Les villages attirent deux fois plus que les villes

DémographieLes personnes qui déménagent choisissent avant tout les communes de moins de 5000 habitants. Prix du terrain, loyers et place à disposition expliquent ces différences

Image: Olivier Allenspach

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Entre 2014 et 2017, 267 des 309 communes vaudoises ont vu leur population prendre l’ascenseur. Elles ont engrangé 33'709 habitants en quatre ans, ce qui englobe les gens qui ont déménagé et les naissances. Et les 42 autres? Elles ont perdu 560 citoyens. C’est ce qui ressort des chiffres de la population publiés par l’État de Vaud la semaine dernière.

Mais qui a été le plus attirant? Compilés par «24 heures», ces chiffres montrent que les villages (moins de 10'000 âmes) ont capté deux tiers des nouveaux habitants (22'441 sur 33'709). Et dans ce groupe, ce sont les villages entre 1000 et 5000 habitants qui ont la cote, avec un tiers des arrivées totales (10'961).

Les tops et les flops
Bien sûr, en nombre absolu, Lausanne remporte la palme, avec 4806 nouveaux citoyens, suivie du Mont-sur-Lausanne (+ 1130, à 8100) et de Saint-Sulpice (+ 1060, à 4524). Mais les choses intéressantes apparaissent en regardant les pourcentages, une fois que l’on cumule les résultats village après village. Ainsi Villars-Sainte-Croix a vu sa population bondir de 38,9% (à 935 habitants); Vich de 32% (à 1026); et Saint-Sulpice, à nouveau, de 30,7%.

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La carte ne montre pas de logique particulière. Les villages se développent bien dans toutes les régions du canton. Tout au plus remarque-t-on que la population augmente moins qu’ailleurs en Lavaux et sur la Riviera.

Les chiffres que nous avons obtenus montrent une réalité qui inquiète l’État de Vaud. C’est d’ailleurs pour y mettre un frein que le Grand Conseil a terminé mardi ses travaux sur la loi cantonale sur l’aménagement du territoire. Autant dire que les mesures prises jusqu’ici pour freiner l’étalement n’ont pas fonctionné.

Prime à l’espace vide et urgence face à la loi
«Nous voyons que, globalement, on construit dans tout le canton, mais que les communes de moins de 10'000 habitants croissent plus vite», confirme Léna Pasche, cheffe de projet auprès de Statistique Vaud. «Cela traduit un phénomène de saturation des villes. La population augmente là où il y a de l’espace. Mais il est assez difficile de sortir un message de l’analyse par commune, car les particularismes sont importants.» Il y a les chiffres statistiques mais aussi les chiffres économiques qui prouvent l’attrait des villages de 1000 à 5000 habitants. C’est le cas par exemple pour Retraites Populaires, qui gère 13'000 logements dans le canton, selon Sébastien Henchoz, l’un de ses sous-directeurs. «Dans un contexte de pénurie, nous avons constaté que l’intérêt des locataires, historiquement fortement attirés par l’arc lémanique, s’est reporté vers les régions périphériques, qui comptent davantage de villages de 1000 à 5000 habitants», note-t-il. Une détente du marché pourrait inverser la tendance, mais l’intérêt pour la périphérie va subsister en raison des «besoins en loyers abordables», selon le spécialiste.

Cette prime à l’espace vide et aux prix bas est mise en avant par les élus locaux eux-mêmes. «Plusieurs éléments expliquent cette forte démographie», souligne Blaise Clerc, l’un des membres du comité du groupe Bourgs et villages de l’Union des communes vaudoises (UCV). Il est aussi le syndic de Vully-les-Lacs, où la population a crû de 10% en quatre ans pour 3100 citoyens. «Comme premier élément d’explication, il y avait l’urgence, pour certains propriétaires, de valoriser leurs terrains, avant de se les voir dézoner à cause de la loi sur l’aménagement», souligne Blaise Clerc. Le second élément, c’est l’immigration intercantonale. Sans compter les prix des terrains et des loyers.

Tout bénéfice?
Blaise Clerc se réjouit du développement de son village, anticipé avec notamment une construction scolaire. Mais certains syndics avouent que l’opération est complexe. Au point qu’ils préfèrent rester anonymes pour en parler, de peur de froisser leurs administrés.

Car parfois ces arrivants coûtent de l’argent aux citoyens déjà installés. Il s’agit souvent de familles, pour lesquelles il faut adapter les structures scolaires et parascolaires. Et encore de personnes qui ont emprunté pour s’acheter un logement. «Elles peuvent le déduire de leurs impôts», note un élu de la périphérie lausannoise.

Villes moins attirantes?
Faut-il comprendre que les villes sont moins attrayantes? Pas vraiment. Mais plutôt qu’elles ont davantage de mal à mettre en branle des projets de logements suffisants. En ville, il faut des grands projets pour absorber la même proportion d’habitants que dans un village, selon Pierre Imhof, le chef du Service cantonal du développement territorial (SDT).

«Les villes ont moins crû car elles ont eu de la difficulté à créer des conditions d’accueil, analyse-t-il. Il est plus compliqué de faire un projet de 10'000 habitants que 100 projets de 100 habitants dans 100 communes.» Pierre Imhof indique néanmoins ne pas pouvoir interpréter nos chiffres, car la méthode de calcul de l’État est différente. Quoi qu’il en soit, il ajoute que la politique d’aménagement a été dans sa phase de planification et se situe désormais en période de réalisation. Cela signifie que la situation devrait changer, avec des grands projets comme les Plaines-du-Loup à Lausanne ou Prairie Nord & Églantine à Morges.

Un échec urbanistique?
Parmi les acteurs que nous avons contactés, certains dressent un constat critique de l’évolution de la démographie des villages. Ainsi l’urbaniste Jérôme Chenal, maître d’enseignement et de recherche à l’EPFL, y voit «un échec de la politique d’aménagement». Pour lui, il n’y a pas un élément en particulier qui explique la démographie des villages, «mais un ensemble de politiques qui fait que les gens vont au plus simple s’ils veulent devenir propriétaires en ayant une famille». D’où l’attrait pour les villages.

«Les villes ne parviennent pas à fournir suffisamment pour être meilleures que les villages, ajoute Jérôme Chenal. Le jour où il y aura un avantage économique à vivre en ville, les gens viendront y habiter plus facilement.» (24 heures)

Créé: 20.04.2018, 06h39

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