Les vrais chiffres des collisions du LEB

TransportDurant les huit dernières années, le train a percuté cinquante-deux voitures, cinq piétons et deux bus. L’avenue d’Échallens compte pour les trois quarts de tous les événements de la ligne.

50 collisions ont eu lieu entre la sortie du tunnel de Chauderon et Montétan.

50 collisions ont eu lieu entre la sortie du tunnel de Chauderon et Montétan. Image: DR

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Lorsqu’il surgit du tunnel après la place Chauderon, à Lausanne, le LEB se transforme en tram pour passer l’avenue d’Échallens. Ses rails viennent se fondre dans le bitume et, jusqu’à Union-Prilly en passant par Montétan, il n’a plus grand-chose d’un train de campagne. Pendant un kilomètre, le LEB roule sur la voie de bus et côtoie voitures et piétons… d’un peu trop près. Les accidents sont si fréquents que la mise en souterrain de ce tronçon est évoquée depuis les années 1960! Ce projet s’est finalement concrétisé: le percement du tunnel sous l’avenue d’Échallens débutera cet été (lire encadré).

Le dernier accident remonte au dimanche 18 mars: entre Chauderon et Montétan, le LEB percute une voiture, sans faire de blessés. Combien d’accidents auront encore le temps de se produire avant la mise en service du tunnel? On peut désormais le déterminer. Grâce à une requête en matière de transparence (Ltrans) de la «SonntagsZeitung» (éditée par Tamedia) tranchée au Tribunal fédéral après un recours de l’Office fédéral des transports (OFT), «24 heures» a eu accès à la base de données d’«événements» maintenue par l’OFT depuis 2010. Pour la première fois, tous les incidents sont rendus publics, et plus seulement les accidents graves.

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Sueurs froides sur les voies

Concernant la ligne du LEB, 152 événements ont été déclarés officiellement au cours des huit dernières années. Il s’agit d’accidents mais aussi d’incidents qui ont un impact sur la ligne, comme les mises en danger et les incidents techniques. Ces données permettent d’en savoir un peu plus sur l’avenue d’Échallens, le tronçon qui donne des sueurs froides aux conducteurs et conductrices du LEB. On y dénombre trois quarts des accidents de toute la ligne: sur huitante accidents de train depuis 2010, cinquante-neuf se sont produits sur ce kilomètre en pleine ville.

En huit ans et deux mois, le LEB y a percuté cinquante-deux voitures, cinq piétons et deux bus. Dix-sept personnes ont été blessées, dont deux grièvement, tandis qu’un piéton est décédé. Un chauffeur de bus a été blessé lors d’un accident frontal du train avec un bus TL. Sur le reste de la ligne, à titre de comparaison, les vingt et un autres accidents ont fait un blessé grave et trois blessés légers. Deux collisions avec des vaches ont également été annoncées, entre Échallens et Fey.

En 2014, les riverains expliquent le problème de l'avenue d'Echallens à «24heures»

Vingt mètres pour s’arrêter

Les conducteurs de train ne sont pas à blâmer: les accidents sont dus à un non-respect de la loi sur la circulation routière, indiquent les TL, qui ont repris la gestion opérationnelle du LEB depuis le 1er janvier 2017. Aucune information à ce sujet n’est disponible pour les années précédentes.

Difficile pour les conducteurs d’éviter une voiture ou un piéton: à l’avenue d’Échallens, le LEB circule en moyenne à 35,6 km/h. À cette vitesse, il lui faut environ 20 mètres pour s’arrêter. L’année la plus noire est 2013, avec 14 accidents. La même année, à la rentrée d’août, le LEB a introduit la cadence au quart d’heure entre Lausanne et Cheseaux. Huit trains par heure circulent depuis cette date sur l’avenue d’Échallens: la cadence a été dédoublée.

Les collisions se produisent en grande majorité les jours de semaine, ce qui correspond à la fréquence horaire des trains. Du lundi au jeudi, on voit effet passer 141 trains (70 dans un sens et 71 dans l’autre); 145 le vendredi avec les trains pyjama; 129 le samedi et 66 le dimanche et les jours fériés. Sur la journée, deux moments particuliers semblent plus dangereux: à la sortie du travail (17h-19h) et à midi (12h-14h).

Quant à la répartition géographique sur l’avenue d’Échallens, elle est nette: la plupart des accidents ont eu lieu entre la sortie du tunnel de Chauderon et Montétan (cinquante accidents), cinq au carrefour de Montétan et trois entre Montétan et Union-Prilly.

Hécatombe de barrières

La moitié des données rendues disponibles par l’OFT ne concernent pas le LEB lui-même, mais ses abords directs. Ils illustrent d’importants problèmes de sécurité qu’a connu ou connaît la ligne. Soixante-neuf événements se sont par exemple produits à des passages à niveau. Il faut savoir qu’en 2010, douze passages à niveau sur les trente-neuf que comptait la ligne à l’époque n’étaient pas gardés. Depuis, plusieurs ont été fermés. Il ne reste que quatre passages à niveau non gardés sur les trente existants actuellement.

