En version plus intime, le coworking se fait rural

SociétéDésormais courants en ville, les bureaux en communauté conquièrent la campagne.

Vincent Rosselet (à g.) et Raphaël Dupertuis ont acheté une ancienne ferme au centre-ville de Cossonay pour y installer leur espace de coworking.

Vincent Rosselet (à g.) et Raphaël Dupertuis ont acheté une ancienne ferme au centre-ville de Cossonay pour y installer leur espace de coworking. Image: FLORIAN CELLA

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Pratiques, économiques et stimulants, les espaces de coworking – appelés aussi espaces de cotravail, travail partagé ou bureaux en communauté en bon français – sont à la mode. En Suisse, il existe déjà plus de 220 de ces lieux réunissant des personnes travaillant simultanément mais pour des employeurs différents. Une vingtaine se sont aussi ouverts ces dernières années dans le canton et principalement sur l’arc lémanique. Et certains sont de très grande taille comme Gotham, l’autoproclamé «plus grand coworking de Suisse» avec ses 2300 m² installés à proximité de la place de la Gare de Lausanne depuis bientôt deux ans et demi.

Mais depuis quelques mois, le concept s’installe aussi à la campagne: à Cossonay, à Payerne, à Moudon ou à Villars-sur-Ollon. Un projet existe également du côté de Servion. L’occasion de rendre visite à des lieux venant d’ouvrir leurs portes: Coss’working à Cossonay, Kibosse à Saint-Barthélemy dans le Gros-de-Vaud, et Co-Syens à Syens, au sud de Moudon. Trois espaces de taille relativement restreinte, proposant de six à vingt places de travail dans un cadre plus intime que les grands espaces urbains. De quoi viser une clientèle d’indépendants plus que de jeunes sociétés.

Avec poutres apparentes

Au centre de l'ancien chef-lieu de district, Coss’working s’est installé dans une ancienne ferme. La porte d’entrée donne sur l’espace où s'amoncelait le foin distribué aux vaches de part et d’autre. Mais tout cela est de l’histoire ancienne; le lieu a déjà connu plusieurs autres affectations et seules les vieilles poutres témoignent encore du passé agricole. Elles restent néanmoins un atout qui a séduit toutes les personnes venues visiter le lieu, assurent Raphaël Dupertuis et Vincent Rosselet, les deux initiateurs du projet. «Nous aussi, d’ailleurs, lorsqu'on a découvert ces locaux!»

Le premier est photographe et consultant en communication, le second propriétaire et gérant d’une agence immobilière. Les deux amis d’enfance ont grandi dans la région morgienne. «Quand j'ai découvert cet endroit dans la cadre de mon travail de courtier, j’ai immédiatement pensé à Raphaël, raconte Vincent Rosselet. Il m’avait souvent parlé de coworking puisqu'il a travaillé dans de tels espaces à Morges, mais aussi à Bali, et que je savais qu’il rêvait d’en ouvrir un.» Tout s’est rapidement enchaîné. «Parce qu’on savait que c'était un sujet de discussion dans la région et qu’on voulait être les premiers.»

Ouvert le 6 janvier dernier, Coss’working a d’ailleurs rapidement trouvé son rythme de croisière en dénichant une dizaine de coworkers, essentiellement par le bouche-à-oreille. «Pour quelqu’un qui habite Apples, nous sommes à la même distance que Morges, mais l’accès est beaucoup plus rapide, le parking bien moins cher et on a quand même presque tous les commerces sur place», souligne Raphaël Dupertuis.

Séminaires et afterworks

À Saint-Barthélemy, au sud d’Échallens, les places de parc sont carrément gratuites. C'est un des arguments qui a incité Joëlle Cornuz à reprendre la gestion de l’espace de coworking Kibosse, installé dans les anciens locaux du fabriquant de capsules à café Monodor. Si le bâtiment est plutôt industriel, les percées depuis les fenêtres laissent entrevoir les champs.

Cet espace a été créé en janvier 2019 par une association qui l’a couplé à un café intergénérationnel. Son activité a toutefois été suspendue durant quelques mois, avant que cette spécialiste de la communication ne décide d’y installer son entreprise pour donner une seconde chance au projet. Elle y a vu une opportunité, en particulier par la présence d’une grande halle, dans laquelle elle organise des événements type afterworks ou séminaires. Alors que l’on discute au coin café, un des utilisateurs, l’architecte Carlo Parmigiani, acquiesce: «À la campagne, les contacts se font moins spontanément qu’en ville puisque la densité de population est moins grande. De tels lieux prennent donc aussi du sens en facilitant les échanges.»

