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[VIDÉO] Débat mordant sur les soins dentaires

A trois semaines de la votation, face-à-face entre Brigitte Crottaz (PS) et Bertrand Dubrez, le président des dentistes vaudois.

D’un côté la solidarité et la dénonciation d’un système opaque. De l’autre, la responsabilité d’entretenir ses dents et la crainte de voir les coûts exploser. Ces arguments s’affrontent avant le vote du 4 mars sur l’initiative pour le remboursement des soins dentaires.

Gauche, syndicats et associations veulent une assurance obligatoire, financée notamment par les employeurs et les employés (1% du salaire). La droite, le patronat et les dentistes s’y opposent. Brigitte Crottaz, diabétologue et conseillère nationale socialiste, et Bertrand Dubrez, président de la Société vaudoise des médecins-dentistes, en ont débattu au cœur de la rédaction de 24 heures.

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Solidarité contre arguments médicaux

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Pourquoi les patients qui effectuent leur prophylaxie (brossage des dents et passage régulier chez l’hygiéniste) devraient-ils payer pour les autres?

Brigitte Crottaz: Ceux qui l’effectuent mal sont ceux qui n’en ont pas les moyens. Parmi les gens avec un salaire au-dessus de 74 000 francs par an, il y a 0,5% de renoncement. En dessous de 3000 francs par mois, on arrive à des chiffres de 22,5%. Les bas salaires renoncent car ils n’en ont pas les moyens et que ce n’est pas une priorité pour eux. Avec une prime qui dépendra du salaire, vous couvrirez vos parents, vos enfants, votre épouse. Actuellement, c’est chacun pour sa pomme.

Quel est l’argument médical contre une assurance?

Bertrand Dubrez: En tant que professionnels, nous disons que l’écrasante majorité de la population, plus de 90%, est en bonne santé bucco-dentaire. Nous sommes conscients qu’un petit pourcentage de la population renonce aux soins. Cette assurance sonne comme un non-sens, même si le système actuel est perfectible.

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Coût des soins et salaire des dentistes

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Quels sont les soins de base selon les initiants?

B.C.: C’est tout ce qui permet d’avoir une bonne santé bucco-dentaire et une bonne capacité de mastication. Ce n’est pas juste de traiter les caries. C’est remplacer les dents qui manquent. Les soins de base correspondent à ce qui se fait aujourd’hui. Le coût est d’environ 500 francs par an et par personne, d’après le montant de 4 milliards en Suisse, déclarés par les dentistes, et où sont compris les soins prothétiques.

Pourquoi les opposants ne sont-ils pas d’accord sur ces estimations?

B.D.: Ce chiffre de 2013 est une moyenne sur le territoire national. Avec le même exercice pour les soins médicaux, la région lémanique n’est pas dans les prix les plus bas. On peut imaginer une situation comparable en médecine dentaire. Nos estimations du coût des soins dentaires oscillent entre 400 et 500 millions.

B.C.: Je ne pense pas que les coûts de la médecine dentaire soient plus élevés dans notre canton. Il y a beaucoup d’opacité. On ne sait rien sur les revenus des dentistes et les coûts par canton.

B.D.: Je comprends difficilement cet argument. Nous travaillons dans un cadre de prestations et de tarifs défini au niveau national. Je ne sais pas dans quel sens vous entendez l’opacité.

B.C.: Dans le sens de: «Combien coûte la médecine dentaire dans le canton». N’avez-vous pas de statistiques de combien gagnent les dentistes?

B.D.: Nous ne sommes pas derrière chaque patient ou chaque dentiste pour comptabiliser au franc près. Ça se fait au niveau fédéral par l’Office fédéral de la statistique.

B.C.: Chez les médecins, nous sommes tous tarifés dans notre canton et nous savons combien nous coûtons par rapport à nos voisins.

B.D.: Ce qui est logique car vos prestations passent toutes par l’assurance-maladie. La situation est différente. Craignez-vous de voir vos tarifs et vos revenus diminuer?

