[VIDÉOS] Piégés par les flammes, des Romands racontent

IncendiesDes Vaudois en vacances ou installés au sud de la France nous ont envoyé des images des feux de forêt. Ils témoignent.

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Quel enfer! Au moins sept incendies, ce mercredi, ravageaient le sud-est de la France et particulièrement le Var. Ainsi à Bormes-les-Mimosas, dix mille personnes étaient évacuées dans la nuit de mardi, menacées par un feu de forêt dans la commune voisine de La Londe-les-Maures. Déjà dix mille hectares ont été détruits à ce jour, soit deux fois la moyenne annuelle des dix dernières années. C’est dire que la population et les vacanciers sont à cran. Parmi eux, évidemment, des Romands. Témoignages.

(Vidéo: Marielle Corthesy/Info lecteur)

«J’ai été réveillé dans la nuit par un message d’amis. Il était quatre heures. J’ai ouvert la fenêtre et j’ai vu une barre de feu. La peur à cet instant est intense. On n’a aucune prise.» Jérôme Constantin est le directeur du Château la Valetanne, qui surplombe La Londe-les-Maures. L’œnologue valaisan réveille immédiatement sa famille et les employés du domaine. «Nous avons préféré évacuer les enfants, mon épouse les a conduits dans la nuit chez ses parents à Toulon. Au château, tout le monde était prêt au cas où. On guettait le vent, car tu ne sais pas où il va tourner. Par chance, il a conduit le feu vers la mer, pas sur le village.» Le jour levé, Jérôme Constantin a pu constater l’ampleur des dégâts. «C’est d’une tristesse inqualifiable.» Si ses vignes sont épargnées, de nombreux collègues ont subi de sévères dégâts. «Normalement, les vignes agissent comme par pare-feu. Là, l’embrasement était tel qu’il a détruit des parcelles entières.»

Repartis en pyjama

Juste en dessous de Bormes-les-Mimosas, Le Lavandou étale son port et ses plages le long de la Méditerranée. C’est là qu’Emilie Hartmann passe ses vacances en famille. Des vacances qui viennent de prendre un cours tragique. «Depuis lundi, on sentait la fumée des autres incendies, témoigne cette habitante de Bonvillars, dans le Nord vaudois. Maintenant, les collines sont en flammes.» Une partie de sa famille réside dans la région. Du coup, l’heure est à la surveillance du front qui avance malgré le bal des canadairs. Les flammes semblent s’éteindre, pour un moment seulement, puis repartent de plus belle. «Mon oncle est vigneron, je viens d’apprendre qu’il a passé toute la nuit à arroser les pourtours de la maison. Elle est sauvée, mais tout autour a brûlé!»

Les réactions des vacanciers? Elles sont contrastées. En ville, la vie continue, la plage n’a pas été désertée. Mais pour d’autres touristes, la situation semble se compliquer. La jeune femme dit avoir vu «des gens, encore en pyjama, charger leur voiture». Quant à Jérôme Constantin, installé dans la région depuis plusieurs années, il a été impressionné par le calme des habitants. «Sur les routes, ça se passe convenablement malgré l’ampleur de l’incendie et des déplacés. Les opérations sont dans l’ensemble assez bien maîtrisées.» Mais ce mercredi en soirée, de nombreux foyers poursuivaient leur méthodique destruction. «C’est toujours tendu, dit l’œnologue valaisan, je vois encore des flammes. Les pompiers n’arrivent pas à maîtriser l’incendie, et ça fume de toutes parts dans la région.»

L’avocat genevois Michel Valticos et sa famille passent, eux, leurs vacances à Gigaro, sur la commune de La Croix-Valmer, dont le parc naturel a été ravagé par les flammes. «Nous allons bien, mais l’angoisse domine. Lundi, le feu était à 500 mètres de notre maison, nous avons décidé de quitter le domicile pour rejoindre des amis dans une zone plus sûre.» En chemin, ils ont vu des secouristes – «héroïques!» – à l’œuvre. «Nous pensions que les pompiers mettraient des jours à circonscrire l’incendie dans cette zone accidentée, mais ils ont réussi à le faire en une nuit!» Le lendemain, la famille découvre «des paysages désolés, calcinés».

