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ÉditorialViagogo ne leurre pas que des gogos

En déboutant le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) mercredi dernier, le Tribunal fédéral n’a pas seulement offert une victoire mémorable à l’entreprise genevoise Viagogo. Les juges de Mon-Repos ont aussi infligé un camouflet à quantité de professionnels des milieux culturels et sportifs qui se disent victimes du revendeur de billets, présent à travers plus de 70 noms de domaines dans une multitude de pays.

Les méthodes de la plateforme sont simples et, avec elles, se referme le piège du marché gris. Souvent en tête des résultats sur les moteurs de recherche, Viagogo et ses pratiques entraînent la confusion de l’acheteur. Ce dernier pense être sur la billetterie partenaire de l’organisateur et ne se rend pas compte qu’il règle l’addition sur un site de revente proposant des prix surfaits. En outre, l’entreprise met une forte pression sur l’internaute pour conclure l’achat dans la précipitation, avec des indications comme «plus que 3 billets disponibles», alors que l’événement est loin d’afficher complet, rappelle sur son site internet la Fédération romande des consommateurs (FRC).

«Assis sur un tabouret qui grince avec une colonne de subwoofers qui coupe de sa vision la moitié de la scène alors qu’il pensait avoir dépensé de quoi réserver une loge VIP, le lésé a la moutarde qui lui monte au nez.»

La FRC, justement, veut croire que sa plainte pénale déposée en 2017 contre la société auprès du Ministère public genevois aura un autre destin. Qu’elle permettra d’éviter que de nouvelles personnes – déjà beaucoup trop nombreuses – se fassent flouer en voulant vivre une manifestation monstre ou un spectacle de quartier. Avec l’organisation de défense des consommateurs, plusieurs grandes institutions et entreprises sont d’ailleurs montées aux barricades. Car lorsque l’acheteur découvre le pot aux roses, c’est souvent vers elles qu’il se retourne. Assis sur un tabouret qui grince avec une colonne de subwoofers qui coupe de sa vision la moitié de la scène alors qu’il pensait avoir dépensé de quoi réserver une loge VIP, le lésé a la moutarde qui lui monte au nez. Et c’est normal. Mais ce ne sont pas les organisateurs, «les voleurs».

Viagogo, pour sa part, se réjouit du jugement du Tribunal fédéral et souhaite «pouvoir désormais entretenir une relation solide et positive avec le SECO pour continuer de protéger les consommateurs suisses». Espérons que le Ministère public genevois exaucera la deuxième partie de ce vœu pieux.

1 commentaire
    Nini

    Il serait intéressant de connaître les attendus du TF pour comprendre ou essayer de comprendre la victoire d’une plateforme qui semble prendre les clients pour des gogos. A ce stade, il reste la solution du BOYCOTT. Le client ne doit pas oublier ce moyen radical qu’il a à sa disposition de ne pas s’exposer ou cautionner les fournisseurs qui frisent la malhonnêteté.