«Ce sont les villes qui sauveront la planète»

EnvironnementA moins d’un an de son départ, le syndic de Lausanne fait son testament politique dans un préavis. Il livre sa vision du développement durable.

Daniel Brélaz constate que les villes sont davantage conscientes des défis énergétiques et écologiques que les Etats, souvent influencés par les lobbies économiques.

Daniel Brélaz constate que les villes sont davantage conscientes des défis énergétiques et écologiques que les Etats, souvent influencés par les lobbies économiques. Image: DOMINIQUE FAVRE

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Il est temps, pour le syndic de Lausanne, de penser à sa sortie. Candidat au Conseil national avec de bonnes chances, il va quitter la Ville dans une petite année. Le géant Vert, écologiste de la première heure, livre aujourd’hui son testament politique sous la forme d’un «bilan et perspectives» sur la politique de développement durable de la capitale vaudoise.

Avec ses trente-six ans de militance et ses vingt-six ans d’expérience au sein d’un Exécutif urbain, Daniel Brélaz jouit d’un point de vue privilégié sur l’évolution des politiques publiques face aux défis de la croissance. Au fil des décennies, il a vu les énergies renouvelables prendre un essor considérable. Ses contacts permanents avec les autres villes du monde lui ont montré que les responsables politiques locaux manifestent une grande sensibilité écologique, contrairement aux Exécutifs nationaux, empêtrés dans des luttes d’intérêts économiques ou freinés par l’administration. A trois mois du sommet de Paris sur le climat, il réaffirme que la transition énergétique est possible. Interview.

Dans quel domaine du développement durable Lausanne se distingue-t-elle?
L’énergie. La création de Tridel, le chauffage à distance et le développement du gaz en remplacement du mazout ont contribué à diminuer la pollution, de même que l’essor de la production d’électricité par le biais du solaire. La politique des transports, avec le M2 et la limitation de la voiture en ville, qui implique une baisse de 13% de la circulation au centre, a permis de réduire de 23% les émissions de gaz à effet de serre sur sept ans. Globalement, on peut parler d’une réduction de 30% entre 2000 et 2015.

Et les autres pans du triptyque «environnement-social-économique»?
Avec les Plaines-du-Loup et son écoquartier (ndlr: 3600 logements), nous construisons l’habitat du futur. La dépense énergétique représentera 15% de ce qui se consomme dans les bâtiments construits il y a trente ans.

Les bâtiments des années 1980 sont-ils si peu performants?
C’est une problématique qui concerne toute la planète et dans plusieurs domaines. Il existe une guerre entre l’ancienne économie et la nouvelle. En Suisse, les bâtiments anciens ont été construits pour durer. Il est donc difficile de les éliminer au profit de constructions moins gourmandes en énergie. En Asie, par exemple, où les habitations sont nettement moins solides, on n’a pas ce problème. Le même phénomène est constaté par rapport à la production d’énergie. Les vieilles centrales hydrauliques ou à charbon sont complètement amorties. Leurs exploitants ont donc intérêt à continuer à faire tourner ces vieilles pétoires.

Vous valorisez énormément le pouvoir local. Les villes sont-elles toutes vertueuses?
Au sein du réseau mondial des villes (ndlr: Cités et Gouvernements Locaux Unis, CGLU), il n’existe aucune divergence. Toutes les villes sont pour la mutation énergétique. Mais ça coince au niveau national, où les lobbies économiques freinent l’évolution. Il y a aussi des phénomènes administratifs. Prenez l’exemple de l’éolien: la ville de Troyes a 150 éoliennes, ce qui correspond à la consommation entière de Lausanne. Or, nous avons le projet d’en construire… 8. Parce qu’à Berne on défend les oiseaux! Pourtant un million d’oiseaux sont tués chaque année par les chats et quelques dizaines seulement par les éoliennes.

Vous êtes président de la commission de développement durable au sein des maires francophones. Quel est le rang de Lausanne?
Lausanne est leader en matière de développement durable. Ensuite, il y a Bordeaux. Juppé fait un très bon travail. Lyon aussi. Paris, quant à elle, émerge. Il ne faut pas oublier qu’il y a encore peu la France dépendait à 75% du nucléaire.

