Aysha van de Paer veut former les femmes à investir sans rougir

TrajectoireLa Suissesse est l’une des femmes inspirantes invitée par TEDXLausanneWomen.

Aysha van de Paer a perdu son mari en 2017. Depuis cet accident, elle a totalement changé de carrière.JEAN-PAUL GUINNARD

Aysha van de Paer a perdu son mari en 2017. Depuis cet accident, elle a totalement changé de carrière.JEAN-PAUL GUINNARD Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Dans les yeux bleus d’Aysha van de Paer se lisent l’intensité, la détermination et l’émotion. Une forme d’assurance aussi, construite dans l’épreuve mais nourrie des défis à venir que la jeune femme de 38 ans présentera jeudi 5 décembre devant le millier d’invités attendus à la conférence TEDXLausanneWomen organisée au SwissTech Convention Center de l’EPFL. À ses côtés, plusieurs conférencières témoigneront de projets personnels qui ont changé leur vie.

«Nous, les femmes, sommes plus exposées à des risques financiers qui nous échappent»

Depuis le 1er octobre, la Fribourgeoise d’origine est une entrepreneuse à 100% depuis qu’elle a quitté son poste de cadre au sein d’une grande banque suisse à Zurich. Pour se consacrer à ce qui est devenu sa «mission»: créer un blog et une plateforme d’échange et de formations destinées aux femmes afin de les encourager à se lancer dans l’investissement et renforcer leur autonomie financière. «Nous, les femmes, sommes plus exposées à des risques financiers qui nous échappent. Jamais je n’avais imaginé que cela pourrait m’impacter alors que j’étais persuadée d’avoir fait tout juste», constate-t-elle sans se plaindre. Le décès soudain de son mari dans un accident de la route en 2017 a fait voler en éclats certaines certitudes et bousculé le cours d’une vie qui jusque-là, du moins sur le papier, affichait tous les signes de réussite sociale, professionnelle et personnelle.

En évoquant son parcours, Aysha van de Paer ne gomme ni les difficultés rencontrées ni ses origines sociales privilégiées. Au-delà de son propre cas, elle pense que son histoire peut interpeller toutes celles qui, après un divorce et des années de travail à temps partiel pour s’occuper de leurs enfants, n’ont droit qu’à des rentes réduites, les plongeant, sans qu’elles s’en rendent forcément compte, dans des situations financières précaires.

Retour en arrière. Aysha Cantin, de son nom de jeune fille – ses parents sont tombés sous le charme de son prénom en regardant le film «Angélique et le Sultan» – rêvait déjà adolescente d’élargir son horizon au-delà de son village de Saint-Aubin, dans la Broye fribourgeoise. Petite-fille d’agriculteur, cette aînée de quatre filles, toutes éduquées à être indépendantes, a toujours admiré le parcours de son père, industriel établi à Domdidier qui «a commencé de rien» et a réussi à diriger une entreprise florissante d’une centaine d’employés, qu’il a revendue depuis.

Vie d’expatriés

Sa maturité en poche, elle choisit l’École hôtelière de Lausanne en section anglophone. Cette formation «a changé ma vie», avoue-t-elle encore émue. Baignée dans un univers international, elle devient bilingue, rencontre celui qui deviendra son mari, Karl van de Paer d’origine belge, et choisit des stages à l’autre bout du monde. «Quand j’ai annoncé à ma grand-mère que je partais travailler à Dubaï, elle pensait que je n’allais plus jamais rentrer», rigole-t-elle. Elle y retournera pour son premier emploi, un poste qui l’oriente dans la gestion de projets immobiliers. Alors qu’elle devait rejoindre son fiancé à Londres pour s’y établir, ce dernier décroche un poste dans un prestigieux cabinet de conseil à Amsterdam. Aysha van de Paer le suit et trouve, elle aussi, une place de cadre dans un fonds d’investissement immobilier. «De belles années», chacun voyage beaucoup et progresse dans sa carrière respective. Puis le couple migre à New York, où Karl van de Paer obtient une place pour un MBA. Sa compagne accepte à nouveau ce départ et doit se battre bec et ongles, dans un secteur d’activité très concurrentiel, pour décrocher un nouveau poste et évoluer dans un milieu à la mentalité patriarcale.

En 2011, le couple se marie à Lausanne, où ils s’étaient rencontrés, avant de retourner dans la Grande Pomme. Enceinte de leur premier fils, Aysha van de Paer est malade pendant une grande partie de sa grossesse et la pression professionnelle est telle qu’elle décide de démissionner. «Je n’avais jamais eu l’intention d’arrêter ma carrière, même en ayant des enfants. L’ambition n’est pas un vilain mot. Elle a nourri mes projets et m’a épanouie. Mon mari et moi étions dans la même dynamique.» Avec la naissance de leur fils, l’envie de se rapprocher de la famille suisse grandit et ils déménagent à Zurich, où ils travaillent à nouveau tous les deux à 100% dans des postes à responsabilités. Même si le couple est sur un pied d’égalité, la charge familiale retombe malgré tout sur ses épaules à elle. «Nous gagnions beaucoup mais nous dépensions aussi beaucoup trop, les voyages, les restaurants, etc. Je trouvais que mon mari jetait l’argent par les fenêtres sans penser à l’avenir. J’insistais aussi pour qu’il y ait au moins l’un de nous chaque soir pour coucher notre fils. Cela créait beaucoup de tensions entre lui et moi.»

Jusqu’au jour de l’accident où Karl van de Paer, sous l’emprise de l’alcool, se tue à scooter. Elle est enceinte de 7 mois de leur deuxième fils. «Le plus dur à gérer? Le fait que mes enfants allaient grandir sans leur père.» Très rapidement, elle doit déjà faire face à des questions matérielles auxquelles elle ne pensait jamais être confrontée. «Il m’a fallu deux ans pour tout régler et ce n’est pas terminé.» Comme le couple s’est expatrié de nombreuses années, son mari n’a presque pas cotisé en Suisse. Elle doit demander des rentes de veuve dans les pays étrangers qui, eux, estiment qu’elle gagne suffisamment bien sa vie avec un salaire suisse. Les sommes finalement obtenues ont été diminuées de moitié, parce que son mari avait consommé de l’alcool avant de prendre la route. «Après l’accident, j’ai vraiment compris qu’on n’était jamais préparé à ce qui pouvait arriver. J’ai pris les choses au sérieux et décidé de partager mes connaissances pour développer des stratégies d’investissement sur le long terme, même avec des petits montants. Mon principal conseil est de commencer tôt, quand tout va bien.»

www.investlikeaysha.com

Créé: 30.11.2019, 17h41

En dates

1981 Naissance d’Aysha van de Paer. Elle grandit dans le village de Saint-Aubin (FR).

2002 Elle entre à l’École hôtelière de Lausanne. Début d’une carrière à l’étranger.

2011 Mariage avec Karl van de Paer à Lausanne où le couple s’était rencontré.

2017 Décès de son mari Karl van de Paer dans un accident de scooter à Zurich.

2019 Quitte son poste de cadre dans une banque pour lancer sa plateforme de formation.

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