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Procès au Tribunal de La CôteVirginia Markus condamnée pour le rapt de 18 cabris

Jugée pour cinq actions, l’antispéciste écope d’une peine pécuniaire avec sursis. La Cour a reconnu qu’elle a contribué à améliorer les contrôles en matière d’abattage.

Lors du procès, Virginia Markus (ici avec son avocat Olivier Peter) a déclaré ne pas vouloir réitérer des actions de désobéissance civile. Cela a joué en sa faveur.
Lors du procès, Virginia Markus (ici avec son avocat Olivier Peter) a déclaré ne pas vouloir réitérer des actions de désobéissance civile. Cela a joué en sa faveur.
KEYSTONE

Au sortir de la salle d’audience, il en est un qui exulte dans sa chemise «edelweiss», emblème des paysans suisses. Serge Kursner, éleveur de cabris à Gimel, parle vite et fort, secoué par l’émotion: «Les antispécistes se sont trompés de cible. Quand on élève des bêtes comme je le fais, ce n’est pas un métier, c’est une passion. Prétendre qu’on n’aime pas nos animaux parce qu’on les fait abattre, c’est du diktat

Ce 19 novembre, la militante antispéciste Virginia Markus a été condamnée notamment pour avoir participé à l’enlèvement de 18 cabris appartenant à Serge Kursner en 2018 à l’abattoir de Rolle. Le Tribunal de police de la Côte, à Nyon, a retenu «l’appropriation illégitime», et non le vol, car le dessein de l’activiste n’était pas de s’enrichir. «En plaçant ces bêtes dans des familles d’accueil, elle a par contre agi comme si elle en était la propriétaire», a souligné la présidente de la Cour.

Éleveur secoué

Virginia Markus a été également condamnée à payer 4600 francs de dommages et intérêts à l’éleveur ainsi que 1000 francs pour tort moral. Durant le procès, Serge Kursner avait expliqué à quel point ce rapt l’avait secoué. En 2018, deux autres militantes avaient déjà été condamnées pour les mêmes faits.

Jugée pour cinq actions menées à travers la Suisse, Virginia Markus écope au total d’une peine de 100 jours-amendes à 20 francs avec sursis de deux ans et d’une amende de 200 francs. Elle a été reconnue coupable de violation du domaine privé au moyen d’un appareil de prise de vue, contrainte, violation de domicile et empêchement d’accomplir un acte officiel.

«Je suis effarée de constater à quel point l’ordre établi refuse de se remettre en question, même quand on lui apporte des éléments concrets.»

Virginia Markus, militante antispéciste

Engagée depuis des années dans la lutte antispéciste, la militante a reconnu l’ensemble des faits qui lui étaient reprochés. Juste après le verdict, elle a dit regretter qu’aucun «effort d’empathie» ne soit possible concernant le sort des animaux, et que le droit à la propriété prime la dignité de ces derniers. «Je suis effarée de constater à quel point l’ordre établi refuse de se remettre en question, même quand on lui apporte des éléments concrets.»

Entre autres éléments, la militante avait rendu publiques des images tournées à l’abattoir de Rolle grâce à des caméras cachées. Suite à la diffusion de ces vidéos, deux employés s’étaient vus retirer leur autorisation de pratiquer l’abattage. Cette action avait également eu pour conséquence un changement de pratique au niveau cantonal.

Exemptée de peine pour les caméras

«Même si Virginia Markus a agi de manière illicite, elle a contribué à une amélioration des contrôles en matière d’abattage», a souligné la présidente. Bien que condamnée pour violation du domaine privé, elle a donc été exemptée de peine concernant ces faits.

Devant la Cour, Virginia Markus avait également présenté des photos de poules prises chez Micarna à Vernayaz (VS). Elle y avait enlevé 24 volatiles et avait expliqué que sur place, certaines se mangeaient entre elles. «Certes, ces photos montrent des poules en triste état, a déclaré la présidente dans son jugement. Mais il existe des moyens légaux pour combattre l’élevage intensif. Une initiative a du reste abouti récemment.»

Appel envisagé

Pour Virginia Markus, il y a une complémentarité des méthodes: «Cette initiative n’aurait jamais abouti s’il n’y avait pas eu des enquêtes en caméra cachée dans les élevages. Ce sont les militants antispécistes qui ont donné des coups de pied dans la fourmilière.»

La militante et son avocat, le Genevois Olivier Peter, pensent faire appel. L’homme de loi avait demandé l’acquittement de sa cliente, plaidant des «motifs honorables» et «l’état de nécessité». «Aujourd’hui, on acquitte certains militants climatiques et on condamne les antispécistes», constate Olivier Peter. «Or, ces deux causes sont intimement liées, renchérit Virginia Markus. La différence, c’est que dans la première, on focalise sur les futures générations d’humains.»

22 commentaires
    Alix Lecor

    Votre combat et juste Madame, même si les moyens sont parfois discutables. La dignité animale est une lutte de longue haleine mais ni les lois ni l'indifférence ne pourront l'arrêter. Bravo pour votre cause, un jour vous serez reconnue !