Un village celtique à Vufflens-la-Ville

ArchéologieLa construction de la RC 177 a révélé un village gaulois. Pour les archéologues, les résultats sont exceptionnels. Portes ouvertes.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les archéologues organisent ce samedi les portes ouvertes des fouilles de Vufflens-la-Ville: une tranchée de 450 m de long réalisée sur le tracé de la future route cantonale RC 177, entre Aclens et Penthaz, dans le Gros-de-Vaud. Et ce qu’ils ont mis au jour en un an risque bien d’éclairer toute une partie de l’histoire vaudoise.

«Pas imaginé»

«Des fouilles d’une si grande ampleur sont rares, explique Nicole Pousaz, archéologue cantonale. On n’avait pas imaginé un instant une pareille substance archéologique ici. Personne n’avait même parlé de ce site.» Ce sont les sondages préalables au chantier routier qui ont mis la puce à l’oreille des spécialistes. Ils n’ont pas été déçus: sous une épaisse couche de terre était conservée toute une agglomération gauloise occupée entre l’an 200 et 100 avant notre ère. Or, pour cette période qui précède la Guerre des Gaules de César, les connaissances des archéologues sont loin d’êtres complètes. En dehors de quelques fermes et villages partiellement conservés, peu de traces d’habitat avaient jusqu’ici été retrouvés en Suisse. La civilisation celtique est alors à son apogée. Ce qu’illustrent des fragments très fins de fourreaux d’épées, des fibules de bronze et du mobilier d’une qualité remarquable retrouvés sur le site de Vufflens. S’y ajoutent 400 parures, une centaine de pièces… On y produisait aussi de la céramique, voire de la monnaie, signe de l’importance d’un lieu fréquenté par des aristocrates. En témoigne une riche tombe, découverte au nord du site.

Abandon soudain

Mais soudain, à la fin du IIe siècle, le village est abandonné. Tout comme ses sites contemporains. «Il s’est visiblement passé quelque chose un peu partout en Europe», explique Bastien Julita, archéologue de l’entreprise Archeodunum. Cette période troublée est régulièrement interprétée par le biais d’une série de migrations des peuples gaulois.

Sur la base notamment des monnaies découvertes à Vufflens, une spécialiste suggère dans une récente publication que nos ancêtres les Helvètes ont pu arriver à cette époque sur le plateau suisse, en chassant les Séquanes, un autre peuple gaulois.

Routes commerciales

Ce que révèle surtout le site de Vufflens, ce sont des routes commerciales majeures se croisant en plein milieu du canton. «Ce village était probablement situé à un point de rupture de charge, enchaîne l’archéologue Matthieu Demierre. On remontait la Venoge en bateau halé depuis la rive, avant de continuer vers le Jura ou le bassin du Rhin, peut-être en passant par la Thièle.» Le site a révélé un vaisselier venant de Campanie et d’Etrurie, en Italie actuelle, ainsi que des entraves utilisées pour les esclaves. Proche et contemporaine du sanctuaire du Mormont, cette agglomération dont seulement une partie a été explorée aurait bien pu servir de carrefour commercial à large échelle durant l’époque gauloise, selon les spécialistes.

A l’heure où les pelleteuses et les trax succèdent aux fouilleurs, la recherche, elle, ne fait que commencer. Le financement de l’étude et de l’analyse des vestiges n’est toutefois pas assuré (lire ci-contre). (24 heures)

Créé: 27.05.2016, 22h05

Infos

Portes ouvertes ce samedi 28 mai de 10h à 18h. Visite et démonstration d’un four de potier reconstitué.

Recherches au cœur d’un débat politique

Face à l’ampleur de la découverte archéologique, le budget prévu pour la fouille du tracé routier n’a pas suffi. Ce d’autant moins qu’il était passé de 5,5 à 4,5 millions de francs lors du vote du crédit de construction de la route cantonale – 75,5 millions – par le Grand Conseil. C’était en 2014, à l’issue d’une passe d’armes au sein du Législatif. Aujourd’hui, le million de francs raboté par les élus fait défaut pour l’analyse et l’étude du site. La Commission de gestion du Grand Conseil s’en est récemment émue, demandant ce que le Canton entendait prendre comme mesures pour en assurer sa mise en valeur. S’y ajoute une motion du député Martial de Montmollin (les Verts), qui s’est également inquiété des moyens à disposition du Canton pour assurer la conservation de cette quantité exceptionnelle de vestiges.

«En temps normal, le Musée cantonal prend en charge 125 à 150 lots par année, illustre le député Hugues Gander (PS), membre de la Commission de gestion. Là, il en a reçu plus de 3000 rien que de Vufflens-la-Ville!» En clair et à en croire les élus, les spécialistes de la conservation des objets archéologiques peinent à suivre le rythme dicté par les chantiers récents sans augmentation temporaire de leurs capacités. C’est que la construction de la RC177 est tombée en même temps que plusieurs opérations importantes, comme la fouille du site du Mormont, dictée par l’extension de la carrière d’Eclépens. La réponse du Conseil d’Etat aux observations de la Commission de gestion est encore pendante.

Articles en relation

Vufflens-la-Ville s’urbanise malgré elle

L'Esprit des lieux Le village de 1200 habitants voisin de Bussigny bénéficie de la proximité de la ville, mais y perd son âme campagnarde. Plus...

Les archéologues fouillent le tracé de la future RC 177

Vufflens-la-Ville Alors que les travaux préparatoires ont débuté, les fouilles dévoilent des vestiges vieux de deux mille ans. Plus...

Fameux chez les spécialistes, le Mormont gagne le grand public

Archéologie Avant La Sarraz, le Musée national de Zurich expose les découvertes helvètes. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.