Le vin expliqué séduit toujours plus de jeunes Vaudois

FormationLes cours de dégustation fleurissent dans le canton et trouvent un écho chez les 25-35 ans.

La spécialiste en vins Marie Linder (à dr.) donnait un cours de dégustation sur le thème des cépages à l'invitation des Vins de Saint-Saphorin.

La spécialiste en vins Marie Linder (à dr.) donnait un cours de dégustation sur le thème des cépages à l'invitation des Vins de Saint-Saphorin. Image: Vanessa Cardoso

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Le temps où l’on écoutait sans broncher papa jargonner sur les qualités du vin servi à table pourrait bien être révolu. Les cours d’initiation à la dégustation, dont certains existent depuis trente ans, rencontrent toujours autant de succès, mais leur clientèle a sérieusement rajeuni ces dernières années. «Ça s’est démocratisé de boire un verre de vin, et connaître les vins, aujourd’hui, c’est être dans le coup», constate Marie Linder, spécialiste en vins qui anime la série de cours de dégustation Les Mardis de Marie, à l’invitation de l’appellation Saint-Saphorin.

Le constat est partagé par Rodrigo Banto, œnologue responsable de la Cave de La Côte, qui dispense une initiation qui affiche complet chaque année, et par Romain Cellery, responsable de l’Ecole du vin de Changins. Les deux notent un rajeunissement: la plupart des personnes inscrites ont entre 25 et 35 ans, et c’est nouveau. «Les jeunes s’intéressent plus aux vins qu’avant, ils veulent apprendre à les choisir, à reconnaître leurs goûts», selon Rodrigo Banto. Romain Cellery abonde: «Souvent, les gens restent bloqués sur un vin, par manque de connaissances. De bonnes bases de dégustation leur permettent d’ouvrir leur palette.»

Tout le monde peut déguster

Ce qui les motive aussi dans cette initiation, c’est de ne plus avoir «peur de déguster» et d’exprimer simplement leurs goûts devant une assemblée qui pourrait être plus initiée. Sur ce point, Marie Linder insiste: «Tout le monde peut déguster. Il y en a qui ne sentiront jamais l’ananas ou la minéralité, mais ce n’est pas grave! Il faut faire confiance au goût.» La Valaisanne, qui enseigne aux futurs viticulteurs et cavistes de l’Ecole d’agriculture du Valais, le leur répète à l’envi. Celle qui anime un cours «spécial 18-25 ans» dans le cadre de Vinea note également la recrudescence des cours donnés par des jeunes pour des jeunes, rendus accessibles par leur ton et leur méthode.

La formation a donc sans doute joué un rôle dans le rajeunissement des fins becs. Tout comme l’attitude d’une nouvelle génération de vignerons, qui échangent davantage sur leur profession, se font «déguster parmi» et dépoussièrent la filière du vin. Selon Nicolas Joss, directeur de l’Office des vins vaudois (OVV), la promotion a aussi fait sa part. «Dans mon équipe, nous avons tous entre 28 et 33 ans, à part Pierre Keller, qui est sans âge! plaisante le directeur. La façon de parler du vin a changé, elle est aujourd’hui moins axée sur le côté technique.» Et le vin comme culture accessible aux jeunes forme aussi les futurs protecteurs du paysage, selon le directeur de l’OVV.

Ces futurs défenseurs du vignoble sont également les clients de demain, et leur présence massive lors des caves ouvertes l’atteste: ils aiment. Ont-ils toutefois le pouvoir d’achat? «Il y a quinze ans, on n’achetait le vin qu’en cartons de douze. Aujourd’hui, il est possible de repartir d’une cave avec une bouteille», se réjouit Nicolas Joss. Et les actions fréquentes dans la grande distribution, aussi sur des crus vaudois, finissent de rendre le flacon à portée de la bourse la plus modeste.

