Olivier Glassey scrute la technologie pour cerner l’humain

PortraitLe sociologue et maître d'enseignement et de recherche à l'Université de Lausanne est depuis mercredi le nouveau directeur du Musée de la Main à Lausanne.

Olivier Glassey, ici dans le bâtiment Géopolis, sur le site universitaire de Dorigny, est le nouveau directeur du Musée de la Main à Lausanne.

Olivier Glassey, ici dans le bâtiment Géopolis, sur le site universitaire de Dorigny, est le nouveau directeur du Musée de la Main à Lausanne. Image: Olivier Allenspach

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Olivier Glassey croule sous les livres. Sur la table de son bureau, à l’Université de Lausanne, deux piles d’une hauteur audacieuse jouent à celle qui restera debout le plus longtemps. Mais le maître d’enseignement et de recherches à la Faculté des sciences politiques l’avoue, ça n’est rien par rapport aux ouvrages qui colonisent son appartement. Le sociologue spécialiste des nouvelles technologies confesse qu’il aime lire sur papier: «Je suis un digital migrant, pas un digital native.»

Entre papier et virtuel, il ne veut pas choisir. Pas plus qu’entre les multiples questions que suscite l’usage des nouvelles technologies. Même si cela tranche parfois dans le champ académique, où «l’on cherche de plus en plus de spécialistes». Ce curieux vient au contraire de coiffer une casquette supplémentaire en devenant dès mercredi le nouveau directeur du Musée de la main, à Lausanne. Ce qui l’a attiré à la barre de l’institution rejoint ce qui le titille dans la sphère académique: les liens entre science, technologie, société et culture.

Etudiant, il créait déjà des ponts entre technique et sciences humaines, à une époque où Internet n’en était qu’à ses balbutiements. «Ce qui m’intéresse, c’est de voir comment les gens utilisent les outils technologiques, comment ils se les réapproprient dans leur quotidien, inventent de nouvelles formes de sociabilité…» Après une licence universitaire en sociologie, il poursuit avec un doctorat à l’EPFL sur les communautés virtuelles. L’interdisciplinarité est chez lui une constante. Même si prendre ces domaines émergents pour objet d’étude n’avait rien d’évident au début. «Au long de mon cursus, j’ai eu la chance de rencontrer des gens bienveillants par rapport à ma curiosité sur ce monde numérique en train d’émerger. Mais, pendant un moment, j’ai dû faire vivre ces centres d’intérêt en plus de mes activités professionnelles.»

Il l’admet, aujourd’hui encore, recherches et intérêts personnels se rejoignent. Il travaille ainsi un peu tout le temps. «C’est d’ailleurs un peu ce que me reproche mon amie», sourit-il. Passionné de jeux vidéo, il en possède plusieurs centaines chez lui. «Ça m’intéresse de voir ce qu’ils disent sur la réalité. Ce n’est jamais neutre. Quelle vision du monde construisent-ils?» Et puis, «si on veut vraiment étudier ceux qui jouent, il faut parler leur langue». Il a aussi observé la manière dont la mémoire historique est reformulée par Internet, notamment la façon dont Google donne accès à l’information.

Autre passion à cheval entre technologie et société, la science-fiction. Pas pour les «histoires de vaisseaux spatiaux», mais parce que la discipline offre, en proposant une réalité alternative, l’occasion d’analyser le monde actuel. Il cite Philip K. Dick ou John Brunner, «de la SF de socio-anticipation». Ces affinités ne l’ont pas transformé en geek scotché à son smartphone: «J’aime le décalage, comme travailler dans un lieu public ou réfléchir au milieu de la foule. Le métro est propice pour ça. Quand j’avais un abonnement général, je prenais parfois le train pour corriger des copies.»

Ce goût du mélange des genres, il le tient de l’enfance. Après sept premières années passées en Valais, dans le petit village de Beuson, d’où viennent ses parents, la famille migre à Echandens, puis s’envole pour l’Afrique. «Mon père travaillait pour une société de boissons gazeuses et on a beaucoup déménagé.» Bénin, Togo, Côte d’Ivoire, le trio découvre l’Afrique de l’Ouest durant sept ans. «Le fait de changer constamment de culture, de pays, d’école m’a ouvert à des horizons très différents et a nourri un intérêt pour la sociologie et l’anthropologie.»

De retour en Suisse, la famille se pose à Morges, puis ses parents partent à Fribourg: «J’ai obtenu de continuer mes études dans le canton de Vaud. J’avais besoin de me fixer et de conserver les liens sociaux établis.» Plus tard, installé à Lausanne, il se prend à apprécier son côté petite ville: «A 25 ans, je trouvais extraordinaire de pouvoir sortir sans avoir rien prévu, en étant sûr de tomber sur quelqu’un que je connaissais.» Aujourd’hui, il goûte la vue sur le Léman depuis son balcon. Un besoin de proximité avec l’eau, lac ou océan, qu’il a gardé de l’Afrique. Plutôt que Lausannois, il se dit cependant Romand. Cultivant des amitiés tant à Genève qu’à Neuchâtel, il se sent aussi très attaché au Valais: «C’est un sentiment d’appartenance un peu incompréhensible. Ça représente la famille, les racines.»

Amateur de voyages, il n’a jamais voulu retourner en Afrique pour faire du tourisme: «J’ai enseigné là-bas, ainsi qu’en Inde. Le rapport aux gens n’est pas le même que si l’on y va pour des vacances.» Encore et toujours cette curiosité de sociologue… (24 heures)

Créé: 01.07.2015, 09h37

Carte d’identité

Né le 22 août 1967 à Beuson (Nendaz).


Quatre dates importantes


1975 En mars, départ pour l’Afrique. La famille y reste sept ans.
1987 En août, premier «vrai ordinateur», un Commodore 64, et naissance d’une passion pour le numérique qui se transformera en une profession.
1989 En septembre, décès du père et installation à Lausanne.
2005 En août, doctorat ès sciences à l’EPFL sur les communautés virtuelles, une thèse «exotique» à l’époque.

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