La violence domestique obscurcit le tableau

StatistiquesLa criminalité continue de baisser dans le canton de Vaud. A l'inverse, les violences domestiques et les escroqueries sur le Net s'envolent.

Les statistiques suisses de la criminalité de 2018 ont été dévoilées ce lundi. Passage en revue des principaux chiffres.
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S’il n’y avait pas deux ombres au tableau, le bilan 2018 en matière de criminalité vaudoise pourrait aisément être qualifié d’idyllique. Jugez plutôt. Pour la sixième année consécutive, les infractions au Code pénal sont en baisse en terre vaudoise; elles sont passées de 50'886 en 2017 à 48'804 l’an dernier (–4%). Toutes lois fédérales confondues, les infractions ont chuté de 67'299 à 61'009 (–10%). Mieux: ces résultats encourageants sont carrément les plus bas enregistrés depuis 2009, année de la création de la statistique harmonisée. «Ces chiffres réjouissants indiquent une diminution de 45% des infractions au Code pénal depuis 2013. C’est pratiquement moitié moins de criminalité dans le canton en six ans», relève Béatrice Métraux, cheffe du Département des institutions et de la sécurité (DIS).

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Lundi matin, face à la presse à qui elles présentaient le traditionnel bilan annuel de la criminalité, les autorités ont encore souligné la baisse des infractions à la loi sur les stupéfiants (–32%). Le signe d’une «activité policière efficace», notamment dans la délicate question du deal de rue (lire ci-dessous ), se réjouit la ministre Verte, qui a également relevé la diminution des infractions à la loi sur les étrangers (–14%). Sans oublier les cas de brigandage (–12%), les dommages à la propriété (–5%), les vols (–12%) hors vols de véhicules, tous en baisse par rapport à 2017. N’en jetez plus! Pour autant, et même si les «bons chiffres» présentés autorisent «des sourires de mise», selon Jacques Antenen, commandant de la police cantonale, l’heure n’est pas au triomphalisme. Car deux phénomènes, en hausse, eux, préoccupent les autorités au plus haut point et imposent «l’humilité», pour citer Béatrice Métraux.

Un bond de 15%

Il y a d’abord les violences domestiques, dont les cas ont bondi de 15%. En 2018, on en a recensées 3337. Ces affaires préoccupent autant car c’est au sein du foyer que la moitié des six homicides enregistrés l’an dernier ont été commis. Mais, et c’est une particularité de la statistique, aucun responsable, qu’il soit politique, policier ou judiciaire, ne saurait expliquer une telle hausse.


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Le phénomène s’est-il réellement amplifié ou l’augmentation est-elle due à une parole libérée, poussant plus de victimes à dénoncer des violences qu’elles auraient tues par le passé? «Aujourd’hui, personne n’a la réponse», concède Béatrice Métraux, qui glisse pourtant quelques pistes. À commencer par la jeune loi contre la violence domestique et l’une de ses mesures phares: le principe du «qui frappe part», qui oblige l’auteur des violences à quitter le domicile familial (367 cas prononcés par la police en 2018, 24%). «Les expulsions ont été validées par le Tribunal des mesures de contrainte dans 95% des cas», se réjouit Béatrice Métraux, qui n’oublie pas tous les efforts de prévention faits et encore à faire en la matière. «Pour que les victimes sachent qu’il existe des solutions et qu’elles peuvent obtenir de l’aide.»

Procureur général du canton de Vaud, Eric Cottier abonde: «Si la hausse des dénonciations tient au fait que les cas de violence augmentent réellement, ce serait très inquiétant. Peut-être le dispositif pour faire face à ces phénomènes est-il plus visible, que l’on parle plus des issues possibles. Il est encore un peu tôt pour tirer un bilan.» Présent pour évoquer la criminalité du point de vue du Ministère public, le magistrat a également beaucoup insisté sur les expulsions pénales. «Depuis le 1er octobre 2016, plusieurs centaines d’expulsions pénales ont été prononcées. La loi est appliquée, elle est correctement appliquée.»

