Au volant, le smartphone défie toujours la police

ConduiteEfficace, la prévention? Pas sûr. Pour la police vaudoise, l'avenir passe par la technologie qui peut «brider» les appareils.

Une campagne de prévention est en cours dans l'Ouest lausannois, du 22 avril au 12 mai. Un action a eu lieu mercredi 1er mai à Renens.

Une campagne de prévention est en cours dans l'Ouest lausannois, du 22 avril au 12 mai. Un action a eu lieu mercredi 1er mai à Renens. Image: Christian Brun

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Qui peut affirmer qu’il n’a jamais, mais vraiment jamais, consulté ou utilisé son smartphone en conduisant? Et en négligeant les risques d’un tel geste? Difficile de dire tant le réflexe de jeter un œil à son écran, ou de tapoter dessus, est ancré dans les habitudes. Parfois jusqu’à l’addiction: «Certains regardent une vidéo lorsqu’ils sont pris dans un embouteillage. Quand la file de voitures se met en mouvement, ils continuent de regarder. Ou ils finissent le message qu’ils ont commencé à écrire», relève Stefan Krähenbühl, responsable de la communication de la fondation RoadCross Suisse. L’organisation demande à la police d’accentuer les contrôles répressifs, comme cela s’est produit face aux excès de vitesse et d’alcool.

Prévention dans l’Ouest lausannois

Selon la police vaudoise, l’avenir appartient plutôt aux solutions techniques limitant les pushs et la réception de messages. Dans l’immédiat, elle mise encore sur la prévention, comme elle le fait depuis que le téléphone portable s’est démocratisé dans les années 90. Le smartphone a multiplié les possibilités d’utilisation. «La guerre est lancée contre le smartphone au volant», titrait «24 heures» en mai 2014. Cinq ans plus tard, les agents sont toujours au front. Par exemple dans l’Ouest lausannois, où PolOuest organise une opération «Pas touche! Smartphone au volant, risque d’accident», du 22 avril au 12 mai.

Premier bilan au 30 avril: «Huit contrôles ont été effectués et 148 personnes sensibilisées. Deux amendes d’ordre et un rapport ont été établis», annonce l’adjudant Daniel Dudan, chef de l’unité de prévention de PolOuest. Des chiffres a priori rassurants. Mais des sondages au sujet du comportement des conducteurs suisses, entre 2013 et 2018, mettent en question l’efficacité des campagnes de prévention. «40% des automobilistes suisses enfreignent les règles sur le téléphone portable au volant», affirmait l’assureur Allianz en 2016. Selon un sondage plus récent du Bureau de prévention des accidents (BPA), en 2018, 26% des conducteurs admettaient avoir lu ou écrit quelque chose sur le portable. Pas loin de ceux qui avouent conduire avec plus de deux verres dans le nez (voir l’infographie).

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Peu d’évolution

Or, en 2013, les chiffres étaient équivalents: «40% des conducteurs utilisent leur téléphone portable au volant, écrivait alors Allianz, dans le cadre d’une étude sur la distraction. L’enquête précisait que 20% des automobilistes écrivaient de temps en temps des SMS en conduisant et que 30% en lisaient. En cinq ans, rien n’a donc vraiment changé.

Les chiffres officiels sur la circulation routière restent imprécis sur le smartphone au volant. Il est inclus dans la rubrique «inattention et distraction» qui s’affirme, dans le canton de Vaud, comme origine principale des accidents qui ont fait des victimes. Les excès de vitesse, qui se trouvaient à peu près au même niveau que la distraction en 2010, ont connu une régression spectaculaire jusqu’en 2015, puis se sont stabilisés. La tendance est la même sur le plan fédéral. Lors d’accidents marqués par d’importantes blessures, l’inattention et la distraction se situaient, en 2018, au-dessus de la moyenne sur cinq ans (+5,3%). Alors que la vitesse (-8,2%) et l’alcool (-2,3%) étaient au-dessous.

Pression jugée insuffisante

Selon RoadCross, cette situation démontre que la pression sur les conducteurs est insuffisante: «Ils ont le sentiment qu’ils ne risquent pas d’être contrôlés s’ils utilisent leur téléphone portable au volant. Lorsqu’il s’agit de la vitesse, chacun sait qu’il peut être évalué par un radar. Mais au sujet du téléphone, personne n’anticipe un possible contrôle. Dans ce domaine, c’est bien d’organiser des campagnes de prévention. Mais la police doit surtout programmer beaucoup plus de contrôles», souligne Stefan Krähenbühl. C’est d’autant plus important que l’évolution des smartphones et des applications multiplie les possibilités de communiquer par messages et accroît donc les risques: «Un conducteur qui roule à 50 km/h et regarde son téléphone pendant seulement 2 secondes est aveugle sur environ 30 mètres», rappelle RoadCross.


Lire aussi: Smartphone au volant: les méandres de la loi


Réflexe trop ancré

Une répression accrue serait-elle plus efficace? Même si la police ne renoncera ni à la prévention ni aux contrôles, elle en constate les limites. «La répression ne peut pas à elle seule représenter une solution car la consultation des écrans est un réflexe profondément ancré dans les habitudes quotidiennes», relève Jean-Christophe Sauterel, directeur de la prévention et de la communication de la police cantonale. Il suffit apparemment d’infliger des amendes mais cela ne va pas de soi: «Même si on a une photo d’un conducteur qui tient son smartphone dans la main, ça ne suffit pas. Il faut prouver que ce geste a une incidence sur le comportement», relève Jean-Christophe Sauterel.

Smartphone «bridé»

La piste la plus efficace sera donc sans doute technique. Aujourd’hui déjà, certains smartphones offrent une fonction «ne pas déranger en voiture». Lorsque l’appareil se connecte au moyen du Bluetooth au système mains libres de la voiture, dont l’utilisation n’est pas punissable, il bloque automatiquement les messages. Il reste silencieux et l’écran est noir. L’engin électronique peut aussi se «brider» lorsqu’il détecte un mouvement. Ce sont les premiers pas dans le domaine. En attendant la voiture autonome.

Créé: 02.05.2019, 12h00

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