«Nous voulons mettre la police face à un dilemme»

LausanneLes activistes d'Extinction Rebellion, qui comptent bloquer le Grand Pont ce jeudi, savent ce qu’ils risquent. Et en jouent.

Les militants écologistes de XR veulent pousser les forces de l’ordre à choisir entre l’action ou le retrait, comme lundi sur le pont Chauderon

Les militants écologistes de XR veulent pousser les forces de l’ordre à choisir entre l’action ou le retrait, comme lundi sur le pont Chauderon Image: EBZ

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Après le «petit-déj’ de la révolte» qui a bloqué le pont Chauderon lundi matin, les activistes du mouvement Extinction Rebellion, qui prône la désobéissance civile pour forcer les gouvernements à agir pour le climat, remettent ça à Lausanne. «La rébellion continue», confirme la branche lausannoise du mouvement, qui organise «un pique-nique festif» sur le Grand Pont ce jeudi à 12 h 15. En clair: se rassembler pour prendre possession de la chaussée et bloquer le trafic. Né à Londres fin 2018, Extinction Rebellion, ou XR, a fait du blocage de ponts et des actions choc sa marque de fabrique.

Le mouvement international, au discours plus tranché que celui des mouvements écologistes traditionnels, ne s’en cache d’ailleurs pas. Mieux: il annonce ouvertement les dates et lieux des prochaines actions sur les réseaux sociaux. Une transparence absolue qui annule tout effet de surprise mais qui cache une stratégie visiblement réfléchie. «On appelle ça l’action-dilemme. En gros, il s’agit de mettre la police face à un dilemme. Si les agents jouent la carte de la répression et nous empêchent d’aller sur le pont, nous ne forcerons pas le passage car nous prônons la non-violence. Nous nous contenterons de nous asseoir devant eux pour déjeuner. Cela permet d’attirer de la sympathie sur le mouvement et de gagner des soutiens. Et si les agents nous laissent faire, nous aurons une plateforme rêvée pour faire passer notre message et rappeler l’urgence climatique, comme c’était le cas lundi matin», explique Antoine Thalmann, membre d’Extinction Rebellion, à qui cette tactique plaît beaucoup.

«J’ai participé au début du mouvement en Angleterre. J’ai donc pu observer de près la stratégie et la réflexion qui le sous-tendent. Les gens à l’origine du mouvement sont des universitaires auteurs de thèses sur la désobéissance civile. Derrière nos actions, il y a une vraie réflexion, une recherche qui m’a convaincu de rejoindre le mouvement», poursuit le jeune homme, qui lève également le voile sur un autre aspect de la stratégie: celle qui concerne les risques encourus par les activistes.

Après l’action de lundi, Pierre-Antoine Hildbrand, municipal lausannois en charge de la Sécurité, avait annoncé que les activistes identifiés seraient dénoncés au tribunal («24 heures» de mardi). Antoine Thalmann n’est pas surpris. Ni particulièrement inquiet. «Nous sollicitons plusieurs juristes avant d’entreprendre une action. Le blocage du pont Chauderon pourrait nous valoir une condamnation pour contrainte, pour avoir entravé la circulation publique ou les services d’intérêt général ainsi que pour plusieurs infractions à la loi sur la circulation routière. Pour chaque action, nous avertissons les participants des risques judiciaires qu’ils encourent, mais la cause de l’environnement est plus importante que les sanctions.»

Apprendre à désobéir

Une rapide recherche sur le Net achève de s’en convaincre: le mouvement est décidément bien organisé. En attestent les vidéos des théoriciens d’Extinction Rebellion, souvent britanniques, qui totalisent des milliers de vues en moins d’une semaine. Les motivations du mouvement, les arguments scientifiques qui rappellent l’urgence climatique et l’obligation d’agir ou encore la nécessité d’actions «disruptives», tout est analysé et expliqué en détail.

Mais, au sein du mouvement, l’action fait elle aussi l’objet d’une solide organisation. La preuve avec les «ateliers de formation à la désobéissance civile non-violente» de deux jours qu’organise XR. Le prochain aura lieu fin avril à Neuchâtel. En France, où des stages du genre ont lieu tous les week-ends, on enseigne par exemple la stratégie «de la tortue» ou «du petit-train», où plusieurs personnes s’assoient et enchevêtrent leurs bras et leurs jambes. Objectif: ralentir les évacuations.

Créé: 17.04.2019, 16h32

Articles en relation

Pont Chauderon bloqué: «Les activistes seront dénoncés au tribunal»

Lausanne Extinction Rebellion, qui prône la désobéissance civile pour forcer les gouvernements à agir, a lancé deux semaines d’actions. Plus...

[VIDEO] Le pont Chauderon bloqué «pour le climat»

Lausanne Extinction Rebellion, qui prône la désobéissance civile pour forcer les gouvernements à agir, a lancé deux semaines d’actions. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 21 septembre 2019
(Image: Valott?) Plus...