En huit ans, pas moins de quarante-cinq barrières de passages à niveau ont été cassées, vingt-trois fois par des camions et fourgonnettes, six fois par des tracteurs, une fois par un car postal et une fois par une moto. Par deux fois, le conducteur du véhicule fautif a carrément pris la fuite après avoir brisé la barrière de sécurité.

Ces incidents ne sont pas anecdotiques: «Si les barrières sont en bas, le train n’est pas loin et il y a donc mise en danger de l’exploitation ferroviaire», explique un ancien collaborateur du LEB.

Le passage à niveau le plus dangereux a été celui du Vieux-Collège à Prilly, où se trouvait jusqu’en 2013 la halte Union-Prilly. quinze accidents s’y sont produits, avant que l’arrêt soit déplacé en direction de Lausanne. Trois étaient des collisions avec des voitures et douze des défonçages de barrières par des véhicules. Des négociations sont en cours entre les TL, la Commune de Prilly et PolOuest pour sécuriser les lieux. Il est question de fermer le passage à niveau ou de le mettre en sens unique, selon les TL.

L’ancien passage à niveau de Prilly - Fleur de Lys est le deuxième sur la liste, puisque 7 collisions avec des voitures s’y sont produites. Il a été fermé le 6 janvier 2015 et remplacé par un passage sous route.

D’ici à 2020, cinq passages à niveau seront encore soit remplacés par des passages inférieurs (Le Lussex, Le Brit en 2020), soit supprimés (Assens, Millandes à Villars-le-Terroir et Pâturage à Sugnens en 2018), indiquent les TL.


Des accidents non déclarés à l’Office fédéral des transports

En comparant les rapports d’accidents de l’Office fédéral des transports (OFT) et les statistiques fournies par les TL, qui gèrent l’exploitation du LEB depuis 2017, «24 heures» a observé que certains accidents ont été «oubliés». Entre 2014 et 2016, le LEB a ainsi omis d’annoncer à l’OFT onze collisions survenues à l’avenue d’Échallens entre le train et des voitures.

Après nos demandes d’informations, les TL ont dû annoncer rétroactivement les onze accidents oubliés, parmi lesquels un accident de personne survenu en 2014. «Il y a eu un petit couac administratif, ce n’est en tout pas intentionnel, explique Jacques Millioud, président du conseil d’administration du LEB. La personne qui était aux commandes au niveau opérationnel à l’époque avait pas mal de chats à fouetter.»

Le projet de mise en souterrain n’aurait pas été impacté. «Le tunnel était déjà dans le pipeline. On était en route avec le financement, les études de l’OFT, etc. Ça n’aurait rien changé», estime le président. Pour rappel, le LEB et les TL se sont rapprochés le 1er janvier 2014 sur décision du Canton et du conseil d’administration du LEB. Dès cette date, les TL ont accompagné les équipes LEB et entamé les premières «synergies opérationnelles».

Les TL évoquent d’anciens dysfonctionnements: «C’était une période de transition où il y a eu beaucoup de départs, précise Rémi Dumolard, membre de la direction et responsable de la production de l’offre. Il s’agit d’un manque de suivi à mettre sur le compte du départ de plusieurs collaborateurs et de leur remplacement par des collaborateurs du LEB qui n’étaient pas spécialisés dans ce type de suivi administratif. Il n’y avait aucun intérêt à cacher ces accidents, d’autant que nous étions à ce moment-là à la recherche de financements pour construire le tunnel sous l’avenue d’Échallens.»

Le Canton n’ayant «aucune compétence sur la sécurité ferroviaire», c’est à l’OFT que revient le rôle d’autorité de surveillance. «L’OFT vérifie que les entreprises de transports publics assument leur responsabilité en matière de sécurité, assure Florence Pictet, porte-parole. Il utilise la statistique des événements pour suivre et contrôler l’évolution du niveau de sécurité du réseau des transports publics dans son ensemble, ce qui lui permet de prioriser ses activités de surveillance auprès des entreprises de transport.»

Le dernier audit réalisé en 2017 par l’OFT sur le LEB s’est révélé «très positif», indiquent les TL.

Créé: 10.04.2018, 06h38

Bientôt souterrain

Il faudra attendre au moins jusqu’à 2020 pour mettre fin à la cohabitation tendue entre train, voitures et piétons à l’avenue d’Échallens. Le tronçon entre Chauderon et Prilly deviendra entièrement souterrain après le percement du tunnel qui débute cet été. L’arrêt Montétan sera supprimé. Les travaux, commencés l’année dernière, sont prévus sur trois ans.

La nécessité d’enterrer tout le tronçon urbain ne date pas d’hier. Réclamé depuis vingt-cinq ans, le projet a finalement abouti après le rapprochement du LEB et des TL. Entre-temps, des mesures de sécurité urgentes ont été entreprises pour améliorer les points noirs de l’avenue d’Échallens, notamment la suppression de l’arrêt de bus de Saint-Paul, l’installation de bornes sur la chaussée et de feux de signalisation aux passages pour piétons.

Fin 2018, la cadence au quart d’heure sera introduite entre Lausanne-Flon et Échallens. Avec la mise en service du tunnel, le LEB deviendra un RER, avec à terme une cadence à 10 minutes. Il n’aura alors plus rien d’une «brouette», le sobriquet que lui a valu sa lenteur, à sa mise en service… il y a presque un siècle et demi.

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