Le Vivarium de Lausanne prend une pause en attendant Aquatis

AnimauxAlors que le futur du site est incertain, le fondateur, Jean Garzoni, pionnier dans le domaine des reptiles, rêve encore.

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Un gardien nourrit de petits crocodiles. Une fin d’après-midi ordinaire au Vivarium de Lausanne, à Sauvabelin. Ou presque. Une jeune employée exprime des sentiments partagés: «Je me réjouis d’aller à Aquatis. L’intégration de nos reptiles, ce sera intéressant à voir. Mais je ressens aussi de la nostalgie.»

Avant le déménagement, au début de 2017, dans la future Cité de l’eau douce, à Vennes, l’institution chère aux Vaudois vivra ce week-end ses derniers jours d’ouverture au public à Sauvabelin. Pourquoi si vite? Parce que 2016 sera une année de préparatifs et de transition (lire ci-dessous). Installé à Sauvabelin en 1970, le Vivarium accueillait jusqu’à 34'000 visiteurs par an. «Je dis souvent qu’on y vient au moins trois fois: quand on est enfant, parent et grand-parent», sourit le directeur, Michel Ansermet. Il sera le responsable du secteur terrarium du centre Aquatis, où trois des quatre employés trouveront une place, le quatrième ayant décidé de rejoindre le zoo de La Chaux-de-Fonds. «J’ai confiance dans le projet d’intégration de nos animaux dans le centre Aquatis. Pédagogiquement, c’est une voie intéressante», déclare Michel Ansermet.

Récit d’une épopée

A l’étage, solidement installé dans son appartement, attablé au milieu des objets souvenirs de ses nombreux voyages, le fondateur Jean Garzoni n’entend pas quitter les lieux aussi facilement. «Je vais me battre», affirme-t-il. Agé de 86 ans, fidèle à son image de chercheur-aventurier alignant les paquets de Gauloises, il semble puiser son énergie dans le récit de ses voyages en Afrique du Nord ou en Amérique du Sud, en quête de scorpions ou de reptiles. Fier d’avoir collaboré avec le célèbre zoologiste français Max Vachon et d’avoir contribué à des recherches scientifiques et médicales sur les venins.

Jean Garzoni se souvient comme si c’était hier de la création de ce qui allait devenir son port d’attache, en compagnie de ses animaux, sur un terrain de 7000 m2 propriété de sa mère, au lieu dit La Chocolatière: «La naissance du Vivarium à Sauvabelin, c’était le 17 mars 1970.» Enfin un lieu fixe, après des années nomades. Ses bêtes, très exotiques pour l’époque, s’étaient d’abord installées en 1959 aux escaliers du Marché 25 à Lausanne. Les animaux ont ensuite trouvé un abri, en 1968-1969, dans un immeuble de la place de la Louve. Entre-temps, Jean Garzoni, associé à un autre passionné de nature, Serge Monbaron, a sillonné la Suisse romande et le Tessin à la tête d’une exposition itinérante.

L’homme aux reptiles et aux scorpions voulait avant tout partager son savoir, expliquer, faire connaître: «C’était une passion qui donnait des résultats extraordinaires. J’allais dans les déserts, dans tous les coins du monde. Ensuite, j’expliquais tout ce que j’avais vu et découvert. J’ai passé dans 150 à 200 collèges. Les gosses me suivaient, j’allais avec eux dans la nature pour leur expliquer la vie des reptiles et des batraciens de chez nous.»

Projet de parc vert éducatif

En 1992, Jean Garzoni donne tout ce qu’il a construit et rassemblé. Il ne demande pas un sou. L’argent, il s’en fiche: «J’étais un grand voyageur, j’étais toujours loin», se souvient-il. Une fondation reprend le flambeau des finances et de la gestion.

Le Vivarium traverse une crise en 1999. «Tout le monde est parti et moi, je suis revenu en 2000, lors du changement de certains membres de la fondation, raconte-t-il. J’ai trouvé mon successeur, Michel Ansermet, qui a repris le flambeau le 1er octobre 2010. Mais j’ai dû me retirer: on m’a clairement mis de côté», relève-t-il. En 2011, le Canton et la Ville de Lausanne doivent injecter un demi-million de francs. En automne 2013, le Vivarium échappe de peu à la faillite et la décision est prise d’intégrer les reptiles à Aquatis.