Les clients de demain

A La Couleur du Vin, cellier présent à Bulle, à Lausanne et à Morges, on remarque déjà le rajeunissement de la clientèle. Ces jeunes clients ont suivi pour certains les douze heures d’initiation dispensées par Julien Cornuaud, responsable commercial. «Et certains deux à trois fois! témoigne le responsable. On ne veut pas fabriquer des œnologues, mais montrer à nos clients le chemin entre la dégustation purement hédoniste et la dégustation analytique, qui procure davantage de plaisir encore.»

Cet attrait pour la dive bouteille correspond à une «plus grande conscience alimentaire, selon Gilles Meystre, président de GastroVaud. C’est dans l’air du temps et c’est aussi cela qui nous a poussés à ajouter trois jours sur la connaissance des produits et vins du terroir dans la formation des cafetiers-restaurateurs.»

Créé: 15.05.2015, 07h55

Quelques cours

L’Ecole du Vin à Changins, plusieurs modules de 2 périodes (95 fr.). www.changins.ch/formations/ecole-du-vin
Cave Cidis à Tolochenaz, deux cours par année (complet en 2015) de 2 heures (95 fr.). www.cidis.ch/index.php/cours

La Couleur du Vin à Morges et à Lausanne, 6 séances de 2 h (550 fr.). www.lacouleurduvin.ch/551-ecole-du-vin

Terre œnophile à domicile ou en entreprise, 6 séances de 2 h 45 (690 fr.). www.terre-oenophile.ch

Ecole-club Migros à Lausanne, Nyon, Yverdon, Vevey, 6 ou 12 périodes (entre 180 et 450 fr.). www.ecole-club.ch (recherche: vins)

Une participante: «Goûter, ça ouvre à la découverte»

Une quarantaine de personnes étaient présentes pour assister au deuxième «mardi de Marie», au Caveau du Cœur d’Or, à Chexbres. Au programme de ces deux heures, des anecdotes en lien avec les cépages des huit vins dégustés, tous provenant du Domaine Ruchonnet, à Rivaz. Les participants n’auront déboursé que 20 francs pour la soirée. «Ce n’est largement pas rentable, avoue Cyril Zoller, secrétaire des Vins de Saint-Saphorin, qui organise le cycle de quatre mardis. Mais c’est un bon outil de promotion. Et une appellation a un rôle éducatif à jouer. On a plein d’idées pour 2016.» L’assemblée présente mardi soir est en effet venue apprendre. La qualité d’écoute ferait pâlir d’envie n’importe quel professeur. Attablés, beaucoup de jeunes de la région, des groupes d’amis plus âgés et quelques guides du patrimoine de Lavaux. Les «bugs génétiques» qui ont conduit à la naissance des pinots gris et blanc font réagir Lucienne Bovey-Bovy, 74 ans: «Ça, je savais pas! Avant, on avait le chasselas et le gamay, c’est tout. Avec ces renseignements, on va boire plus intelligemment.» La descendante de famille vigneronne accompagne sa jeune voisine à la soirée. «On fait plein de choses ensemble, témoigne Nathalie Traeger, 34 ans. On s’est déjà inscrites pour les prochains cours.» La trentenaire se passionne pour le vin. «Plus je les connais, plus j’apprécie les vins vaudois et genevois. Depuis que je vis à Chexbres, je n’achète plus que chez le producteur. C’est tellement important de pouvoir présenter ce qu’on boit, cela vaut bien quelques francs de plus.» Charlotte Fuhrmann et Dominique Jaunin évitent eux aussi l’achat de vins en grandes surfaces. Le jeune couple n’en est pas à son coup d’essai question dégustations: chez les vignerons, lors des caves ouvertes, etc. «A notre niveau, on n’aura jamais vraiment compris, mais on continue à s’enrichir», témoigne Dominique, dont le père lui a transmis le plaisir de déguster. Charlotte ajoute: «Goûter, ça ouvre à la découverte.»

Prochains mardis de Marie: 1er septembre et 3 novembre.
www.st-saphorin-vins.ch

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