Portez-vous un message d’espoir?
Aujourd’hui, on a un axe de solutions. L’espoir, je l’ai. La certitude, non. Cela dépendra de l’évolution des mentalités. Chaque pays a ses contradictions, comme la Chine, qui est capable de polluer à l’extrême tout en produisant une technologie écologique très avancée. Lorsque j’ai commencé au Conseil national, en 1979, le coût du kilowattheure par mètre carré de panneau solaire s’élevait à plusieurs centaines de francs. Le solaire était considéré comme une utopie. Aujourd’hui, on est à quelques centimes.

Lausanne ne manque-t-elle pas d’argent pour faire avancer le développement durable?
Il y a certes des inconnues, notamment avec les Services industriels, dont le bénéfice diminue depuis cinq ans, et la réforme de la fiscalité des entreprises, qui nous fera perdre de l’argent. Est-ce pour autant un frein au développement durable? Le préavis d’aujourd’hui, qui est partagé par la Municipalité, indique des objectifs qui devraient être réalisés durant la prochaine législature. Peut-être que cela en prendra trois… Nous aurons des rentrées d’argent avec les droits de superficie et la rentabilité des logements des Plaines-du-Loup. Tout cela relève d’un équilibrage permanent. Mais vers 2025-26, les investissements deviendront davantage supportables.

Votre programme pour la prochaine législature sera-t-il suivi par vos successeurs?
La mutation énergétique se fera de toute façon. C’est seulement une question de tempo. Les visées de développement durable des Plaines-du-Loup ne pourront pas être changées. Et puis, je ne vois pas de fou parmi mes successeurs potentiels, sans compter que la majorité d’entre eux seront les mêmes qu’aujourd’hui. (24 heures)

Créé: 25.07.2015, 08h17

Mesures pour l’avenir

Les textes sur le développement durable à Lausanne sont publiés aujourd’hui (www.lausanne.ch). Ils se déclinent en un préavis et deux brochures, l’une sous forme de bilan, l’autre sur les enjeux, objectifs et mesures. Voici, en vrac, quelques-unes des mesures envisagées par la Municipalité pour l’avenir de Lausanne, qui portent sur le très grand comme sur le très petit:

Autonomie des écoquartiers. Les deux écoquartiers de Métamorphose, aux Plaines-du-Loup et à Vidy, seront alimentés à 100% par de l’énergie renouvelable pour le chauffage et l’électricité.

Green IT. Derrière ce vocable: l’informatique propre. L’administration devra accentuer ses efforts pour réduire l’empreinte écologique de l’utilisation des ordinateurs; par exemple en réduisant le matériel d’impression, ainsi que la consommation d’énergie liée aux ordinateurs et serveurs.

Liens sociaux. L’une des trois composantes du développement durable est le social, pris au sens large. Dans cette optique, Lausanne entend pousser plus loin sa politique des quartiers, avec, notamment, le déploiement de 16 centres socioculturels et maisons de quartier. L’intégration devient par ailleurs un maître mot, qu’il s’agisse des migrants, des handicapés ou des jeunes, par exemple.

Préserver l’eau. Même si la Suisse n’a a priori pas de problème d’eau, le développement durable commande de préserver les ressources et le cycle de l’eau. Une dizaine de mesures techniques (analyses chimiques annuelles, collaborations avec l’EPFL) et de sensibilisation de la population sont à poursuivre. En outre, la nouvelle step de Lausanne contribuera largement à cet objectif.

Smart city. La ville intelligente utilise les progrès informatiques qui permettent le développement des senseurs, des capteurs et le traitement de données en masse. La domotique, avec l’implication croissante des habitants dans leur consommation d’énergie, est citée comme une piste. Concernant le «big data», la Ville se borne pour l’heure à suivre les études pilotes dans ces domaines. La protection des données des personnes retient les élans.

Densification de qualité.
Densifier est devenu un principe pour les villes. Mais encore faut-il le faire de manière harmonieuse. Les interactions entre les gens doivent être prises en compte en bâtissant notamment des quartiers qui permettent les mélanges entre catégories sociales et catégories d’âge.

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