Freddy Buache: «Tout se passait en hiver»

Mes vacances d’hiver 2/4Le fondateur de la Cinémathèque a toujours préféré le feu des salles obscures à la neige.

Le fondateur de la Cinémathèque suisse est né en hiver. Il fête ses 91 ans le 29 décembre.

Le fondateur de la Cinémathèque suisse est né en hiver. Il fête ses 91 ans le 29 décembre. Image: FLORIAN CELLA

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L’hiver s’est installé comme la saison de sa vie, mais Freddy Buache, 91 ans aujourd’hui, ne rêve pas de grand froid. «Je ne suis pas un homme d’hiver, même si j’ai toujours vu beaucoup de films pendant cette période. Mais si j’aime cette saison, c’est parce qu’elle annonce la suivante et les boutons qui vont fleurir.» La sève du lutteur coule toujours dans les veines du fondateur de la Cinémathèque suisse et défenseur acharné de l’histoire d’un art à la fois récent et ancien par la richesse de ses évolutions. S’il doit admettre qu’une partie de ses passions pour le 7e art – les grands films muets, contemporains de sa naissance en 1924, par exemple – est aujourd’hui oubliée par la jeune génération, ce constat ne vient pas amoindrir le moral du vieil homme d’aujourd’hui.

«Enfants, on lugeait beaucoup et même assez loin. On pouvait dévaler de Sottens à Moudon d’un seul coup, mais, après, il fallait remonter!»

Ses plus lointains souvenirs hivernaux le ramènent au Jorat où, gamin de Villars-Mendraz, il assistait en 1931 à l’édification de l’antenne de Sottens, village tout proche. «Dans la campagne, on vivait l’hiver tranquillement. Pour les paysans, c’était une période de retrait. Ils allaient chez les uns et les autres, se retrouvaient devant des foyers où se fumaient les préparations de cochon. Mes parents tenaient le bistrot, et, dès mes 5 ans, j’avais déjà repéré les gens, senti beaucoup de choses de la vie.» Même dans ce milieu modeste et rustique, les sports d’hiver avaient leur place. «Enfants, on lugeait beaucoup et même assez loin. On pouvait dévaler de Sottens à Moudon d’un seul coup, mais, après, il fallait remonter! Dès 1933, j’habitais Lausanne, mais je partais dans une ferme pendant les vacances et, adolescent, je faisais encore beaucoup de luge, avec des filles.»

De l’écran de sa vie, Freddy Buache passe facilement à celui du cinéma. «La séquence hivernale qui me revient à l’esprit est celle du début de Citizen Kane, le chef-d’œuvre d’Orson Welles. Quand on vient chercher le jeune Kane, il joue avec sa luge et c’est sur celle-ci qu’est gravé «Rosebud», le dernier mot qu’il prononce au moment de sa mort et qui concentre tout ce qui lui a été enlevé de sa jeunesse.» Le classique a évidemment fait partie des films que Freddy Buache a projetés au ciné-club de Béthusy, dans l’aula du collège, le premier antre de cet ogre de cinéma qui ne s’installera à Montbenon qu’en 1981. «Tout se passait en hiver parce qu’après, les gens allaient à la plage, mais il y a eu des séances formidables. Je me souviens du Voyage des comédiens que m’avait envoyé Angelopoulos: il y avait tellement de gens qui voulaient le voir que j’ai organisé une deuxième projection après la première – et le film est très long! On se retrouvait ensuite au Restaurant de l’Ours pour se chauffer à la ferveur des débats.»

Filtre gauchiste

Si Freddy Buache voit rouge dans le blanc de l’hiver, c’est plus à travers le filtre gauchiste que par la couleur de Noël. «Je n’ai jamais fait grand-chose pendant les Fêtes», concède celui qui se souvient par contre très bien de l’ancienne Maison du Peuple de Lausanne, au bout du pont Bessières, lieu visité par Lénine et Gandhi, où il était possible dans l’après-guerre de lire les journaux (l’hebdo Servir par exemple) au chaud pendant l’hiver et de profiter d’une salle de 350 places au service du premier ciné-club de la ville. Freddy Buache se souvient du passage du festival de Berlin de l’été à l’hiver (en février), mais il a fallu l’obstination de sa femme et une invitation à rejoindre le poète Gilles à Evolène pour qu’il s’invite dans des altitudes non cinématographiques. «C’est là que j’ai rencontré le premier grand spécialiste universitaire du cinéma, Henri Agel, dont j’avais dit du mal en raison de ses valeurs catholiques, mais nous sommes devenus bons amis!» (24 heures)

Créé: 29.12.2015, 12h43

Mes photos souvenirs



En novembre 1974, la Fête du cinéma suisse à l’aula du collège de Béthusy réunit (de g. à dr.) le cinéaste Michel Soutter, le directeur de la cinémathèque suisse Freddy Buache, le conservateur du Musée de l’Elysée Charles-Henri Favrod, les cinéastes Francis Reusser, Franck Jotterand et Alain Tanner. LAESER JEAN-JACQUES



Parmi les séquences hivernales de l’histoire du cinéma, la scène du Citizen Kane d’Orson Welles où le jeune Kane doit lâcher sa luge, est la première qui revient à l’esprit de Freddy Buache. DR

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