Le vigneron rebelle fait des émules au Pays-d’Enhaut

Château-d’ŒxFace à l’interdiction de cultiver la vigne, Pascal Rittener-Ruff saisit le Tribunal fédéral. Et compte de nouveaux adeptes.

Pascal Rittener-Ruff a entamé sa deuxième vendange illicite vendredi. À Château-d’Œx, il n’est désormais plus le seul vigneron.

Pascal Rittener-Ruff a entamé sa deuxième vendange illicite vendredi. À Château-d’Œx, il n’est désormais plus le seul vigneron. Image: Chantal Dervey

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«Dans d’autres pays, il est possible de produire du vin dans des conditions bien plus difficiles. Pourquoi serait-ce utopique au Pays-d’Enhaut?» s’interroge Pascal Rittener-Ruff. Et avec lui, désormais, d’autres Damounais qui ont décidé de s’adonner à la viticulture héroïque dans la région. Un soutien bienvenu pour le viticulteur rebelle de Château-d’Œx qui vient de saisir le Tribunal fédéral. Il recourt contre la décision des juges cantonaux lui interdisant de cultiver son vignoble, estimant, tout comme le Conseil d’État vaudois, qu’il se situe à une altitude inadaptée (1080 m). «Le caractère propice d’une parcelle doit également être jugé à l’aune de la qualité du vin qui y est produit, argumente l’ancien forestier devenu assureur et passionné de viticulture. Or le Tribunal cantonal n’a jamais répondu à ma demande de soumettre mon vin à une expertise. Et celui-ci est jugé d’une qualité plutôt acceptable par plusieurs spécialistes.» Car, en dépit de l’interdiction dont il est frappé, le Don Quichotte du Pays-d’Enhaut ne se prive pas de faire mûrir son raisin sur les 400 m2 de son domaine agricole, au Morsalaz. Vendredi, il a entamé ses deuxièmes vendanges illicites. Celles-ci lui donneront un peu moins que les 300 bouteilles de l’an dernier, sa vigne ayant été victime de la grêle et d’un acte de vandalisme.

Changements climatiques

L’intéressé n’impute donc pas cette faible récolte à une «altitude inadaptée»: «Le Tribunal cantonal s’enferme dans la vision schématique qui décrète l’altitude maximale à 600 m, voire à 700 m d’altitude. Or elle se fonde sur une jurisprudence de 1980, qui ne tient pas compte du réchauffement climatique. L’État devrait par conséquent renoncer à fixer des limites précises au cadastre viticole et se prononcer au cas par cas.» En guise d’illustration à ses propos, Pascal Rittener-Ruff brandit la copie d’un article de presse au sujet d’une vigne plantée à 2000 m sur les contreforts de l’Himalaya chinois.

Pour sa part, le Tribunal cantonal rappelle que «les parcelles les plus élevées dans le canton se situent vers 700 m d’altitude, dans les communes de Bourg-en-Lavaux et d’Aigle, ces deux régions bénéficiant d’un microclimat particulier, accentué par la présence d’innombrables murs, ou de terrains en forte déclivité.» Ce qui n’est pas le cas au Morsalaz.

Le recourant ne se démonte pas: «À l’instar des vignes sises dans le Chablais et sur les bords du Léman, le foehn y souffle et de manière précoce dans la saison. Le radoucissement et le raccourcissement des hivers sont des phénomènes notoires. Ils ont d’ailleurs conduit à la fermeture de nos installations mécaniques de la Braye.»

Soutien inattendu

Dans ce contexte, le Favotais Didier Morier apporte un soutien inattendu à Pascal Rittener-Ruff. Le président de Télé-Château-d’Œx SA, a lui aussi décidé de se mettre à la viticulture, mais dans les limites légales, soit sur une parcelle de 200 m2 tout au plus: «Dans notre région, nous ne devons pas baisser les bras. Et toute innovation qui nous permet de nous démarquer ne peut qu’être profitable à l’économie locale. Les bouteilles de vins de ma future production accompagneront donc bien un morceau de fromage de L’Étivaz.»

Agriculteur à Château-d’Œx, Alexandre Raynaud lui emboîte le pas: «On nous demande de diversifier l’agriculture, mais on nous interdit tout. Nous vivons dans des kolkhozes. J’ai donc planté une vigne sur 200 m2. Et j’espère bien augmenter cette production à l’avenir. Car 130 bouteilles pour une année, ce n’est pas assez. Et puis, pour moi, comme pour Pascal, c’est un combat contre la dictature et pour la liberté.»

Créé: 13.10.2018, 12h08

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