Le fondateur ne critique pas le projet de Cité de l’eau douce: «C’est valable d’y placer les espèces à protéger ou en voie de disparition.» Jean Garzoni parle pourtant de livrer son dernier combat au travers d’une idée qui concerne l’avenir du site de Sauvabelin: «C’est un îlot de verdure en ville. Il faut y créer un centre éducatif, sous forme d’un parc et de sentiers de découverte. Il y a tout ici dans la nature, les couleuvres, les batraciens, la flore. C’est mon testament de conserver ce parc éducatif de la faune et de la flore locales pour la connaissance et la protection», lance-t-il, conscient qu’une telle réalisation nécessiterait de solides appuis financiers.

Le site est à vendre

Le futur des lieux est incertain. Dès l’an prochain, les charges salariales et les contrats de fournisseurs passeront sous l’égide d’Aquatis et du groupe hôtelier et médico-social Boas, qui porte le projet. La fondation du Vivarium reste propriétaire du terrain, situé en zone d’utilité publique, forêt et cascade comprises, ainsi que des bâtiments. Elle cherche à remettre le tout au prix de 800'000 francs, un montant qui couvrirait l’hypothèque de 750'000 francs.

«Nous avons contacté des collectivités publiques. La Ville de Lausanne pourrait être intéressée à y aménager un entrepôt pour son Service des parcs et promenades, ou alors des logements sociaux. Une autre possibilité serait l’EVAM, pour loger des réfugiés. A l’heure actuelle, ce ne sont que des pistes», déclare le président de la fondation, l’avocat Fabien Hohenauer. Il ajoute que Jean Garzoni pourra habiter les lieux encore l’an prochain. La suite dépendra du repreneur. (24 heures)

Créé: 04.12.2015, 06h48

Derniers jours

5-6 décembre Demain et dimanche, pour ces deux derniers jours d’ouverture au public à Sauvabelin, à Lausanne, les visiteurs pourront entrer gratuitement: «Nous voulons remercier le public de son soutien», déclare le directeur, Michel Ansermet.

HorairesComme d’habitude, de 10 h à 18 h

Activités Pour les gourmands, il y aura de la raclette à gogo. En outre, des postes seront organisés. Les gardiens d’animaux et des bénévoles pourront y donner des explications aux visiteurs.

Des animaux restent à Lausanne, d’autres partent

Fermé dès le 7 décembre, le Vivarium restera très actif en 2016. Des reptiles vont partir, d’autres vont arriver. Et l’équipe dirigée par Michel Ansermet devra préparer le transfert à Aquatis au début de 2017. Il faudra étudier le mélange des espèces. Deux tiers des 200 pensionnaires déménage­ront.

A Vennes, les passionnés retrouveront Kouma, iguane vert du Surinam devenu mascotte du Vivarium, et Naga, le dragon de Komodo, arrivé en juin 2014. Sans oublier le taïpan du désert, le serpent le plus venimeux du monde. En revanche, Jamal, un varan du Nil, devra partir dans un centre aquatique à Copenhague, au Danemark: «Il y aura des larmes à son départ, c’est certain. Mais nous ne pouvons pas le placer à Aquatis avec les crocodiles», déclare Michel Ansermet. Les trois quarts des cobras blancs partiront en Allemagne: seul un couple restera à Lausanne. Et Leila, une femelle faux gavial d’Afrique, une espèce de crocodile, rejoindra certainement la Ferme aux crocodiles, en France, où de gros pythons se sont déjà rendus. Parmi les arrivées figurent des varans bleus d’Indonésie (un mâle de Pilsen, en République tchèque, et trois femelles de Zurich) ainsi que des vipères d’Amérique du Sud.

«Nous travaillons uniquement avec des institutions zoologiques. C’est essentiel», déclare Michel Ansermet. Ce dernier aura aussi la lourde tâche de préparer la partie terrarium d’Aquatis et d’effectuer tous les réglages avant l’arrivée des reptiles.

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