«Je voulais qu’elle ait mal comme moi j’avais eu mal»

ProcèsUn homme est jugé à la Côte pour avoir défiguré une amie à coups de couteau. Parce qu’elle lui refusait son corps.

Les juges de la Cour criminelle de la Côte délivreront leur verdict jeudi.

Les juges de la Cour criminelle de la Côte délivreront leur verdict jeudi. Image: Christian Brun/A.

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C’était une simple amitié. De celles qui poussent un homme et une femme à se faire des confidences, à dormir parfois l’un chez l’autre en tout bien tout honneur, à se prêter de l’aide dans les contrariétés du quotidien. Mais cela s'est achevé dans un bain de sang un soir de mars 2018, en France voisine, au domicile de Mélanie*, palefrenière discrète, qui bouclait ses fins de mois en faisant des ménages à Gland.

Ce soir-là, Hervé*, ce mécanicien qu’elle côtoie depuis cinq mois, l’attend dans le hall de son immeuble, vêtu d’une combinaison intégrale de peintre, avec capuche et surchaussures, de gants et d’un foulard de motard. Dans sa main, un couteau de cuisine dont la lame de 11,4 cm perfore avec violence son visage, son cou et ses mains. Rien que la face de la jeune femme comprend 19 plaies, son œil droit est crevé, et si la trentenaire est encore vivante, c’est probablement parce que des tiers alertés par ses cris ont mis en fuite l’agresseur.

Prévenu de tentative de meurtre, cet homme âgé d’à peine 25ans au moment des faits, et détenu depuis, comparaissait mardi devant le Tribunal criminel de La Côte. Sa victime, désormais malvoyante, gravement traumatisée, a été dispensée de comparution. Mais avec le Ministère public, son avocate, Sylvie Saint-Marc, s’est chargée de raconter un calvaire qui s’est en réalité étalé sur de longues semaines. «C’est l’aboutissement d’un harcèlement qui est allé croissant.»

Escalade de violence

Gentiment éconduit après avoir déclaré sa flamme à Mélanie, Hervé se livre entre janvier et mars 2018 à une série d’agissements toujours plus violents: il lui impose sa présence au quotidien, d’abord par messages amoureux, puis obscènes. Puis il immobilise la Twingo de Mélanie au motif de la réparer, la rendant tributaire de son aide pour la véhiculer du domicile au travail, supposant de passer la nuit l’un chez l’autre. Arrivent ensuite le piratage du téléphone, l’utilisation des données de géolocalisation, l’espionnage de conversations privées de la jeune femme, ses photos coquines dérobées puis utilisées afin d’en obtenir d’autres. Les pneus de Mélanie sont crevés à plusieurs reprises, ses câbles de freins sectionnés – il nie en être l’auteur. Hervé ajoute encore injures, menaces et dénonciations calomnieuses à la liste des infractions endurées par Mélanie.

«Tout cela pour quoi? Parce qu’elle lui avait offert son amitié mais avait refusé de coucher avec lui, s’est indignée la procureure, Marlène Collaud. Lorsqu’il s’est rendu chez elle pour l’attaquer, c’était une expédition punitive, une vengeance. Et la seule raison pour laquelle je ne l’ai pas poursuivi pour tentative d’assassinat, c’est parce que je le crois quand il explique qu’il voulait la défigurer. Son but était de faire en sorte qu’elle pense à lui tous les jours quand elle se regarderait.»

Silhouette fine, visage sans âge entre traits poupins et front dégarni, totalement dénué d’expression, Hervé l’a répété devant les juges: «Je voulais qu’elle ait mal comme moi j’avais mal. Ses cicatrices lui auraient rappelé ce qu’elle m’avait fait.» Il admet ce que les preuves ont étayé et conteste le reste dans des réponses brèves, voire monosyllabiques.

Schizophrénie avérée

Selon son défenseur, Basile Casoni, les actes d’Hervé sont à mettre en regard de sa grave pathologie, découverte en cours d’instruction lors de l’expertise psychiatrique. Le prévenu souffre de schizophrénie hébéphrénique, qui touche des sujets jeunes et perturbe fortement leurs affects. «Mon client n’était pas conscient de sa maladie. Mais il souffrait. Il avait tenté de se faire soigner le jour avant l'agression auprès de plusieurs institutions psychiatriques sans être pris en charge. Cela ne l’excuse pas mais peut expliquer sa détresse. Tous ces événements dramatiques ont été influencés par sa pathologie.»

À la lumière de ce diagnostic et tout en contestant la tentative de meurtre pour s’en tenir aux lésions corporelles graves, l’avocat à appelé les juges à la clémence et une sentence de 3 ans de prison au maximum, assortis du traitement ambulatoire que son client appelle de ses vœux.

On est loin des 9 ans requis par la représentante du parquet. Tenant compte d’une diminution moyenne de responsabilité, elle a atténué les 15ans qu’elle estimait adaptés. Marlène Collaud a également réclamé un traitement thérapeutique institutionnel. «On nous dit qu’avec un suivi le risque de récidive est amoindri mais pas aboli. Si l’expert préconise le traitement ambulatoire d’un point de vue médical, nous, juristes, devons nous soucier de la sécurité publique.»

Les juges rendront leur verdict jeudi.

* Prénoms d’emprunt

Créé: 11.02.2020, 21h39

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