Vignerons du dimanche, une passion héréditaire

VendangesLes vendanges ont aussi commencé pour les «vignerons du dimanche». Qui sont-ils? Rencontre avec les Duvillard, qui boivent «leur» vin depuis 1987.

Quatre générations s’activent à la vigne – ou au carnotzet – ce jeudi après-midi. Les vendanges des 14 lignes de pinot noir ne durent que deux heures.

Quatre générations s’activent à la vigne – ou au carnotzet – ce jeudi après-midi. Les vendanges des 14 lignes de pinot noir ne durent que deux heures. Image: CHRISTIAN BRUN

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Une petite troupe animée s’active au bout du chemin des Vignes, à Chavornay, ce jeudi après-midi. Sécateur à la main, les vendangeurs déposent de belles grappes de pinot noir dans des récipients étonnants: ici, les caissettes jaunes qu’on empile dans le vignoble sont remplacées par des seaux de crépi Marmoran. C’est que chez les Duvillard, propriétaires de 800 m 2 de vignes sur l’appellation Côtes de l’Orbe, on est maçon depuis trois générations.

Michel Duvillard fait partie de ces vignerons «du dimanche» – ou «du samedi», l’appellation varie – qui contribuent à faire du Pays de Vaud le deuxième canton viticole de Suisse. Combien sont-ils? Le Service de l’agriculture et de la viticulture (SAVI) vaudois ne tient pas de statistique qui permettrait de distinguer ces vignerons à temps partiel parmi les 2450 producteurs de raisin. Mais ils sont assurément moins qu’en Valais, où 22'000 propriétaires se partagent 80'000 parcelles – contre seulement 13'000 parcelles sur Vaud.

La famille Duvillard est emblématique de ces petits producteurs, avec ses 600 à 700 bouteilles par an (535 litres en 2016). L’histoire de son «domaine» l’est aussi: «Avant que mon père et mon oncle ne plantent de la vigne, en 1987, il n’y avait rien sur ce terrain dont ils avaient tous deux hérité, raconte Michel Duvillard. Planter de la vigne était une manière de valoriser ces parcelles en lisière d’autoroute. Et puis, ils aimaient le vin!» D’où d’ailleurs le choix du pinot noir, «meilleur que le gamay et moins raide qu’un plant direct», selon Georges, père de Michel, venu assister aux vendanges depuis le carnotzet avec son frère Maurice.

Consommation personnelle

A l’époque, la loi autorise chaque propriétaire à planter des ceps sur 400 m2 «pour consommation personnelle» et sans que cela soit inscrit au cadastre viticole. Aujourd’hui, l’amateur n’a droit qu’à 200 m2 de vigne non cadastrée. Avec leurs 800 m2, les Duvillard sont soumis aux mêmes règles que les «vrais» vignerons: taxes de promotion de l’Office des vins vaudois, quotas, contrôle de cave, droits (ou acquits) de production… Et ils pourraient vendre leur vin. L’idée fait sourire le maître maçon: «On consomme tout dans la famille…» Le pinot noir de Chavornay est parfois aussi utilisé comme cadeau d’entreprise chez Duvillard Maçonnerie & Béton Armé.

Mais si Michel a «appris sur le tas» la taille et l’entretien durant l’année (il se fait aider par son petit-cousin paysan-vigneron pour les traitements), et que la douzaine de vendangeurs présents durant les deux heures de boulot ce jeudi après-midi fait partie du cercle proche, on ne vinifie pas dans la famille. Le raisin fraîchement cueilli est apporté chaque automne à Perroy, chez Œnologie à façon, depuis bientôt trente ans! Un tableau récapitulatif, avec quantités et degrés Œchslé, orne le carnotzet. Et le trou de 1990, soit la deuxième année de récolte? «J’appelle ça le Clos du Goudron, rigole Georges. Je m’étais endormi sur l’autoroute en allant à Perroy et tout le raisin s’est renversé!» On avait cette année-là acheté un bout de récolte chez un voisin, pour avoir tout de même quelques bouteilles. Mais on parle bien d’une exception: «Notre raisin fait notre vin, insiste Michel Duvillard. On se donne de la peine, parce qu’on goûte le fruit de notre travail.»

