Personne ne veut payer pour les tableaux interactifs en classe

ÉcoleDevenu «support pédagogique», le successeur du tableau noir devrait désormais être payé par l’État, estiment les communes. La mésentente persiste

Les tableaux interactifs ont petit à petit remplacé les tableaux noirs dans les écoles.

Les tableaux interactifs ont petit à petit remplacé les tableaux noirs dans les écoles. Image: Jean-Paul Guinnard-A

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Les relations Canton-communes sont notoirement conflictuelles dès qu’il s’agit d’argent. L’affaire des «tableaux blancs» des écoles, que personne n’a envie de payer, l’illustre bien. En juin, l’État et les deux associations de communes, l’Union des communes vaudoises (UCV) et l’Association de communes vaudoises (AdCV), ont décidé de stopper ces négociations – qui durent depuis 2013 – constatant qu’aucun accord ne serait trouvé.

Mi-août, l’UCV a poussé sur son site Web un coup de gueule. Historiquement, les tableaux noirs sont considérés comme des éléments structurels des bâtiments scolaires et sont donc à charge des communes, propriétaires. Devenus désuets, ils sont remplacés depuis plusieurs années par des tableaux interactifs. «L’État devrait financer leur achat puisqu’il s’agit maintenant de supports pédagogiques, résume la secrétaire générale de l’UCV, Brigitte Dind. D’ailleurs, le département nous donne des recommandations sur le matériel à acquérir.»

Apple TV privilégiée

Dans un courrier daté du 18 juillet adressé à l’UCV et à l’AdCV, la conseillère d’État Cesla Amarelle dit en effet vouloir «favoriser un affichage numérique accompagné d’une Apple TV (…) et de panneaux latéraux blancs permettant un usage traditionnel». Ce n’est qu’un conseil, car les communes sont libres d’équiper les classes à leur guise. Elles pourraient d’ailleurs se contenter de tableaux noirs. En théorie.

«En réalité, on ne peut plus: il y aurait une forte pression des enseignants pour avoir des tableaux interactifs, et c’est tout à fait normal. Le tableau noir, c’est le passé, commente le municipal de Tolochenaz Andreas Sutter, membre du comité de l’AdCV. Cette question est la pointe de l’iceberg autour de laquelle se sont cristallisées les discussions sur les constructions scolaires. La liste du matériel à charge des cantons ou des communes est longue et il y a un flou important que l’on veut clarifier.» «Nous sommes d’accord de payer les câblages et les prises correspondant à la technologie utilisée pour l’enseignement. Et ce n’est pas rien», ajoute Brigitte Dind.

Difficile de savoir si les tableaux interactifs coûtent plus cher que les tableaux noirs: cela dépend du modèle choisi et les prix fluctuent avec les ans. Selon le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC), l’Apple TV est à environ 9900 fr. Quant au robuste tableau noir, il coûterait plus cher à l’unité que sa version numérique (12'400 fr. pour l’un, entre 8000 et 10'000 fr. pour l’autre), mais sa durée de vie se compte en décennies. Contrairement au tableau interactif. «La première Commune à avoir franchi le pas l’a fait il y a douze ans et le matériel est encore fonctionnel», note la conseillère d’État.

Ne serait-il pas logique, à l’heure où le DFJC a fait de l’éducation numérique la priorité de la législature, que le Canton uniformise et paie cet appareillage? Non, répond Cesla Amarelle. «On peut fonctionner sans affichage numérique: le concept que l’on va développer avec l’EPFL et l’UNIL reposera sur les trois ordinateurs fixes qu’il y a déjà dans chaque classe et sur les valises qu’elles auront à disposition. Celles-ci contiendront des ordinateurs portables, une imprimante, un robot. Tout cet équipement est financé par l’État. A priori, l’affichage numérique n’est pas un support pédagogique.»

ÉtaCom remis en question

Pour la ministre socialiste, les revendications des communes dépassent le cadre de leurs prérogatives. «Il y a plusieurs points d’achoppement, notamment sur l’équipement des salles spéciales: labos de sciences, salle de travaux manuels, etc. Au final, le report de charge sur le Canton serait si important qu’il remettrait en question l’équilibre d’ÉtaCom.» Ce vaste dispositif échafaudé en 1999 détermine qui paie quoi entre les communes et le Canton dans tous les secteurs publics et implique aussi une répartition des prélèvements fiscaux.

La question des équipements scolaires va-t-elle venir se greffer sur une autre négociation en cours entre l’État et les communes, celle consacrée aux effets de la RIE III, la réforme de l’imposition des entreprises? A priori non, le lobby des communes a une autre stratégie. UCV et AdCV travaillent de concert sur une initiative parlementaire, dont serait saisi le Grand Conseil. Objectif: modifier dans leur sens les articles de la loi sur l’enseignement obligatoire qui ont trait à la répartition des charges Canton-communes. (24 heures)

Créé: 25.08.2018, 09h03

Six années de discussions

La répartition des charges en matière de construction scolaire est source de tensions depuis des années. Schématiquement, les communes paient la construction des écoles et le mobilier commun à tous et le Canton l’équipement pédagogique des classes. Mais les directives étatiques fixent des normes pour les bâtiments qui font mentir l’adage «qui paie commande». Les communes ont ainsi longtemps réclamé que les règles soient assouplies et clarifiées, afin d’alléger leur facture. En 2013, elles ont obtenu gain de cause sur un point: la volumétrie minimale des salles de classe a été revue à la baisse. En passant de 3m de hauteur sous plafond à 2,7m et de 80m2 à 78m2 voire 72m2 pour les 5-8 HarmoS, des communes ont réalisé jusqu’à 12% d’économie sur les coûts de construction. Mais sur le reste des équipements, les négociations se sont poursuivies en vain.

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