Un vrai procès pour trois faux flics ripoux

VeveyPour soutirer 100'000 francs à un supposé trafiquant, trois Chablaisiens se sont fait passer pour des policiers corrompus.

Les faux policiers et leur faux interprète ont été jugés devant le Tribunal correctionnel de Vevey.

Les faux policiers et leur faux interprète ont été jugés devant le Tribunal correctionnel de Vevey. Image: Chantal Dervey/A.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Dans le rôle des policiers, deux trentenaires au gabarit imposant. Dans celui de l’interprète, un quadragénaire aux airs vaguement intellectuels derrière ses lunettes. Mais c’est dans le rôle d’accusés que ces trois Chablaisiens ont fini devant le Tribunal correctionnel de Vevey, pour tentative de chantage et d’extorsion, de contrainte, de séquestration et d’enlèvement, en plus d’usurpation de fonction.

Le film s’est joué au printemps 2017 entre Aigle et Leysin. Tel que retracé dans l’acte d’accusation par la procureure Myriam Bourquin, le scénario met en scène trois hommes désœuvrés, en manque de liquidités et pris à des degrés divers dans la consommation, voire la vente, de stupéfiants. Afin de grappiller une coquette somme à se partager, ils auraient décidé d’organiser un chantage à l’égard d’un supposé trafiquant de la région. Ils jettent leur dévolu sur un Espagnol installé à Leysin. «On avait entendu dire par plusieurs personnes qu’il faisait du gros business», racontent-ils aux juges.

La suite mêle tous les ingrédients d’une série d’actions sur fond de narcotrafic: convaincue d’avoir affaire à des ripoux, la cible s’enfuit dans son pays d’origine avec femme et enfants. Au rendez-vous fixé par les maîtres chanteurs devant le poste de police d’Aigle se présentent deux amis de l’Espagnol évaporé, à bord d’une BMW que les faux flics prennent en filature dans les lacets remontant vers Leysin.

Rocambolesque

S’ensuivent arrestation, parcage sur le côté, contrôle des papiers, photos de passeport, confiscation du téléphone et obligation de suivre les équipiers et leur interprète au poste d’Aigle. Un premier «otage» est libéré en route, car il a reçu un SMS lui demandant d’aller chercher ses enfants à l’école. «La famille, c’est sacré», insiste doctement l’un des accusés. Conduit à la gare d’Aigle, le second sera libéré une fois constaté l’échec de la manœuvre de chantage. Comprenant que la cible a quitté le pays, les trois hommes lâchent l’affaire et glissent quelques piécettes à leur accompagnant terrorisé, pour lui permettre de passer un coup de fil. Portant plainte aussitôt, ces deux messieurs n’ont pas assisté aux débats: ils ont aussi choisi de disparaître.

Pincés grâce à leurs descriptions et des caméras de vidéosurveillance, les prévenus, pères de famille et titulaires de casier judiciaire, admettent «une grosse bêtise». Mais nient s’être fait passer pour des policiers: «On a seulement dit qu’on le dénoncerait à la police s’il ne nous donnait pas l’argent.» Quant aux menaces sur la famille, pas de ça chez nous, assurent-ils.

Entre 2 ans avec sursis et 4 ans ferme

Leurs dénégations constantes sur ces points amènent leurs défenseurs à douter de la crédibilité de la victime. Cet homme arrivé en Suisse en 2011, actif dans la construction et l’immobilier, déclare s’être constitué un patrimoine d’une valeur fiscale de plus de 3 millions en six ans. De quoi nourrir des doutes sur la licéité de son commerce. «Cela ne change rien à son statut de victime, a relevé un défenseur, mais cela doit amener à prendre ses déclarations, qui sont les seules pièces au dossier, avec circonspection.»

À quoi la procureure Myriam Bourquin rétorque que l’instruction n’a pas permis de démontrer d’activités illégales. «Pour ce faire, il aurait fallu que les prévenus livrent des indices concrets. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait? Parce que c’est une pure invention.» Et de requérir des peines s’échelonnant entre 2 ans avec sursis partiel et 4 ans ferme. Les avocats espèrent des peines clémentes.

Verdict suivra.

Créé: 18.11.2019, 22h08

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.