L’argument de la traçabilité

C’est en effet principalement cet argument – la traçabilité – qui plaît aux clients de l’entreprise de Perroy, une des seules à proposer ce service.

«Le raisin – au minimum 250 kg – est vinifié dans leur cuve ou barrique, et selon leur goût», explique Laurent Liardon, responsable administratif chez Œnologie à façon. C’est rarement le cas dans les sept coopératives vinicoles du canton ou chez les encaveurs grossistes, où les récoltes sont mélangées par cépages. Lors du rachat éventuel après vinification, le producteur de raisin n’est pas assuré de goûter le jus de ses grappes.

A Perroy, quelque 150 producteurs de raisin, majoritairement de La Côte, mais aussi des régions vaudoises et des cantons voisins, confient le pressurage, la vinification, la mise en bouteilles et parfois même l’étiquetage et la mise en cartons de leur récolte (340 lots en 2016). Parmi eux, une moitié environ destine ces bouteilles à la vente. L’autre moitié n’en retire aucune recette. Plutôt des charges! «La bouteille revient entre 3 et 5 francs, selon le type de bouteille, le choix entre bouchon ou capsule, ou encore si les bouteilles doivent être étiquetées et conditionnées», estime Laurent Liardon. A cela, il faut ajouter les frais de traitement et d’entretien. Michel Duvillard hésite lorsqu’on lui demande de préciser ce que lui coûte son hobby. «On ne fait pas ce calcul-là.»

Et quoi qu’il lui en coûte, le maçon n’est pas près de poser le sécateur. «Dans deux ou trois ans, je me mettrai en préretraite et aurai plus de temps. Peut-être pour m’intéresser au bio. Mais, c’est sûr, je continuerai: cultiver la vigne, ça nous garde les pieds sur terre.» (24 heures)

Créé: 27.09.2017, 07h16

Michel Duvillard (au centre) cultive la vigne de son oncle Maurice (à g.) et de son père Georges. (Image: Christian Brun)

Les amateurs échappent aux statistiques

Impossible de dire précisément combien ils sont! Restent des pistes, qui permettent de se représenter à peu près la répartition de notre vignoble. Si le Service de l’agriculture et de la viticulture (SAVI) enregistre 2450 destinataires des acquits (producteurs de raisin), sept coopératives et un peu plus de 400 encaveurs privés, il ne fait pas de distinguo entre pros et amateurs. De son côté, la Fédération vaudoise des vignerons (FVV) compte un peu plus de 1000 membres (facultatif) et estime la surface viticole cotisée à 75%. Les chiffres de l’Office des vins vaudois (OVV) donnent aussi une idée: en 2016, 2190 propriétaires, exploitants ou entreprises viticoles ont été taxés. La taxe d’encavage a été perçue chez 65 exploitants entre 500 et 5000 litres et 384 de plus de 5000 litres.

Le nombre de fournisseurs de raisin qui n’encavent pas, ou pas du vin AOC (le seul soumis à la taxe), explique cette différence. Echappent aussi à la taxation, et donc aux statistiques, tous ceux qui possèdent moins de 450 m2 de vigne ou qui produisent moins de 500 litres par an. Côté propriétaires, on compte 13'000 parcelles de vignes (dont 5022 à Lavaux pour 1754 propriétaires, et 3108 dans le Chablais pour 1045) contre 80'000 en Valais. Pourquoi? Là-bas, une parcelle de 2000 m2 peut être partagée en quatre lors d’une succession; sur Vaud, il est interdit de morceler un domaine. Les améliorations foncières, cofinancées par l’Etat, ont en effet été pensées pour créer des domaines plus compacts et viables.

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