Rivé aux réseaux sociaux

Ils ont depuis réintégré leur lieu de villégiature, «mais on ne dort pas sur nos deux oreilles», confie l’avocat. «La nuit, on se réveille régulièrement pour aller voir ce qu’il se passe.» Tous redoutent que le vent tourne. Jusqu’à présent, un puissant mistral a chassé le feu vers la mer et non vers les habitations, explique-t-il. «Mais dès qu’un foyer est maîtrisé, un autre reprend, c’est angoissant.» Ses voisins, des Danois, «sont repartis deux jours après leur arrivée, traumatisés».

Marielle Corthesy, elle aussi, est en vacances à Gigaro. En début de semaine, elle a dû quitter son logement: «Le feu s’est déclaré à 200 mètres de notre mas! Nous sommes partis de nous-mêmes sur la plage pour sortir du cul-de-sac sans gêner les pompiers. Nous sommes ensuite partis souper. A notre retour, ils avaient bloqué la route et nous ont envoyés à la salle des fêtes de La Croix-Valmer. Nous avons été logés chez l’habitant. Ils ont été très efficaces et la population s’est très vite mobilisée pour nous accueillir. Le lendemain, nous avons pu rentrer en fin de matinée dans notre mas.»

Chacun s’informe, rivé aux sites d’information en continu. Les autorités ont ouvert des gymnases pour les personnes craignant de rester chez eux et les pompiers procèdent aux évacuations des habitants dès que ceux-ci sont exposés. Jérôme Constantin, lui, est collé aux réseaux sociaux. «Les infos sont instantanées, on communique avec les copains. Pour savoir si tout va bien. Et connaître les coins à éviter.»

Créé: 26.07.2017, 19h16

Les pilotes de canadair sont en colère

Un canadair prêté par l’Italie, c’est pour l’heure toute l’aide apportée par l’Europe à une France à bout de souffle face aux terribles incendies qui frappent le sud-est du pays. Une polémique, alimentée tant par les élus des communes sinistrées que par les pilotes des bombardiers d’eau, commence à enfler: la France manque de moyens aériens suffisants pour combattre les feux.

Mardi, le SNPAC (Syndicat national des pilotes de l’aviation civile) tirait la sonnette d’alarme dans un communiqué adressé au gouvernement: «Notre pays a subi de terribles incendies sur lesquels nous n’avons pas été capables de mettre en œuvre la stratégie de lutte contre les feux de forêt dont vous êtes garant.» L’un de ses responsables, Stéphane Le Bars, estimait d’ailleurs qu’il manquait cinq avions sur les 23 que possède la sécurité civile. Cinq avions, et pas n’importe lesquels: ces fameux canadairs jaunes capables de charger en quelques minutes 6 tonnes d’eau de mer pour les larguer sur le front de l’incendie. Pompiers et pilotes dénoncent en chœur le manque de pièces détachées et d’entretien de ces appareils…

Mais les faits sont têtus. Hier, alors que la plupart des moyens étaient déployés sur le continent, la Corse ne disposait que d’un seul canadair opérationnel sur les douze actuellement en service. Cinq sont en effet cloués au sol. Mardi, au cœur du feu de Biguglia, le maire de cette commune située au sud de Bastia ne décolérait pas, estimant que le seul canadair intervenu ce jour-là s’était avéré incapable d’éviter le désastre.

Joint dans la soirée, le président du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, Renaud Muselier, nous confiait qu’il fallait rapidement remédier à cette situation: «Ce que j’ai demandé au gouvernement, c’est de réunir plusieurs pays européens pour rassembler des fonds et acquérir 25 canadairs qui seront répartis entre les pays en fonction des besoins.» Précision: la chaîne de fabrication de ces avions se trouve aujourd’hui à l’arrêt. Pour la relancer et fabriquer les 25 appareils, il faudrait, selon l’élu, réunir un milliard d’euros.

Jean-Michel Verne Marseille

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