Bien dans ses pieds, bien dans sa tête

TerroirsInstallé artisan cordonnier bottier depuis quinze mois à Lausanne, Guillaume Deuzet éprouve une passion sans borne pour les souliers

Passionné, Guillaume Deuzet devant son banc de finition au cœur de sa boutique lausannoise.

Passionné, Guillaume Deuzet devant son banc de finition au cœur de sa boutique lausannoise. Image: Odile Meylan

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Il a 23 ans et son amour perfectionniste du cuir remonte à ses 15 ans. «J’ai cherché un métier pour fuir l’école, mais j’ai très vite compris qu’il m’avait choisi. Je n’en pratiquerais un autre pour rien au monde.» Né à Mantes-la-Jolie, à l’ouest de Paris, Guillaume Deuzet est Compagnon du devoir. Il a fait son tour de France (et d’ailleurs), s’est formé à Paris, Genève, Orléans, Ferrare, en Italie, et Bourg-en-Bresse. Car il a, comme on dit dans le jargon, «taillé l’adoption» et est devenu «Ile de France». Et, en fin de parcours, après avoir «taillé la réception», son nom s’enrichit en «Ile de France, l’ami du travail, compagnon cordonnier bottier».

C’est Lausanne qu’il a choisi pour poser ses valises. La cordonnerie Deuzet se tient depuis quinze mois à deux pas du numéro 27 de la rue de Bourg, au 1 ruelle de Bourg. Impossible de rater son arcade dont la vitrine expose avec goût boîtes à chaussures, brosses et cirages.

En poussant la porte, le cuir l’emporte. Puis s’imposent facilement le sourire, la vivacité et le bagou du maître de céans. Une jolie panoplie de grolles attend sur les étagères. Il y a de tout, avec une petite supériorité pour les chaussures masculines. La qualité est forcément au rendez-vous, les paires, si elles étaient à vendre, grimperaient l’échelle des centaines pour atteindre et dépasser le millier de francs.

Une machine à coudre centenaire

Le visiteur attentif remarque l’alignement au mur d’outils aux manches de bois, fers à lisser, roulettes et autres objets de l’artisan cordonnier bottier. Trois machines, dont une Singer centenaire et écossaise qui sert à coudre les tiges. Les prix sont affichés: le ressemelage cousu complet est facturé entre 150 et 200 fr. Tout ça sous le regard bienveillant de saint Crépin et de son frère saint Crépinien, patrons de la profession martyrisés par les Romains.

«Je suis moins cher que Mister Minit», assure Guillaume Deuzet et on le croit car on lui donnerait le bon Dieu sans confession. «Notre métier a périclité. Il a été cannibalisé par des gens ayant compris qu’on pouvait facilement faire du mauvais boulot et en vivre. Pour travailler chez Mister Minit, la formation prend trois mois. En France et en Suisse, le cordonnier a mauvaise réputation.» Guillaume Deuzet s’est saisi d’une chaussure basse et la retourne pour montrer le patin qu’il a posé sur la semelle: un travail tout en finesse, un soulier neuf avec, au bout, un fer encastré et vissé. Et notre homme de lâcher malicieux: «Mon but n’est pas de prendre une fois de l’argent à un client, mais de lui en prendre toute sa vie!»

A une jeune femme qui vient apporter ses escarpins de danse pour qu’il retranche quelques millimètres dans le talon, nous demandons comment elle est arrivée ici. «J’ai vu le site du magasin sur Internet et j’ai été séduite par la présentation.»

Le matin de notre visite, le bottier cordonnier donnait un délai de 10 jours. Il y a peu c’était le double. Longues et nombreuses dans la semaine sont les journées du cordonnier. Il s’est installé au-dessus du Rôtillon, car lorsqu’il apprenait son métier au bout du lac, bien des clients venant d’au-delà de la Versoix se plaignaient de l’absence de bons artisans à Lausanne.

Pourquoi l’échoppe de Guillaume Deuzet compte-t-elle autant de paires masculines? «Les hommes achètent moins, donc ils ont le souci de l’entretien. Les femmes, elles, se déguisent en davantage de personnages…».

Ce matin-là, Brel chantait dans la boutique. Cela aurait pu être Gainsbourg ou Barbara. Mais notre jeune indépendant avoue aussi écouter de la techno. Ne comptez pas sur lui pour vous fabriquer du sur-mesure. Le temps viendra, mais l’heure n’est pas encore arrivée. Mais si vos pompes rêvent d’une nouvelle patine ou d’un tatouage, il est votre homme.

Cordonnerie Deuzet Ruelle de Bourg 1, 1003 Lausanne, 021 558 40 80, www.cordonnerie-deuzet.ch

(24 heures)

Créé: 31.01.2016, 13h41

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