque. Il doit bien reconnaître, au passage, que le vent souffle à la Vallée.

Des critiques prises au sérieux

Son frère, Philippe Dufour, horloger et opposant lui aussi, se dit certain que la faveur populaire s’estompera avec le temps. «Oui, la vallée de Joux est une région dynamique, mais pas besoin d’aller le montrer à 200 mètres de haut, dit-il. Ce qui la caractérise, c’est aussi son décor naturel et son calme. Aller planter une zone industrielle dans un paysage protégé à l’inventaire fédéral, ce n’est pas bon.» Directeur de la SEVJ et père du projet Eoljoux, Alain Bourqui prend les oppositions très au sérieux. Certes, «la victoire de ce dimanche est significative. Le temps écoulé entre le début de l’étude technique et maintenant a été suffisant pour permettre à beaucoup de gens de douter. Ces prochains mois, nous devrons aller voir ceux qui ont dit non pour leur expliquer le sérieux de ce projet et les convaincre.»

Eoljoux figure depuis 2012 à l’inventaire cantonal des sites éoliens. Est-ce qu’un refus populaire ce dimanche aurait tué le projet? Pas forcément, à entendre Jacqueline de Quattro: «La volonté populaire qui s’est exprimée à Oulens et à Daillens a mis un coup d’arrêt aux projets locaux. Nous privilégions le développement de l’énergie éolienne dans les régions où la population l’accepte. Toutefois, cela ne constitue pas une garantie: si nous y sommes forcés, il n’est pas exclu que des parcs se fassent quand même.» Pour l’heure, la volonté cantonale d’ériger des turbines à vent est fortifiée: «On ne tuera pas l’ambition du Canton d’investir dans les éoliennes à coups d’oppositions», prévient la ministre.

Créé: 25.09.2016, 20h04

Un combat qui va durer des années

Eoljoux fera bientôt figure de dinosaure parmi les parcs éoliens en gestation. Lancé en 2005, il est pourtant loin d’être réalisé. Et c’est un champ de mines qui l’attend. Le plan partiel d’affectation (PPA), approuvé par les Combiers ce dimanche, devra encore être validé par la Confédération. Ce qui ne coule pas de source: les sept éoliennes sont prévues dans un périmètre inscrit à l’Inventaire des paysages, sites et monuments naturels d’importance nationale (IFP). La Stratégie énergétique 2050, que les Chambres fédérales devraient accepter vendredi, pourrait faciliter le processus: un article prévoit d’accorder «le même degré d’importance» à la protection du paysage qu’aux énergies renouvelables. Un feu vert du Conseil fédéral serait donc cohérent avec cette disposition. Parallèlement, cinq associations écologiques ont fait recours en juin dernier contre le PPA d’Eoljoux. Leur argument principal est précisément que le projet viole un site inscrit à l’IFP. Le Tribunal cantonal devra statuer sur ces recours, puis probablement le Tribunal fédéral (TF). L’acceptation de la Stratégie énergétique 2050 pourrait, là aussi, influencer la décision des juges. Une fois ces obstacles derrière, les éoliennes auront besoin de permis de construire. Là aussi, avec des oppositions envisageables jusqu’au TF. Il en faut plus pour décourager Alain Bourqui, père du projet Eoljoux, qui reste optimiste: «Disons que dans cinq ou six ans, on peut raisonnablement espérer que le parc pourra être réalisé.»

Articles en relation

Dimanche sera crucial pour les éoliennes de la Vallée

Énergie renouvelable Les sept hélices d’Eoljoux – un projet emblématique de l’évolution de l’éolien vaudois – sont suspendues au vote des citoyens du Chenit. Le débat dure depuis plus de dix ans. Plus...

La campagne pour les éoliennes commence à la Vallée

Energie Un comité de soutien s'est créé pour les éoliennes d'Eoljoux, sept hélices prévues sur un alpage du Brassus aux confins de la Vallée. Vieux de dix ans, ce débat s'annonce électrique. Plus...

Les juges devront se prononcer sur Eoljoux

Energie Le projet de parc éolien combier, Eoljoux, et ses sept hélices font l’objet d’un recours conjoint au Tribunal cantonal. Plus...

Une pétition contre Eoljoux a été classée

Le Brassus Les 1723 signatures demandant l’abandon du projet éolien de la Vallée n’ont pas fait plier le Conseil du Chenit. Plus...

La France veut éviter d’autres imbroglios éoliens à la frontière

Diplomatie Prévu à deux pas de la frontière, le parc d’Eoljoux avait déclenché un bras de fer international. Les diplomates tentent d’esquiver un nouveau clash. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.