B.D.: Ce n’est pas une préoccupation majeure. Il existe deux scénarios: dans un système où les prestations sont minimales, le volume remplace la qualité. Il faut arriver à être rétribué pour les soins réalisés. Ou alors nous allons vers des soins plus confortables ou plus compliqués pour certains patients. Soit ces soins seront refusés par l’assurance, soit l’assurance fera exploser les coûts.

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Exemples à l’étranger et hausse des coûts

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Pourquoi votre spécialité doit-elle être l’une des seules sans principe de solidarité?

B.D.: Nous pouvons citer plusieurs exemples de pays voisins qui connaissent ce type de couverture des soins dentaires et où l’accès aux soins ne s’est pas amélioré. Alors prenons l’Allemagne. Les soins dentaires représentent 0,6% du PIB en Suisse, et 0,9% en Allemagne. Les patients y ont droit à une compensation pour leurs traitements s’ils ont rempli un cahier des séances effectuées jusqu’alors. Il y a une incitation à aller trouver son hygiéniste une ou deux fois par an, sans quoi on va se voir retrancher des prestations au moment où on aura besoin d’un traitement.

Et la France?

B.C.: C’est un mauvais exemple, car les tarifs n’ont pas évolué en 35 ans. Un détartrage est remboursé 23 euros, mais facturé 70. Les patients n’y vont pas. Les dentistes majorent de façon importante les coûts des soins prothétiques pour compenser ce qui n’est pas remboursé par la Sécurité sociale.

B.D.: Cette problématique existe en Allemagne. L’assurance était définie pour couvrir l’ensemble des prestations bucco-dentaires et l’explosion des coûts a amené à réduire le catalogue des prestations.

Qu’est-ce qui garantit que les coûts n’exploseront pas, comme pour la LAMal?

B.C.: Ce n’est pas la même médecine. La médecine interne, générale, chirurgicale, a fait des progrès importants, avec des coûts thérapeutiques énormes. 50 000 francs par mois pour une chimiothérapie, 150 000 francs pour une hépatite C, cela n’a aucune raison d’être en médecine dentaire. Si la prophylaxie est effectuée régulièrement (hors de certains cas de pathologies génétiques), la grande majorité de la population aura moins de soins dentaires, avec une baisse des coûts, sur le long terme de dix ou quinze ans.

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Franchise et frais

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Vous opposez-vous à l’idée d’une franchise, présentée par Pierre-Yves Maillard?

B.C.: Bien sûr. C’est évident. Les gens qui ne vont pas chez le dentiste ne peuvent pas sortir 300 francs de franchise. La prophylaxie doit être gratuite et offerte par l’assurance. L’idée d’une quote-part sur les soins couverts serait plus intelligente. Pour des soins de 5000 francs par exemple, vous payeriez 500 francs.

C’est-à-dire une participation supérieure à une franchise.

B.C.: Les soins de 5000 francs n’arrivent pas toutes les années. Par contre, avec 300 francs par année, certains n’iront jamais chez le dentiste.

B.D.: Cette assurance renchérira les soins de base, à cause des frais administratifs. Un collègue m’a relaté que des frais facturés par l’Administration cantonale qui gère les prestations sociales ont fait gonfler de 150 francs une facture de 550 ou 600 francs.

B.C.: En médecine générale, les frais administratifs sont estimés à 5% par les assureurs pour la LAMal. Ça ne majore pas une facture. Avec une assurance dentaire, les soins de base seront calibrés, ce qui baissera les frais.

B.D.: J’en doute très fortement. Ce n’est toujours pas le cas pour les soins aux bénéficiaires des régimes sociaux. Le traitement doit être validé par le dentiste conseil et le patient attend deux mois en moyenne. En médecine dentaire, vous avez pour une même situation une palette de possibilités, dont certaines plus adaptées et qui n’ont pas été retenues.

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