Point commun: la région

Des contacts, Anick Goumaz et Valentin Dubach en ont noué plusieurs depuis qu’ils ont ouvert Co-Syens dans un immeuble tout neuf, bâti dans un petit hameau en retrait de la route cantonale Lausanne-Moudon. «À Syens, pas à Sion!» commencent-ils par préciser, leur emplacement suscitant régulièrement des malentendus. Alors qu’ils imaginaient accueillir des gens proches de leurs domaines d’activité – elle est rédactrice, lui spécialiste de sites internet –, il est vite apparu que le point commun entre les futurs coworkers serait la région. «Nous sommes tous du coin et ça suffit largement pour que des liens se tissent naturellement.»

Justement, l’un d'eux, Simon Chappuis, passe en coup de vent accompagné de sa fille en bas âge. «J’habite à deux minutes d’ici. Ce lieu est juste ce qu’il me fallait, apprécie ce coordinateur de sport indépendant. Jamais je ne serais allé dans un coworking à Lausanne ou dans sa banlieue, puisque tous mes rendez-vous sont dans la région.» Jonglant entre famille et travail en permanence, le jeune entrepreneur ne pouvait pas non plus imaginer des longs trajets. Par contre, il apprécie de pouvoir disposer d’un lieu pour rencontrer ses clients, qui ne soit ni la maison ni le bistrot, comme c’était le cas auparavant.

Voilà exactement ce qu’Anick Goumaz et Valentin Dubach avaient imaginé lorsqu’ils ont décidé de se lancer. «Nous sommes d’anciens collègues qui avions gardé contact après avoir pris chacun notre indépendance professionnelle. Le projet a démarré lorsque nous avons réalisé que nous cherchions des bureaux pour nous installer, chacun de notre côté. On s’est dit: mais pourquoi ne pas chercher ensemble? Puis, en trouvant ceux-là, on a pensé à les ouvrir à d’autres personnes.»

Fibre écolo

Tous les initiateurs de ces coworkings campagnards, ainsi que les quelques utilisateurs que nous avons croisés, évoquent à un moment ou à un autre l’envie de s’éviter les embouteillages. Cela ne veut toutefois pas dire qu’ils ne jurent que par la voiture. Même s’ils se sont installés dans un lieu «un peu perdu», Anick Goumaz et Valentin Dubach soulignent ainsi que la ligne 62 des TL passe juste en dessous de leurs locaux.

Quant à Raphaël Dupertuis et Vincent Rosselet, propriétaires de l’ancienne ferme où ils se sont installés, ils projettent de rapidement l’équiper de panneaux photovoltaïques. Pour produire leur propre électricité et ainsi alimenter, entre autres, les bornes de recharge qu’ils envisagent d’installer dans un futur local à vélo. «Ça va avec le choix de rester à la campagne pour travailler plutôt que de se déplacer en ville.»

Créé: 17.02.2020, 06h40

Kibosse


Photo: Jean-Paul Guinnard

Quoi
Rouvert le 3 février dernier par Joëlle Cornuz, le coworking Kibosse est installé dans les anciens locaux de l’entreprise Monodor, dans le village de Saint-Barthélemy, au sud-est d’Échallens.

Spécificités
Open space de 50 m2 (6 places fixes + 6 à 8 places nomades), espace lounge de 20 m2, salle de réunion de 25 m2, bar à café (6 à 9 places nomades).

Infos pratiques
Kibosse, route du Village 76, 1040 Saint-Barthélemy. Tél. 078 675 79 60
www.kibosse.ch

Co-Syens


Photo: Jean-Paul Guinnard

Quoi
Anick Goumaz et Valentin Dubach gèrent depuis l’automne l’espace de coworking Co-Syens, au sud de Moudon.

Spécificités
Co-Syens exploite un local commercial organisé comme un appartement avec un grand «salon» (5postes de travail et un coin canapé), une petite salle de réunion, une cuisine, un coin café et une salle de bain-WC avec douche.

Infos pratiques
Co-Syens, Les Moulins 2, 1510 Syens. Tél. 079 726 26 65
Facebook «Co-Syens: Espace de Co-Working à Syens»

Coss’working


Photo: Florian Cella

Quoi
Amis d’enfance, Vincent Rosselet (à g.) et Raphaël Dupertuis ont acheté une ancienne ferme au centre-ville de Cossonay pour y installer leur coworking.

Spécificités
250 m2 répartis sur plusieurs étages et demi-étages. Zones de travail nomades et fixes, salle de conférences, espace zen, coin cafétéria, garage à vélos et douche.

Infos pratiques
Coss’working, Petite-Rue 3, 1304 Cossonay. Tél. 076 473 28 79
www.cossworking.ch

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