Cela fait vingt ans qu'on va à l'école à Pedibus

MobilitéLe concept essaimé dans toute la Suisse et au-delà est né à Lausanne, dans le quartier Sous-Gare, en 1999, grâce à des parents engagés. Il est en plein essor en Suisse romande.

Samuel, Gabriel, Léon, Mathéo, Ainhoa, Simon et Joëlle (de g. à dr.) sont encadrés par Monique Corbaz et Lionel Bongard sur le chemin des Fleurettes.

Samuel, Gabriel, Léon, Mathéo, Ainhoa, Simon et Joëlle (de g. à dr.) sont encadrés par Monique Corbaz et Lionel Bongard sur le chemin des Fleurettes. Image: Odile Meylan

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Les traces du marchand de sable sont encore bien visibles sur les cinq petits visages réunis autour de Monique Corbaz, ce lundi matin au carrefour Fontenay et Fleurettes, à Lausanne. Monique prend la main de Joëlle, fraîchement débarquée dans le quartier, et le cortège s’ébranle à 8 h 10 sans attendre d’éventuels retardataires. Pour fermer la marche, Lionel Bongard vit son premier «vrai» mandat de conducteur du Pedibus de Montriond, avec son fils Léon. Matteo et Gabriel rejoignent la petite troupe au premier «arrêt», tandis que Samuel en profite pour sauter dans une gouille. «Oh, tu vas avoir les pieds trempés!» le reprend gentiment Monique. «Ben non, y a d’abord les chaussures et les chaussettes, avant les pieds!» justifie Samuel.

Un accident, une réaction

La scène n’est pas nouvelle dans le quartier des Fleurettes. C’est là qu’a vu le jour, il y a vingt ans, le premier Pedibus du monde – si si, sous ce nom-là (lire encadré)! Et Monique Corbaz était déjà là. «À cette époque, les piétons n’étaient pas prioritaires et la rue était à 50 km/h! Nous étions une dizaine de parents à discuter d’expériences risquées au niveau de la sécurité, avec en toile de fond l’idée qu’il fallait vraiment que nos enfants continuent d’aller à pied à l’école. Et puis un gamin s’est fait shooter par un bus à l’avenue Fraisse…»

L’enfant n’aura heureusement pas de séquelles, mais les parents, déjà organisés de manière informelle pour emmener leurs bambins à l’école, écrivent à la Ville pour demander une réaction. Ils obtiennent des patrouilleurs au carrefour incriminé et des aménagements: élargissement de trottoirs, ajout de passages pour piétons et panneaux à l’intention des automobilistes. C’est bien, mais pas assez! Ces parents créent alors, avec l’aide de la déléguée à l’enfance de la Ville, le premier Pedibus, qu’ils inaugurent en avril 1999.

Autonomie et vie de quartier

Ainsi, Monique Corbaz en a connu des Samuel, des gouilles et des justifications enfantines. Sur le chemin, elle salue par leur prénom les enfants plus grands qui se rendent aujourd’hui de manière autonome à l’école. Samuel prévient: lui aussi ira bientôt tout seul. L’autonomie est un des buts principaux des Pedibus, avec la mobilité active de l’enfant (qui a diminué de 10% entre 1994 et 2015, selon l’Office fédéral de la statistique) et la promotion de la mobilité douce, indique l’Association transports et environnement (ATE), qui assure leur coordination suisse depuis 2002. «On a vu dans l’expérience lausannoise un levier pour changer les comportements des familles», indique Rodrigo Lurueña, coordinateur pour la Romandie et le Tessin.

En Suisse romande, 67% des écoliers romands vont à l’école à pied. Et ceux qui suivent un Pedibus effectuent la moitié de l’activité physique quotidienne préconisée par l’OMS (étude ATE 2017). Chaque année, le système fait des émules. Ainsi, dans le canton de Vaud, une progression de 30% a été observée depuis 2017. «Ce qui fait le succès de la démarche, c’est l’engagement des Communes, des écoles et surtout des parents. Nous avons un rôle de catalyseur», explique Gwennaël Bolomey. Engagé à 20% en 2017, le coordinateur vaudois de l’ATE est employé à 40% aujourd’hui et espère un 60% pour 2020, confirmant que l’essor est fortement en lien avec la coordination locale. Une seule personne est en charge de la Suisse alémanique, où le Pedibus commence seulement à prendre son envol (mais où 83% des écoliers indiquent se déplacer à pied). «Pour une fois, c’est la Suisse latine qui montre l’exemple en termes de mobilité douce», sourit Rodrigo Lurueña.

