Ils veulent redonner vie au patois vaudois

TraditionL’Association vaudoise des amis du patois se bat pour conserver la mémoire de la langue de nos aïeux.

Discussion en patois vaudois

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«Au niveau cantonal, je dirais qu’il subsiste une petite trentaine de personnes qui écrivent et parlent le patois vaudois et peut-être 200 qui s’y intéressent». Président de l’Association vaudoise des amis du patois (AVAP) et de l’organisation de la 16e fête romande et internationale des patoisants qui se tenait ce week-end à Yverdon-les-Bains, Bernard Martin ne s’en cache pas.

La préservation du franco-provençal vaudois, la langue de nos ancêtres, n’est pas évidente. Pourtant, cette langue traditionnelle, qui est plutôt un ensemble de parlers régionaux appartenant au même groupe linguistique d’origine latine, n’est pas morte, même si elle décline constamment.

Le rôle de la Bible

Plusieurs éléments expliquent l’abandon progressif du patois dès la fin du XVIIIe siècle, alors qu’il était pratiqué dans toutes les couches de la population. «De manière générale, le patois a disparu plus massivement dans les cantons protestants, car c’était un devoir de lire la bible et pour l’accomplir, il fallait maîtriser le français», explique Raphaël Maître, coordinateur du projet de dictionnaire du patois de Bagnes auprès du centre de dialectique de l’Université de Neuchâtel et rédacteur au glossaire des patois de Suisse romande. Ainsi, si la pratique du patois en terre vaudoise se fait très rare, elle a quasi disparu sur Neuchâtel, alors que les patois valaisan ou fribourgeois se portent bien mieux.

Chanson en patois vaudois

«L’industrialisation du Pays de Vaud a aussi joué son rôle, puisqu’elle a entraîné un brassage des populations et que le français est ainsi devenu le langage commun à tous, poursuit le chercheur. Enfin, au niveau institutionnel, le Petit Conseil du canton de Vaud (ndlr: Conseil d’Etat) a banni l’usage du patois dans l’enseignement public en 1806.» Le but n’était alors pas de lutter contre le patois, mais de permettre à chacun d’accéder au français.

Brochures, livres et chants

Pas découragée pour autant, l’AVAP tente de maintenir en vie le patois vaudois, en organisant des réunions et des conférences ou en éditant des brochures, livres et chants. «Nous organisons aussi des cours, que ce soit en groupe ou de manière plus individualisée. Et les élèves qui les fréquentent remarquent souvent très vite qu’ils peuvent comprendre assez facilement le patois écrit, même sans connaître sa prononciation», détaille le président de l’AVAP, qui s’est mis au patois dans son enfance, alors qu’il vivait sur Vaud, mais était scolarisé au collège de Romont.

A l’enseigne d’«Einseimblyo su le coterd», qui signifie «Ensemble sur la petite place où l’on cause», diverses animations ont donc été mises en place depuis jeudi, les festivités débutant par un colloque de deux jours à l’Université de Neuchâtel. Au total, plus de 1000 participants, provenant de cantons romands, mais aussi du Val d’Aoste, du Piémont, de Savoie, de la Drôme ou du Dauphiné, ont montré leur attachement à la langue de leurs ancêtres. Expositions, reconstitution d’une classe de 1806, lors de l’interdiction du patois en pays vaudois, célébration œcuménique, chants et danses traditionnels étaient prévus au centre d’Yverdon et à la salle de la Marive pour les officialités.

Cours de patois à Evolène

Des instants, où le patois était à l’honneur jusque dans les animations, à l’instar du chanteur Billy Fumey, venu de Franche-Comté voisine. «J’ai appris le franco-provençal avec des anciens en maison de retraite et désormais je chante cette langue. D’ailleurs, pour cette rencontre, j’ai composé une chanson mêlant patois et yodel, vu que cela se déroule en Suisse. Elle va emmener Heidi au sommet du Mont d’Or», raconte le trentenaire. Les festivités se sont terminées avec la nomination de «mainteneurs du patois». Leur rôle sera de continuer la promotion du franco-provençal et du franc-comtois, qui a débordé sur le Jura suisse.

Quiz comprenez-vous le patois vaudois?

Comprenez vous le patois vaudois?

Question 1 sur 12:

Lo mouî de boû

Le tas de bois

Le déguisement de fantôme

Je marche dans la boue

(24 heures)

Créé: 24.09.2017, 11h20

Didier Conod, Ballaigues

«J’ai l’impression que je suis né avec l’envie d’apprendre le patois, alors que cette langue n’était pas du tout pratiquée dans ma famille. Chaque fois que j’entendais un mot à la consonance bizarre, j’avais envie de le connaître. J’ai fini par faire une initiation par le biais de l’Université populaire, puis j’ai rejoint l’AVAP et l’amicale des patoisants de Savigny-Forel. Je peux dire que je pratique le patois correctement depuis quatre ans.» (Image: Christian Brun)

Nicole Jaton Herman, Pully

«Je me suis intéressée au patois, car j’avais beaucoup apprécié le vieux français à l’Université. Depuis une dizaine d’années, j’ai commencé à l’étudier et je peux dire que je le parle depuis un peu plus de deux ans. Désormais, j’ai envie d’attirer des gens à la découverte de cette langue ancienne, c’est pourquoi je m’investis aux comités de l’association vaudoise et de la fédération romande et internationale des patoisants.» (Image: Christian Brun)

Jean-Louis Vial, Yverdon

«Quand on m’a sollicité pour aider à l’organisation de ces journées, j’ai répondu que je ne parle pas un mot de patois. Mais comme ancien enseignant de latin et grec, je suis sensible à la conservation des langues parlées par nos ancêtres. Finalement, je me suis pris de passion pour le patois et ce langage est devenu vivant à mes yeux, par l’intermédiaire de ceux qui le pratiquent. S’intéresser au patois, c’est s’intéresser à nos racines.» (Image: Christian Brun)

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