Les vignerons s'inclinent devant Keller

VinLe président de l’Office des vins vaudois quitte ses fonctions demain. Décrié en 2011, il s’en va avec les honneurs

Après avoir largement rempli son contrat, Pierre Keller remet à son successeur un organisme de promotion boosté.

Après avoir largement rempli son contrat, Pierre Keller remet à son successeur un organisme de promotion boosté. Image: VQH/FLORIAN CELLA

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Son plus grand coup a été «Le monde s’incline devant les vins vaudois». Pierre Keller le dit d’entrée de jeu sans qu’on lui pose la question. Le truculent président sortant de l’Office des vins vaudois (OVV), 73 ans, sera remplacé dès le 1er janvier 2019 par Michel Rochat, actuel directeur général du groupe de l’École hôtelière de Lausanne (EHL).

«Du bon travail»

À l’heure du bilan, celui qui a été accueilli par une volée de bois vert par certains vignerons méfiants s’en va avec la reconnaissance de la plupart des professionnels de la branche à l’issue de son septennat. Pierre Keller revendique ce slogan provocateur, imprimé sur une bâche verte de 300 m2 et installé en août 2015 sur la façade du Clos du Boux à Épesses. «Il y a déjà les vins valaisans, mais aussi tous les autres!» dit-il, alors que son comité lui a maintes fois rappelé qu’il était délicat de taper sur les voisins.


L'édito: L’ère Keller ou l’âge de raison du vin vaudois


Au-delà du pied de nez, l’homme de réseau international a mis son carnet d’adresses impressionnant au service des vignerons vaudois. C’est bien pour cela que le ministre en charge de la Viticulture, Philippe Leuba, était venu le chercher, sur conseil de quelques vignerons progressistes. «Ils n’ont pas fait une mauvaise affaire!» commente Pierre Keller, qui estime avoir «fait du bon travail».

Parmi ses faits d’armes, on notera l’ouverture sur le monde – par le biais de voyages de vignerons au Japon, en Chine, à Cuba ou en Russie, sponsorisés par la marque Hublot de son ami Biver; la nomination de «commandeurs» de l’Ordre des vins vaudois, une quinzaine d’ambassadeurs de nos crus stratégiquement choisis parmi des personnalités d’ici et d’ailleurs; une modernisation de la marque OVV – même si jugée parfois trop «écalienne» (l’ancien directeur de l’École d’art de Lausanne est graphiste de formation) – et de ses méthodes de communication…

«J’adore emmerder!»

Mais aussi le retour des chiffres noirs. «Quand je suis arrivé en 2011, l’OVV empruntait 1 million chaque année. J’ai fait rentrer l’argent!» Non sans peine: on se souvient du soulèvement d’une trentaine de vignerons contre la taxe jugée trop élevée que l’organe de promotion prélevait auprès de chacun. La mutinerie a fait long feu. «On les a foutus aux poursuites et puis voilà!» résume le président, qui est en fait allé trouver ses contradicteurs. Son franc-parler a parfois agacé, tout comme une certaine misogynie et un caractère par trop autoritaire. Ses pantalons colorés, ses foulards et sa voix suraiguë ont d’abord détonné dans le vignoble pour finir par y être associés. «Le but n’est pas d’être aimé, mais d’être efficace», répond Pierre Keller, qui reconnaît, parmi ses erreurs, s’être «parfois un peu trop énervé». Mais il avoue: «J’adore emmerder les gens! Ça me donne de l’énergie.»

Il lui en aura fallu, de l’énergie, pour arriver à fédérer le plus grand nombre autour de ses idées, parfois jugées farfelues. Il en regrette une d’ailleurs, qu’il n’aura pas réussi à faire passer: réunir dans un même bureau l’Office des vins vaudois, Great Wine Capitals, l’Unesco, l’Office du tourisme ou encore Vaud Œnotourisme. «C’est le seul moyen d’avoir un réel impact. Ils y viendront peut-être un jour, mais il faudra du temps. Les couloirs de l’administration vaudoise sont longs et tous ceux qui les fréquentent n’ont pas fait le Marathon de Lausanne…» Il a toutefois toute confiance dans son successeur, Michel Rochat, et le nouveau directeur, Benjamin Gehrig, qui n’est autre que son ancien assistant à l’ECAL.

Désormais, Pierre Keller ne boira plus de vin vaudois, dit-il. Sa santé – et son médecin – le lui interdit. Continuera-t-il toutefois à le défendre? «Bien entendu! Le vin est un produit noble, unique, qui vaut la peine qu’on s’en occupe. Et puis j’ai rencontré des vignerons fantastiques, qui m’ont permis, je n’y pensais pas, d’arriver au cénacle des vins vaudois!» (24 heures)

Créé: 31.12.2018, 07h02

«Il a foutu un pied au cul des vignerons!»

«Pierre Keller a donné des ailes à la viticulture vaudoise. Il a foutu un pied au cul des vignerons, les a poussés à être fiers. Et ce n’est pas rien de faire évoluer l’état d’esprit d’un monde de terriens, qui se méfie de l’ambition.» Philippe Leuba rend ainsi hommage à un homme «terriblement vaudois» qui est aussi un «fou du roi, deux caractéristiques a priori antinomiques», et parle même de «grenade dégoupillée» qu’un conseiller d’État doit cadrer dans le monde institutionnel. Gilles Cornut, président de la Communauté interprofessionnelle du vin vaudois (CIVV), admet avoir aussi dû parfois «se tenir aux branches». «Ce qu’on était allé chercher avec Pierre Keller, c’était des idées, se souvient-il. Mais on pensait quand même qu’il s’y connaissait un peu mieux en viticulture vaudoise…» Il salue l’engagement sans faille du président. «Il faisait le commercial mieux que personne, mais maîtrisait aussi les finances. C’est un grand travailleur.» Une qualité qui a plu aux vignerons. «On est arrivés à l’OVV dans des années compliquées, se souvient Nicolas Joss, ancien directeur de l’OVV, qui a travaillé près de six ans à ses côtés. C’était bien de miser sur une personnalité excentrique, qui sort des sentiers battus. Sous sa présidence, l’OVV est devenu l’un des organismes de promotion les plus dynamiques du pays.»

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