Nouvelle division «cyber»

L’autre point noir présenté lundi concerne les escroqueries, elles aussi en forte hausse (+38%) pour atteindre 1325 cas, dont près de 70% ont été commises sur le Net. Pour un préjudice estimé à près de 1 million de francs. «La délinquance suit l’évolution sociale. La part de l’informatique augmente dans notre vie, elle augmente dans la mesure dans la commission des infractions», observe Jacques Antenen, qui annonce la création d’une nouvelle division d’enquête «cyber».


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Dès la semaine prochaine, les huit spécialistes qui la composent seront chargés d’enquêter sur ces infractions afin de mettre sur pied des actions de prévention ciblées. De quoi permettre des interventions en amont tant ces méfaits, souvent lancés depuis l’étranger, sont complexes à traiter. «Le fait que les auteurs soient souvent à l’étranger est la grande faiblesse de notre dispositif de lutte contre les infractions sur le Net. Souvent, le for est éclaté entre différents pays: celui où se trouve le serveur informatique, celui où se trouve la victime et celui d’où agit l’auteur de l’infraction. Ça rend la poursuite pénale extrêmement difficile.»


Lausanne

Deux fois moins de délits qu’en 2012, année de la «Ville la moins sûre de Suisse»


On en vient presque à se demander dans quelle ville les Lausannois vivaient en 2012. Et comment ils osaient encore mettre le nez dehors à la nuit tombée. Car les chiffres de la criminalité 2018 dans la capitale vaudoise donnent matière à réflexion: le nombre total d’infractions a baissé de 50% en l’espace de sept ans.

Dans le détail, elles se montaient à 28'188 en 2012, contre «seulement» 14'106 en 2018. À l’époque, ces résultats avaient valu à Lausanne le titre peu envié de «Ville la moins sûre de Suisse».

Comparons tout d’abord l’activité policière et le nombre d’appels passés au central de la police. Police secours était intervenue à 37'323 reprises en 2012, contre 29'418 en 2018. Les coups de fil de citoyens à la centrale d’appel et d’engagement (CAE) sont quant à eux passés de 88'175 à 79'009.

Les chiffres concernant les infractions à la loi sur les stupéfiants sont encore plus parlants: en 2012, la police en dénombrait 7359. En 2018, ils accusent une baisse de 33% par rapport à 2017 pour s’établir à 3923 cas. Un résultat que Pierre-Antoine Hildbrand, le chef de la Police lausannoise, impute en partie au nouveau dispositif entré en vigueur l’été dernier, quand il s’est agi de renforcer drastiquement la présence policière sur le bitume pour lutter contre le deal de rue. Ou en tout cas pour tranquilliser les habitants de six zones sensibles. Des agents bien visibles, en uniforme, qui ont donc passablement compliqué le travail des dealers. D’où la baisse somme toute logique du nombre de cas enregistrés en 2018.

«À l’avenir, nous allons continuer à occuper le terrain au centre-ville, en nous adaptant aux évolutions des comportements de la partie adverse, mais sans pour autant oublier la périphérie», a prévenu Olivier Botteron, le nouveau commandant de la police municipale. Dès le 1er avril, un second poste de police mobile sera déployé en ville. Une dernière comparaison: les brigandages étaient au nombre de 499 en 2012 à Lausanne, contre 108 en 2018. Soit presque cinq fois moins. (24 heures)

Créé: 25.03.2019, 21h08

Les fourgons de transports de fonds, cibles trop faciles

Les spectaculaires attaques contre des convoyeurs de fonds, à Chavornay en février 2018, puis au Mont-sur-Lausanne deux mois plus tard, sont encore dans toutes les mémoires. Pour enrayer ce phénomène et sécuriser les transports de fonds, notamment la nuit pour remplir les bancomats, le commandant de la police cantonale Jacques Antenen a rappelé que la police soutenait l’Association des entreprises suisses de services de sécurité (AESS), qui demande une modification de la loi. En cause: l’interdiction de rouler de nuit (entre 22h et 5h) pour les poids lourds (plus de 3,5 tonnes).

Aujourd’hui, une telle dérogation n’existe que pour les poids lourds qui transportent des fleurs coupées et des produits alimentaires périssables. De leur côté, les transports de fonds ne peuvent rouler de nuit que dans des véhicules légers, ce qui en fait des cibles plus faciles. «Il faut mettre l’argent liquide au même niveau que l’oseille et le blé», a osé Jacques Antenen. Le Conseil fédéral répondra dans l’année.

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