Passer au contenu principal

La rédactionVenise sauvée des eaux, la Terre sauvée du climat?

Le système colossal de digues artificielles a fonctionné pour la première fois et sauvé la Sérénissime d’une inondation. Un petit pied de nez technologique à ceux qui crient à l’apocalypse.

L’affaire n’a fait qu’un bruit modeste. Pour la première fois, le système Moïse a empêché la place Saint-Marc, à Venise, d’être submergée par l’acqua altala marée. C’était samedi dernier. Le projet pharaonique de digues artificielles, qui a nécessité plus de 5 milliards d’euros et vingt ans de chantiersur fond de scandales financiers a fait ses preuves. Mais l’écho de cette réussite technologique est bien plus faible que celui de la marée extrême de l’an dernier, où les images de touristes asiatiques protégeant leurs sacs de boutiques de luxe d’une eau qui leur montait jusqu’au nombril avaient fait le tour du monde. Images érigées en symbole de la défaite d’un monde qui persiste dans ses erreurs face à l’urgence climatique.

Leuphorie aidant, certains ont peut-être exagéré en faisant de ce petit miracle sur la Sérénissime un symbole de la victoire de l’homme sur le climat. Sans aller jusque-là, il y a pourtant de vraies raisons de se réjouir. Face aux défis environnementaux, l’homme montre qu’il dispose de la connaissance et de l’expertise pour réagir. Se jouer des marées, ce n’est pas rien. La technologie est un allié précieux car, même si l’humanité entière parvenait à atteindre zéro émission de carbone nette en 2025, comme l’exigent de doux utopistes, l’inertie serait encore telle que certains effets ne pourraient être combattus sans d’importants moyens.

«En tenue de saint Jean, ceux-là prêchent ni plus ni moins pour la disparition de l’ancienne Terre et de l’ancien Ciel sous les flots. Vous avez dit sectaires?»

Pourtant, et ce silence relatif le démontre, c’est un discours trop souvent apocalyptique, en opposition permanente à tout ce qui est la résultante du système de croissance, qui est préféré. Au fond, à entendre les voix des plus fervents activistes, il n’y a qu’une seule voie: laisser Venise et les régions côtières couler, pleurer, débrancher, et attendre le nouveau monde décarboné.

Tout le reste, toute foi en la science est au mieux une mauvaise solution et au pire une hérésie, car elle refuse de rompre avec ce système qui porterait en lui la négation de l’urgence climatique. En tenue de saint Jean, ceux-là prêchent ni plus ni moins pour la disparition de l’ancienne Terre et de l’ancien Ciel sous les flots. Vous avez dit sectaires?

Écouter les tièdes

À l’heure où les températures grimpent, mettons les pieds dans l’eau froide et écoutons les tièdes. Même s’ils n’ont pas la cote, ils savent qu’il y a urgence mais ne s’aveuglent pas d’idéologie. Ils savent que le défi climatique n’aura qu’une réponse favorable dans l’adhésion d’une société imparfaite et non dans l’exclusion en bloc.

S’il ne suffit pas de réagir face aux défis climatiques mais également de prendre le problème à la racine, ils savent qu’opposer les deux est insensé. Et si aujourd’hui on parvient à lutter contre la force des marées, demain on se jouera peut-être du carbone dans l’atmosphère? Inquiets eux aussi, à la façon d’accusés enjambant le pont des Soupirs pour rejoindre leurs juges, ils préfèrent pourtant l’espoir à la peur. Et on les suit plus volontiers.

14 commentaires
    A réfléchir

    Si vous pensez qu'il ne reste plus rien à faire, alors vous savez ce qu'il vous reste à faire pour vous même. Depuis ma naissance (Amérique du Nord), j'ai survécu à 3-4 fin du monde .... à chaque fois c'était faux. Cela le sera encore, comme d'habitude.

    Cela ne veut pas dire que le climat ne se réchauffe pas, mais qu'il y a toujours des solutions "pragmatiques" et "technologiques" qui sont possible. Par contre, une planète avec 20 milliards d'habitant, ce n'est pas très pragmatique.