Les mobiles des années 90 séduisent les stars et les nostalgiques de la simplicité

TéléphonieLe célèbre Nokia 3310 et ses petits frères vintage trouvent preneurs sur la Toile. Ils convainquent par leur look rétro et permettent de résister à l’injonction d’être au goût du jour.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les téléphones portables Nokia, Motorola ou Ericsson des années 90, oubliés au fond d’un tiroir, sont en passe de devenir des objets de collection recherchés sur la Toile. L’époque où l’on écrivait ses SMS en tapant sur des vraies touches et non sur un écran tactile, où l’on tuait le temps avec Snake, célèbre jeu pixelisé installé d’office sur le modèle 3310 de Nokia, réveille aujourd’hui la nostalgie des stars et des amoureux du vintage. Anna Wintour, Rihanna ou Justin Bieber s’affichent volontiers avec ces anciens modèles à clapet devant les flashs des photographes. Le rocker Iggy Pop appelle le sien Rugby, car il «peut le jeter plein de fois sans qu’il ne se casse», a-t-il récemment confié au magazine New York.

Plusieurs sites en ligne n’ont pas attendu que la papesse de la mode Anna Wintour popularise la tendance pour surfer sur la commercialisation de ces appareils. «En quatre ans, notre chiffre d’affaires a été multiplié par quatre, explique Maxime Chanson, fondateur du site lekki, qui vend les portables les plus iconiques des années 90. Nous proposons des modèles originaux issus d’anciens stocks et d’autres d’occasion que nous remettons à neuf.»

Parmi les acheteurs, on trouve des collectionneurs, prêts à mettre le prix: jusqu’à 550 euros pour un objet rare. Mais la majorité des clients sont «des personnes de 25 à 40 ans qui cherchent à se démarquer de la mode des smartphones». «En tirant l’antenne du Motorola, on se fait remarquer, ajoute Maxime Chanson. Avec le Nokia 3310, on joue la carte affective, un voyage dans le temps rempli de souvenirs. Ces utilisateurs ont en général deux portables, un vintage et un smartphone professionnel.»

Quelques clients, moins nombreux, revendiquent ces appareils pour leur fonction première: téléphoner et envoyer des SMS uniquement. Sans oublier ceux qui s’engagent ainsi pour le développement durable et la lutte contre l’obsolescence programmée. «La génération des papy-boomers, peu à l’aise avec l’avancée des nouvelles technologies, fait aussi partie de la clientèle», ajoute Djassem Haddad, fondateur du site vintagemobile.

Il y a six ans, utiliser un ancien modèle de portable était encore relativement courant, observe Olivier Glassey, sociologue à l’Université de Lausanne. «Aujourd’hui, c’est faire acte de résistance. Une forme de revendication contre l’injonction d’être au goût du jour.» L’exemple du Nokia 3310, en tête des ventes des appareils vintage, montre à quel point notre regard sur la technologie a évolué en moins de vingt ans. «Il est devenu le symbole d’une époque, une madeleine de Proust. C’est le premier portable à être diffusé largement et sur lequel les utilisateurs ont fait leur apprentissage de la téléphonie. Réputé robuste avec une batterie increvable, il incarne aujourd’hui des valeurs qu’on a l’impression d’avoir perdues: la simplicité. Alors qu’à l’époque il était omniprésent et bruyant, il est devenu un havre de paix synonyme de non-connexion», analyse le chercheur.

Au-delà de l’aspect purement vintage de ces appareils apparaît en filigrane un ras-le-bol de certains utilisateurs dépassés par la masse d’informations technologiques à acquérir pour rester à la page. «Certains renoncent à les apprendre car elles sont trop complexes à leurs yeux et ils se sentent noyés, observe Stéphane Koch, spécialiste des nouvelles technologies. Les gens reviennent alors à des téléphones simples qui rassurent. D’autant que ces anciens modèles ne sont pas connectés à Internet et par conséquent protègent davantage les données personnelles.»

Au magasin lausannois La Bonne Combine, le codirecteur, Christophe Inaebnit, reçoit une petite cinquantaine de demandes de réparation d’anciens portables par an. «Nous changeons principalement les écrans, les coques et les batteries. Ces dernières consomment moins car elles ne sont pas connectées à Internet et tiennent facilement quelques jours.» Un plus avec lequel aucun smartphone actuel ne peut rivaliser.

Créé: 16.12.2014, 20h12

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.