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Visite d’État
Le plaidoyer ex cathedra pour l’Europe signé Macron

epa10978468 French President Emmanuel Macron (L) and Swiss President Alain Berset (R), attend a public conference on the theme 'Let's Talk Europe responding to major current societal issues', at the University of Lausanne, UNIL/EPFL, in Lausanne, Switzerland, 16 November 2023. French President Macron and his wife Brigitte are visiting Switzerland for a two day state visit.  EPA/MARTIAL TREZZINI
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Comme à l’aéroport. Jeudi matin, dans la longue file d’attente qui mène aux portiques de sécurité, aux fouilles corporelles et aux contrôles d’identité, on discute de tout et de rien. Mais, dans le bâtiment Amphimax de l’UNIL ultrasécurisé pour l’occasion, on parle surtout de l’arrivée imminente du président Macron, en visite d’État depuis mercredi.

Les journalistes français qui nous précèdent ont déjà les yeux rivés sur la «rencontre de Saint-Denis», du nom de cette grande réunion qui réunit les chefs de partis politiques français, prévue ce vendredi. Vu les défections qui s’enchaînent, la séance va-t-elle faire pschitt? s’interrogent-ils. Les étudiants qui nous talonnent ont, pour leur part, des préoccupations bien plus proches de leur réalité: «On se demande si Emmanuel Macron va évoquer les échanges universitaires et la mise au ban de la Suisse du programme de recherche Horizon Europe.»

Discours poli et diplomatie

Les amoureux de politique franco-française, qui ont interpellé Emmanuel Macron sur des questions de politique purement hexagonale à Berne mercredi, repasseront. Les inquiets pour l’attractivité de notre place scientifique devront, eux, se contenter de propos favorables à la réintégration de la Suisse à Horizon Europe – «ce serait super», a-t-il répondu au modérateur Stéphane Benoit-Godet. Une déclaration sans consistance ni engagement ferme. L’art de la diplomatie polie des visites d’État. Et le sujet est ailleurs.

«On m’a demandé de parler d’Europe», lance Emmanuel Macron dès le début de sa prise de parole. Avant cette dernière et hors caméras, il s’est d’ailleurs arrêté à la Fondation Jean Monnet et a consulté la bibliothèque du cofondateur de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, ancêtre de l’UE.

«La Suisse est inséparable de l’Europe, géographiquement et philosophiquement.»

Emmanuel Macron, président français

Dans un discours structuré et politique, devant 1400 personnes dont beaucoup d’étudiants, le locataire de l’Élysée, dans une gestuelle qui n’était pas sans rappeler celle de Nicolas Sarkozy, s’est ensuite attelé à poursuivre le propos qu’il avait tenu la veille, à Berne, et à présenter sa vision de l’Europe. Sans oublier la place qu’y tient notre pays. «La Suisse est inséparable de l’Europe, géographiquement et philosophiquement», a poursuivi le président français, allant jusqu’à glisser que l’esprit des Lumières était «une coproduction franco-suisse». Sous les yeux d’Alain Berset, qui n’en demandait pas tant.

Et le président de la Confédération de souligner que «nous sommes déjà intimement liés à l’Europe. La Suisse n’y est pas intégrée politiquement, elle partage ses valeurs.»

Qu’il s’agisse, comme c’est le cas pour la Suisse, de la Communauté politique européenne (CPE) ou de nouvelles structures à inventer pour attirer les Balkans occidentaux, les Moldaves ou les Britanniques, Emmanuel Macron a ensuite longuement plaidé pour un élargissement de l’Union européenne, qui ne pourrait aller sans réformes.

«Avec le retour de la guerre à nos portes, penser que la réponse serait de revenir au nationalisme serait une catastrophe.»

Emmanuel Macron, président français

Unité face à la guerre

Europhile convaincu, en rodage pour la campagne des élections européennes de juin 2024, Emmanuel Macron articule son propos autour d’une notion qu’il a répétée à de nombreuses reprises: l’unité. «Avec le retour de la guerre à nos portes, penser que la réponse serait de revenir au nationalisme serait une catastrophe. La réponse, c’est l’Europe, ce projet de paix dont les fondements n’ont jamais été aussi bousculés.»

Au-delà de l’aspect purement sécuritaire, le plaidoyer ex cathedra pour l’Europe du président français rappelait aussi l’importance de l’indépendance énergétique, dont les failles ont explosé en même temps que la guerre en Ukraine, et les investissements à consentir dans la technologie et l’innovation, pour ne pas dépendre des États-Unis ni de la Chine.

Peu de place laissée aux étudiants

Mais Emmanuel Macron n’est pas dupe. Il sait, et n’a pas caché, qu’actuellement le Vieux-Continent n’affiche pas la plus solide des unités. La preuve avec la reprise du conflit au Proche-Orient, qui a fait ressurgir d’anciennes divisions.

Une actualité brûlante qui s’est invitée sur le campus. Aux abords de la salle aseptisée et des discours bien huilés, la présence du président français a ainsi donné lieu à une manifestation de quelque 200 personnes, qui ont hurlé leur colère envers son soutien à Israël. «Pour les repousser, la police a notamment fait usage d’un ou deux sprays au poivre», précise l’agence ATS.

Dans la salle, comme pour leur répondre, Macron rappelait que «le droit d’Israël à se défendre ne justifiait pas le bombardement de civils et d’enfants. Ça ne peut pas être une guerre totale, sans aucune règle.»

Les applaudissements nourris dans la salle rappelaient à ce moment-là que l’assistance était essentiellement composée d’étudiants. Il faut dire que la partie «échange avec les étudiants» aura duré à peine une quinzaine de minutes, sur une heure et demie.

Début novembre, le président français s’était prêté au même exercice à l’Université d’Astana, au Kazakhstan. Dans un échange plus direct avec les étudiants, il s’était laissé aller à quelques confessions, évoquant sa vie avant et, surtout, après l’Élysée. Si intéressant qu’ait été son discours lausannois, les jeunes vaudois présents n’ont pas eu cette chance.

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