AboCuvée intercantonaleVigne.Rhône.s, un gamay féminin qui suit le fil de l’eau
La société vaudoise Torevitis a breveté un procédé nouveau d’élevage sur rafles et réuni Stéphanie Delarze, Mathilde Roux et Emilienne Hutin pour le tester ensemble.

Le temps où le Valaisan critiquait le vin vaudois, puis le Vaudois le vin genevois serait-il révolu? Il semble en tout cas que de l’eau ait coulé dans le Rhône! Et engendré un gamay intercantonal: la cuvée Vigne.Rhône.s. Jouant avec le mot «vigneronnes», cette cuvée est l’assemblage de trois vins élevés tout au long du fleuve par Mathilde Roux (Cave de l’Orlaya) à Fully, Stéphanie Delarze (La Baudelière) à Aigle et Emilienne Hutin (Les Hutins) à Dardagny.
Les trois productrices ont été réunies par Cédric de Pontbriand et Grégoire Chantreuil, associés de la société Torevitis (lire encadré). Née il y a deux ans à Servion, la petite entreprise s’est mis en tête de révolutionner la vinification par un procédé unique d’élevage sur rafles. Elle a déposé un brevet européen pour son invention en avril 2021.
L’idée du procédé: traiter la rafle (ce qu’il reste de la grappe une fois les grains arrachés) non lignifiée (encore verte) par torréfaction – d’où le nom Tore-Vitis – afin de lui ôter son amertume sans lui retirer ni ses qualités taniques et aromatiques ni ses antioxydants tels que les polyphénols.
«Amplificateur de terroir»
«Nous sommes convaincus du rôle d’amplificateur de terroir de la rafle, mais aussi de sa capacité à complexifier les vins, indique Cédric de Pontbriand. Mais l’élevage sur rafle, parfois en grappes entières, peut développer un goût végétal désagréable.» La recherche de Torevitis s’inscrit dans une tendance: de nombreux essais œnologiques tentent en effet de contourner cet écueil.
«Nous sommes convaincus du rôle d’amplificateur de terroir de la rafle, mais aussi de sa capacité à complexifier les vins. Mais l’élevage sur rafle peut développer un goût végétal désagréable.»
Car les avantages sont légion. Une étude du professeur de Changins Benoît Bach, en 2021, a démontré notamment que cet élevage peut dans certains cas améliorer la résistance des vins à l’oxydation, y ajouter de la fraîcheur et de la complexité. Et dans une moindre mesure diminuer le degré alcoolique.
Le contenu qui place des cookies supplémentaires est affiché ici.
À ce stade, vous trouverez des contenus externes supplémentaires. Si vous acceptez que des cookies soient placés par des fournisseurs externes et que des données personnelles soient ainsi transmises à ces derniers, vous devez autoriser tous les cookies et afficher directement le contenu externe.
«Nous avons débuté sous la pluie, avec un four installé devant notre dépôt. Un peu à l’image des vins de garage bordelais!»
Cédric de Pontbriand et Grégoire Chantreuil ont passé par la formation œnologique, le premier à Changins et Marcelin, le second à Bordeaux. Ils ont commencé leur recherche il y a quatre ans, avec l’idée de «s’affranchir à terme de la tonnellerie, explique Grégoire Chantreuil. Nous avons débuté sous la pluie, avec un four installé devant notre dépôt. Un peu à l’image des vins de garage bordelais!»
Les rafles, d’une multitude de cépages, sont issues de vignes bios de La Cave de La Côte. Récoltées à la vendange, elles sont immédiatement chauffées durant quelques minutes, puis refroidies. Ce cycle est répété à plusieurs reprises. Les rafles traitées sont ajoutées juste après pressurage.
Des tanins à digérer
Chaque vigneronne a livré la quantité qu’elle pouvait et l’assemblage s’est fait chez Stéphanie Delarze, sous l’œil attentif des deux inventeurs. «Je n’ai pas assez de recul pour certifier qu’il s’agit de l’effet des rafles, mais le vin a mis du temps à «digérer» sa masse tannique», explique l’Aiglonne. À noter que les vins genevois (220 litres) et vaudois (300) ont passé en barriques de 4e vin, alors que le valaisan (120) en cuve inox.

À la dégustation, Mathilde Roux a observé «une belle évolution des tanins et une complexité aromatique intéressante», mais «une influence plus faible sur la structure du vin» que lorsqu’elle travaille sur grappes entières. Emilienne Hutin évoque, elle, «une différence de structure en bouche». Quant à nous, c’est l’ampleur de ce gamay qui nous a frappés.
«Notre génération est sortie de la bataille entre cantons, et la démarche vaut la peine. Il y a tellement de terroirs différents entre nos trois régions et de profils dans le gamay, le résultat est forcément intéressant.»
Symboliquement, les trois vigneronnes ont aimé cette expérience, qui sera reconduite. «Il faut partager une vision et faire confiance, sourit Emilienne Hutin. Notre génération est sortie de la bataille entre cantons, et la démarche vaut la peine. Il y a tellement de terroirs différents entre nos trois régions et de profils dans le gamay, le résultat est forcément intéressant.» Et Stéphanie Delarze de conclure: «Avoir nos trois noms sur l’étiquette, outre le joli clin d’œil, c’est motivant!»
Les trois vigneronnes seront à la 3e Fête des Vigneronnes, à côté du Café de Grancy, le 9 juin 2023.
Tous les vins sur mesure sont sur www.torevitis.ch
Vous avez trouvé une erreur?Merci de nous la signaler.















