[VIDÉO] Pourquoi les femmes ont la ligne directe avec Dieu

FoiLes statistiques montrent que les femmes sont plus croyantes et prient davantage que les hommes. La cause est difficile à établir.

Vidéo: Bartek Mudrecki


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C’est un fait, les femmes sont plus nombreuses à avoir la foi que les hommes. Elles se disent plus religieuses ou plus axées sur la spiritualité que leurs congénères masculins. Elles prient davantage que les hommes, elles pensent plus qu’eux qu’il y a une vie après la mort, que les anges existent ou que les guérisseurs ont des pouvoirs. C’est en tout cas ce qui ressort des dernières statistiques vaudoises basées sur des données suisses (lire ci-dessous). Bref, la croyance religieuse est d’abord féminine.

Question d’âge?

Pourquoi? Le double chromosome XX faciliterait-il les relations avec l’au-delà? La testostérone ferait-elle s’évaporer l’eau bénite? Les statistiques ne fournissent pas d’explication. «Le fait est connu et vérifié par des décennies d’études, mais, faute de recherche approfondie sur le sujet, on n’arrive pas à expliquer complètement le phénomène», indique le sociologue des religions Jörg Stolz. Il évoque certaines pistes: «Les personnes âgées ont tendance à avoir davantage la foi, et les femmes vivent biologiquement plus longtemps que les hommes.» Ou: «Des études ont montré que l’implication dans le monde du travail, très rationnel et sécularisant, peut faire baisser le taux de croyance religieuse. Les hommes y étaient majoritaires jusqu’à présent.»

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Bref, les chercheurs ont des hypothèses mais pas de certitude sur la cause de ce fossé entre les sexes (gender gap) religieux. Il serait davantage marqué dans le christianisme que dans les autres monothéismes ou les religions orientales. Quel est l’avis des pasteurs? «J’ai fait le constat qu’il y a davantage de femmes que d’hommes qui viennent au culte, mais je ne sais pas exactement ce que cela signifie, avoue André Joly, pasteur de la cathédrale de Lausanne. D’ailleurs, est-ce que le fait d’assister aux offices religieux reflète vraiment la foi et l’engagement d’une personne?»

L’esprit ou les muscles

Y aurait-il un biais dans ces statistiques? Ce n’est pas exclu, estime Elisabeth Gangloff-Parmentier, vice-doyenne de la Faculté de théologie de Genève: «Les femmes sont peut-être simplement davantage prêtes à parler de ce qu’elles espèrent, de ce qu’elles vivent.» Les femmes «ont moins de muscles et plus d’esprit!» lance, pour la boutade, Ariane Baehni, pasteure de Vallorbe. Plus sérieusement, elle imagine aussi que «si on limite la sphère spirituelle à une pratique de type religieux au sens large, il est probable que les femmes aient moins de retenue à partager leurs croyances. Un homme mettra peut-être moins volontiers des étiquettes sur ces questions, par pudeur.» Cela dit, elle affirme ne jamais y penser dans son travail de ministre: «Je ne sens aucune différence dans le questionnement spirituel entre hommes et femmes.»

Prêtre catholique et vicaire épiscopal du canton de Vaud, Christophe Godel n’a pas de réponse toute faite. Il constate lui aussi que «beaucoup de jeunes adultes reviennent à la religion en suivant le parcours de formation de leurs enfants. Or les mamans ont davantage tendance à s’impliquer dans la préparation au baptême ou au catéchisme que les papas.»

Certaines réalités auraient tendance à renforcer des idées reçues: «Il y a plus de femmes qui s’impliquent dans le bénévolat, les visites à domicile ou l’accompagnement. Les hommes sont plus nombreux à siéger dans les conseils de paroisse ou à s’occuper d’entretien des bâtiments. Oui, ce sont peut-être des clichés, mais on ne les invente pas.»

L’héritage culturel

Humoriste et observatrice acérée de la société, Marina Rollman se dit étonnée par ces résultats: «Plus la religion est traditionnelle, plus elle est portée par des hommes. On voit peu de prédicateurs radicaux féminins, non?» Il s’agit peut-être simplement d’une question d’héritage culturel: «Dans la division des tâches, les femmes s’occupaient de choses qui incombaient à la maternité. C’était peut-être leur façon à elles de chercher du sens, alors que les hommes en cherchent ailleurs, par exemple en étant membres d’un club de motards.»

Mécréant revendiqué devant l’Eternel, l’humoriste et archéologue Laurent Flutsch y voit l’héritage d’une pression sociale: «Dans les sociétés religieuses, comme l’était la nôtre il y a encore quelques décennies, on peut imaginer que les femmes n’avaient pas vraiment le choix: se mettre en dehors de l’Eglise et de la croyance n’était pas bon pour le marché conjugal ni pour l’intégration sociale. J’imagine que les choses sont en train de changer.» Malicieux, il «espère que les femmes rejoindront de plus en plus les hommes dans la mécréance».

Un conflit de pouvoir?

Qu’en pense Suzette Sandoz, personnalité vaudoise et paroissienne engagée dans le Synode réformé? «Ces chiffres ne me surprennent pas, dit-elle, je suis convaincue que cela a quelque chose à voir avec le fait que la femme donne la vie, qu’elle est partie liée à un mystère. Elle admet plus facilement des choses qui ne peuvent pas s’expliquer entièrement par la raison. Et puis… c’est une femme qui a donné naissance au Christ. Dans cette affaire, Joseph s’est montré admirable, mais il a été un peu exclu.»

Elle soulève une autre question psychologique: «Le fait que Dieu tout-puissant est pensé comme masculin dans la religion chrétienne joue peut-être un rôle? Je peux imaginer que cela dérange un certain nombre d’hommes, qui ressentent un conflit intérieur lié au pouvoir.» Qu’il est grand, le mystère de la foi.

Créé: 05.08.2017, 08h17

Causes multiples, selon une étude américaine

51% des femmes vaudoises pensent que «des anges ou des êtres surnaturels veillent sur nous», contre 35% des hommes. C’est l’un des constats que faisait Statistique Vaud au début de l’été. Les données sont extraites d’une enquête menée par l’Office fédéral de la statistique (OFS) en 2014 auprès de 13 700 Suisses, dont environ 1200 Vaudois. La tendance a été confirmée à l’échelon international. En 2016, l’institut américain Pew Research Center a comparé l’engagement des femmes et des hommes dans six grandes religions mondiales à partir de données récoltées dans 192 pays. Les résultats ont montré que les femmes sont plus croyantes et engagées, spécialement dans le christianisme. Le «niveau de piété» est semblable dans l’islam: un fait qui s’explique par la fréquentation majoritairement masculine des mosquées. L’étude n’avançait pas de raison explicite aux résultats. Plusieurs hypothèses étaient évoquées. Certains sociologues avancent l’idée – controversée – d’une différence biologique, la testostérone jouant peut-être un rôle. D’autres mettaient en avant des différences sociofamiliales ou le fait que les femmes seraient davantage confrontées à une «insécurité existentielle». L’idée que cette différence provient de facteurs multiples s’imposerait dans le monde académique.

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