«Confier son enfant au Pedibus oblige le parent à faire confiance aux autres adultes»

Pour Monique Corbaz, le Pedibus est aussi un atout «hyperimportant» pour la vie de quartier, dit-elle en saluant le grand-papa qui sort de son garage. «C’est une manière de s’investir concrètement», confirme le nouveau conducteur du lundi matin Lionel Bongard. La participation des parents des utilisateurs n’est pas obligatoire, mais elle est fortement recommandée, dans l’idée d’un réseau de solidarité. «Ce n’est pas du simple bénévolat, mais un engagement citoyen, insiste Monique Corbaz. Confier son enfant au Pedibus oblige le parent à faire confiance aux autres adultes, et puis cela permet de connaître et de se préoccuper des enfants des autres, et surtout d’acquérir cette capacité à faire des choses ensemble.»

On arrive dans la cour de Montriond, Joëlle a lâché la main de Monique, Samuel est déjà loin. Deux autres parents attendront les enfants pour le Pedibus de midi, et rebrousseront le chemin historique de cette jolie invention.

Créé: 11.09.2019, 06h37

Le Pedibus, une invention lausannoise

L’origine du «walking bus», avec itinéraire et arrêts définis, est à chercher du côté de Brisbane (Australie), où David Engwicht, grand défenseur de la mobilité douce, l’imagine en 1991 pour sécuriser le trajet des écoliers. Mais c’est à Lausanne, dans le quartier des Fleurettes, que le nom est inauguré avec le Pedibus de Montriond. «C’est un papa qui a trouvé ça lors de notre brainstorming, raconte Monique Corbaz. Gamins, on disait qu’on allait à l’école à Pedibus!» Le nom est aujourd’hui repris dans toute la Suisse, où la fondatrice a joué un rôle de consultante. Elle a même parfois été appelée à l’étranger.

Le Pedibus de Montriond, qui dessert un des 13 collèges et réunit 4 des 21 lignes lausannoises, est le seul à ne pas être géré par la Ville. Il s’est constitué en association en 2012 dans l’idée de pérenniser son action, mais aussi de constituer un interlocuteur crédible et légitime. Ainsi, l’Association Pedibus Montriond collabore avec la Direction des routes et de la mobilité de la Ville pour améliorer l’aménagement du quartier – qui fut le premier à être «zone de rencontre» à Lausanne en 2006. Elle a aussi fait opposition au chantier de la gare concernant les cheminements piétonniers: une convention a été signée avec les CFF. «Huit ans de chantiers, cela représente deux générations! illustre Monique Corbaz. Et la mobilité des personnes âgées ou handicapées est aussi concernée, il ne faut pas les oublier. Comme les enfants, ces gens vivent à l’échelle du quartier.»


Raymond Burki a donné aux initiateurs l’original du dessin paru en une de «24 heures» le 9 mars 1999. Il est au Musée historique de Lausanne. DR

Festivités

Montriond
Le 20 septembre à 8 h, l’Association Pedibus Montriond organise une marche ouverte et musicale au départ de Cour 72, Dapples 17, Fontenay 14, Simplon 3 et Ruchonnet (angle Villard) vers le Collège de Montriond.

Lausanne
Du 18 au 28 septembre, une exposition retrace les 20 ans du Pedibus au Forum de l’Hôtel de Ville. Le 18, une balade secrète part à 17 h de Chauderon 9.

Yverdon-les-Bains
Du 16 au 20 septembre, une expo photo nationale de l’ATE montre en format mondial la perspective de vingt enfants sur le chemin de l’école. À la promenade Auguste-Fallet, puis itinérante dans dix villes vaudoises.


www.pedibus.ch

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