«Mon robot a gagné un prix international»

FEMINAConçu à 18 ans dans le cadre de son travail de maturité, le robot d’Océane Patiny s’est révélé être une véritable bête de concours. Il cumule les prix d’innovation en Suisse et à l’étranger.

J’avais quand même déjà bricolé avec mon père et mon petit frère, j’adorais inventer, améliorer. Et puis j’accrochais de plus en plus avec la littérature SF, ce qui faisait se rejoindre mes passions pour l’innovation et les grands conteurs d’histoire.

J’avais quand même déjà bricolé avec mon père et mon petit frère, j’adorais inventer, améliorer. Et puis j’accrochais de plus en plus avec la littérature SF, ce qui faisait se rejoindre mes passions pour l’innovation et les grands conteurs d’histoire. Image: Corinne Sporrer

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Comme beaucoup d’étudiants, j’imagine, j’ai connu cette phase de stress typique de la dernière année de gymnase: quel sujet choisir pour son travail de matu? Au départ, j’avais songé à quelque chose du côté de la biologie. Sans réelle conviction, j’avoue. Une indécision qui commençait à durer et à me désespérer. Le salut est finalement venu d’une de mes périodes d’intérêt un peu maniaques pour des domaines spécifiques, qui caractérisent ma mécanique de fonctionnement aussi obscure pour les autres que pour moi.

A ce moment, en effet, j’étais en contact avec une association d’étudiants en électrotechnique, qui planchaient sur un projet de rover à envoyer en Antarctique. Ils allaient tester la bête sur un glacier histoire de regarder son comportement et j’ai eu l’occasion de les accompagner dans leur aventure alpine. Leur robot était cool. Il marchait bien, sauf que les éléments n’étaient pas tendres avec lui.

Climat de science-fiction

Un détail m’a alors interpellée: en le concevant moins haut, l’engin aurait sûrement moins de prise au vent. Je suis partie dans mes pensées et c’est là que mon cerveau s’est arrêté soudain sur l’image d’un robot sphérique. Un robot qui, grâce à sa forme de boule, serait à la fois aérodynamique et capable de se déplacer n’importe quand dans n’importe quelle direction. Mon sujet de travail de matu venait de germer.

Une machine à inventer et à construire, de l’électronique, de la mécanique, de la programmation… évidemment ça ne se profilait pas comme un projet aisé à réaliser en un an. Mes responsables m’ont d’ailleurs déconseillé d’aller me fourrer là-dedans, craignant que je me perde et me retrouve sans rien à présenter. Créer ce robot autonome était pourtant devenu la perspective la plus excitante pour moi.

Une machine qui roule

J’allais donc devoir apprendre à manier des outils que je ne maîtrisais pas forcément, comme les techniques de construction, les maths, la physique ou le code. J’ai toujours apprécié les sciences dures, sans être entièrement vouée à ça. Jusqu’ici, mon truc, c’était principalement de lire, beaucoup, parfois pendant les heures de classe, ce qui ne passait pas toujours bien…

J’avais quand même déjà bricolé avec mon père et mon petit frère, j’adorais inventer, améliorer. Et puis j’accrochais de plus en plus avec la littérature SF, ce qui faisait se rejoindre mes passions pour l’innovation et les grands conteurs d’histoire. Optimiste, j’ai d’abord eu l’idée d’un robot sphérique, mais au fil des réflexions le concept m’a paru un peu compliqué à concrétiser avec si peu de moyens et de temps.

J’ai alors pensé à un engin cylindrique, plus facile à faire avec le mode de propulsion que je voulais développer, en l’occurrence le seul déplacement du centre de gravité. Mon robot n’aurait ainsi aucun élément extérieur lui permettant d’avancer, ni roue, ni chaînes, ni quoi que ce soit d’autre. Il pourrait simplement se mouvoir en roulant sur lui-même juste en bougeant un poids logé à l’intérieur.

En septembre dernier, Océane Patiny (au centre) recevait un prix pour sa troisième place à l’European Union Contest for Young Scientists, à Sofia (DR).

Pour y parvenir, ce qui corsait les choses, il fallait que cette masse interne se déplace en permanence et sache adapter son mouvement pour que le robot ait une accélération continue et n’avance pas par à-coups. J’ai donc imaginé un système de petits moteurs électriques appelés servos, disposés en cercle et reliés par des bras au poids central. Il a notamment fallu élaborer des formules mathématiques pour calculer l’amplitude des mouvements précis à appliquer.

Une partie hardware m’attendait également, puisque le robot, télécommandé, devait cependant prendre des décisions par lui-même. J’ai alors construit une carte imprimée et me suis plongée dans la programmation, ayant suivi une formation express en langage JavaScript dispensée par mon père, chimiste dans la vie. Il était aussi nécessaire de se rendre dans un atelier pour avoir accès aux outils, perceuses, fers à souder, scies électriques, etc.

Le robot qui décolle

En n’utilisant que des matériaux trouvables facilement et des programmes en open source, j’ai achevé mon robot pour un coût plutôt raisonnable de 70 francs. C’était un impératif, car je n’avais pas eu le temps de faire une demande de budget et m’étais résolue à réussir malgré cette contrainte. Mon engin était tout simple, mais il a attiré l’attention.

Des amis de mon père ont ainsi conseillé de m’inscrire à un concours de la Société vaudoise des sciences naturelles, dont j’ai gagné le premier prix. Ravie que l’objet rencontre autant de succès, j’ai ensuite tenté le concours national La science appelle les jeunes et décroché le prix avec la mention excellente. Ça m’a permis de recevoir un peu d’argent et, surtout, donné le droit de me présenter à un concours international de sciences, l’European Union Contest for Young Scientists, porté par la Commission européenne, qui convie des inventeurs d’Europe, des USA, de Chine et de Corée du Sud.

Des idées pour avancer

J’y ai remporté le troisième prix. En général, les gens trouvaient mon robot plutôt marrant, se disant souvent étonnés et intéressés par son moyen de locomotion un peu insolite. J’avais la chance d’être dans l’air du temps. Actuellement, beaucoup de scientifiques mènent des recherches sur les robots sphériques, qui constituent de plus en plus une option privilégiée dans certains domaines, dont l’exploration spatiale.

C’est d’ailleurs un milieu dans lequel je me verrais bien travailler plus tard. On peut même dire que ce robot a un peu décidé de mon avenir, car j’envisage de commencer un bachelor en microtechnique l’année prochaine. Je termine bientôt un stage en robotique dans une start-up locale et il me faut désormais décrocher un stage de cinq mois en usinage pour espérer intégrer le fameux bachelor. Pour y arriver, cette fois, l’imagination ne suffira pas, il faudra sans doute aussi un peu de chance.

Créé: 26.11.2019, 15h37

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