Les Verts doivent trouver une nouvelle tête, rapidement
VaudYves Ferrari devait se succéder à lui-même mercredi. Il vient de jeter l’éponge
La première réaction, c’est la surprise. Dimanche soir, le président sortant des Verts vaudois, Yves Ferrari, a annoncé sur le réseau social Twitter qu’il renonçait à se succéder à lui-même, mercredi lors du congrès des Verts à Gland. Président depuis 2009, il était seul candidat en lice.
Il reste évasif sur son revirement de dernière heure: «J’ai une potentielle opportunité partiellement contradictoire avec ma fonction de président de parti.» Il y a quelque temps déjà, le président avait fait savoir au Bureau des Verts qu’il se représenterait seulement si ses perspectives professionnelles le lui permettaient. Quant à savoir s’il restera député, Yves Ferrari s’en tire par une pirouette: «Je serai au Grand Conseil mardi prochain.» S’agit-il d’une prochaine nomination à une place de haut commis de l’Etat? Le principal intéressé ne répond pas.
Le temps presse
Mardi soir, les Verts devaient renouveler leur comité et leur confiance au président sortant. Le parti pourrait donc se retrouver sans tête jeudi. «Nous n’avons pas encore pris de décision. Le Bureau se réunira mardi», explique le député yverdonnois Vassilis Venizelos. Ce dernier et sa collègue de Lutry, Alessandra Silauri, n’excluent pas l’hypothèse que le congrès soit appelé à élire un président ad interim, quitte à convoquer un congrès dans quelques semaines pour désigner un président.
Pour le député de Morges Raphaël Mahaim: «Il n’y a pas de lézard. Yves Ferrari aurait été élu dans un fauteuil et c’est son choix de vie. Il lui appartient. Il reste que nous avons peu de temps pour trouver une solution.»
Socialistes chagrinés
Les Verts ne sont pas les seuls à être dépités. En fait, les alliés socialistes semblent presque plus chagrinés par ce brusque départ. Le futur président des socialistes vaudois, Jean-Michel Favez, ne cache pas son regret: «Yves Ferrari, c’est quelqu’un sur qui on peut compter. C’est un homme fiable et loyal.» A plusieurs reprises, Yves Ferrari, qui entretient des relations d’amitiés avec son actuelle collègue rose Cesla Amarelle, a su calmer les tensions locales ou cantonales entre écologistes et socialistes. Les élus Verts estiment d’ailleurs que le dernier clash en date: le conflit morgien n’est qu’un phénomène isolé. A voir.
Entre les deux alliés de gauche, les tensions sont éternelles. Pendant des années, le petit frère écologiste a rêvé de dépasser son aîné, suscitant la méfiance de ce dernier. Les récents échecs électoraux des Verts ont fait changer la crainte de camp. La présence de trois socialistes pour une seule Verte sur la liste pour le Conseil d’Etat a constitué une couleuvre dure à avaler pour de nombreux écologistes. Ils dénoncent des roses trop gourmands.
Face aux critiques, Yves Ferrari a toujours joué le jeu de l’alliance. La victoire de la gauche au Conseil d’Etat lui a donné raison, mais au prix de son affaiblissement au sein de son propre parti. Plusieurs élus écologistes le considèrent comme trop conciliant avec les socialistes.
N’empêche, les Verts vont devoir trouver un président aussi capable de dialoguer avec leur puissant allié. Sinon, les relations pourraient rapidement tourner à l’aigre. Présidente des socialistes vaudois, Cesla Amarelle ne minimise pas les difficultés à venir. «Ces prochaines années, la solidité de l’alliance rose-verte va être soumise parfois à de fortes épreuves.» Par exemple pour la prochaine syndicature de Lausanne.
La passion d’un «omniprésident»
Avec l’annonce du retrait d’Yves Ferrari, le canton perd son dernier politicien professionnel non élu dans un exécutif. S’exprimant avec aisance sur tous les dossiers, le député lausannois a marqué l’histoire des Verts vaudois. Dans un mouvement qui avait dilué pendant des années cette responsabilité dans des coprésidences, il a réussi l’exploit de donner du panache à cette fonction.
Pour le conseiller aux Etats Luc Recordon, Yves Ferrari a modernisé le parti, lui a donné des structures plus professionnelles à l’image des formations traditionnelles. «C’était un président très présent, il a fait un excellent boulot.»
Cependant aux yeux de ses détracteurs, toujours prompts à lui tailler un costume d’ambitieux, cet habile communicateur en faisait parfois trop. Bien avant d’accéder officiellement à la présidence des Verts, en 2009, Yves Ferrari était déjà à la manœuvre. Le «tireur de ficelles» s’est cependant effacé l’automne dernier dans la course au Conseil d’Etat, au profit de Béatrice Métraux.
Pour sa passion de la politique, partagée avec sa femme, Pascale, Yves Ferrari a sacrifié une partie de sa vie professionnelle. Ce père de deux filles consacrait une grande partie de son temps à son parti, tout en s’occupant des tâches du ménage. Mais, contrairement à Josef Zisyadis, à la grande époque du POP, il n’a jamais touché un salaire de sa formation. «Je me suis toujours opposé à ce que les Verts paient leur président.»
A 39 ans, cet architecte a-t-il trouvé l’activité capable de lui faire oublier un peu le virus de la politique? Ce féru des questions d’urbanisme garde, pour l’instant, secret son avenir professionnel. Seule petite confidence, le poste convoité ne devrait pas trop l’éloigner du giron politique. Yves Ferrari n’a jamais caché son rêve de remplacer Daniel Brélaz, en 2016, à la Municipalité de Lausanne. Difficile d’imaginer qu’il quitte la politique sur un coup de tweet.
Créé: 21.05.2012, 23h02
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