Le vignoble vaudois tient sa première bible

PatrimoineLe livre «Acteurs de la vigne» met en lumière le rôle de la viticulture dans la création de ce coin de pays.

C. F. Ramuz en Lavaux en 1930. Dans la littérature, il est un des rares écrivains à avoir privilégié la vigne au vin.

C. F. Ramuz en Lavaux en 1930. Dans la littérature, il est un des rares écrivains à avoir privilégié la vigne au vin. Image: Laure BROSSARD, PHOTOGRAPHIE HENRY-LOUIS MERMOD

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Le terme de «vigneron» était trop réducteur. Car il est ici question d’hommes, de femmes, de tâcherons, de propriétaires, de négociants, d’État ou encore d’environnement. C’est pourquoi le livre a été intitulé «Acteurs de la vigne», un sujet sur lequel le canton de Vaud a beaucoup à dire. C’est un peu son âme. Ses vignobles symbolisent un ancrage millénaire, un savoir-faire, une certaine vision de la beauté et de la durabilité. «Or contrairement à d’autres régions à forte production viticole comme le Valais ou la Bourgogne, ce champ de recherche est demeuré largement inexploré jusqu’ici, explique France Terrier, présidente de la Société vaudoise d’histoire et d’archéologie (SVHA.) Pourtant, il aborde des particularités locales, des spécificités régionales, en un mot ce qui constitue l’essence même de ce canton.»

À l’aube de la Fête des Vignerons 2019, qui s’apprête à consacrer les meilleurs tâcherons de Lavaux et du Chablais, le temps était venu de mettre en lumière le rôle joué par la population vigneronne dans la création et l’évolution de ce coin de pays. Publié par la Société vaudoise d’histoire et d’archéologie (SVHA) et la Confrérie des vignerons de Vevey, le livre «Acteurs de la vigne» fait apparaître la viticulture vaudoise sous toutes ses coutures, sociale, politique, économique, artistique et donc identitaire. «Avec notre récente inscription au Patrimoine culturel immatériel de l’humanité, nous avons un devoir de recherche et de documentation, rappelle Sabine Carruzzo-Frey, secrétaire générale de la Confrérie des Vignerons et codirectrice de la publication. Il est étonnant qu’une histoire sociale et culturelle des vignes et du vin dans le canton n’a pas été encore entreprise à ce jour.» Face à ce manque, cette publication, rédigée par une quarantaine d’auteurs d’horizons divers, offre aussi de nouvelles pistes de recherche en vue d’une étude encyclopédique sur le sujet.

La longue invisibilité des femmes dans la vigne en est une. Avec la mécanisation, elles y affirment leur présence. Et les transmissions des domaines à des filles sont devenues moins rares. Mais le scénario de la Fête 2019 laisse entrevoir un trouble des genres dans le monde des vignerons, à lire Valérie Cossy, professeure en études genre à l’Université de Lausanne: «On sourit déjà des Cent-Suissesses annoncées: les calibrera-t-on comme leurs collègues masculins? Osera-t-on parler de leurs mensurations? Comment la Fête répercutera-t-elle ce profond assouplissement des assignations de genre dans le monde vigneron?»

Le carnotzet, ce parlement

Pour le juriste et historien Olivier Meuwly, auteur d’un chapitre sur la vigne et la politique aux XIXe et XXe siècles, l’importance de la viticulture pour comprendre la société vaudoise est indiscutable. Alors que le vignoble cantonal a retrouvé un représentant au Conseil fédéral avec Guy Parmelin, paysan et vigneron à Bursins, Olivier Meuwly relève que la vigne n’a pas vraiment colonisé la scène politique. Discrète aux niveaux fédéral et cantonal, à ses yeux, elle serait toutefois plus présente à l’échelle communale. Et se tiendrait en embuscade derrière les autres métiers de la terre. «Mais l’esprit du vin, sans hanter les couloirs politiques, imbibe une culture où trône le carnotzet, emblème d’une vie politique parfois agitée, même dans le débonnaire canton de Vaud, analyse le juriste et historien. Ses murs de pierre savent cependant remettre dans leur juste perspective les discussions parfois trop vives qui ont pu déchirer l’ambiance sinon feutrée du parlement.»

Les chercheurs ont, bien sûr, scruté Lavaux, dont les coteaux façonnés par l’homme sont également inscrits au Patrimoine culturel de l’humanité. Terre de convergence, le vignoble n’aurait pas connu le même développement et la reconnaissance internationale sans les apports extérieurs, les immigrés lombards notamment, selon Jean-Pierre Bastian, un des auteurs. Lavaux a aussi accueilli diverses autorités politiques, religieuses et de nombreux propriétaires. «Faut-il pour autant penser que l’acte de rébellion du Major Davel en 1723 ne pouvait survenir que dans une telle région, soumise aux influences extérieures, située à la confluence des cantons souverains de Berne, de Fribourg et de la ville sujette de Lausanne?» s’interroge l’archiviste Gilbert Coutaz. Aujourd’hui, actifs ou retraités, et nouveaux habitants venus des villes tiennent à ce que Lavaux reste vivant. «Ils essaient de faire preuve d’un savoir-habiter suffisant pour respecter le site dans son ensemble afin que, dans le sillage de Ramuz, le poète puisse toujours passer», sourit Denyse Raymond, historienne de l’art monumental local. Dans la littérature, Ramuz est d’ailleurs l’un des seuls auteurs à avoir privilégié la vigne au vin, relève Noël Cordonier, professeur de littérature. «Vigneron, moi aussi!» affirmait l’écrivain ayant vécu deux ans à Treytorrens.

Face à l’image de carte postale, la viticulture vaudoise, autrefois la plus grosse productrice du pays, perd de son importance économique. Et nombre d’exploitations viticoles risquent de sombrer. «Le choix des cépages est un élément clé pour faire face à la concurrence internationale, estime Olivier Viret, responsable du centre de cultures spéciales de l’État de Vaud. Innovation et respect des traditions vitivinicoles ancestrales représentent certainement la voie du futur.»

Créé: 12.01.2019, 17h52

Le livre



«Acteurs de la vigne»
Sabine Carruzzo-Frey et Philippe Kaenel

Edition Antipodes, 479 pages (180 illustrations)
Prix: 44 fr.

En images


Les vignerons couronnés de la Fête des Vignerons de 1905 à Vevey. La culture de la vigne a bien évolué depuis.


Extrait du Traité illustré sur la culture de la vigne dans le district de Grandson de Louis Thonney, 1822. BCU/Lausanne


Les étudiants en photographie de l’École cantonale d’art ont posé leur regard sur la vigne en mutation.

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