«C’est l’été et je déprime!»

FEMINAPlus rare qu'en hiver, la dépression saisonnière estivale est pourtant une réalité. Mais pourquoi cette mélancolie?

Côté comportement, le déprimé estival se montre plutôt anxieux, irritable… bref, un peu plus agité qu’à l’accoutumée. Il tend à dormir moins, voire à souffrir d’insomnies, et perd souvent du poids. «Des symptômes inversés par rapport à ceux du coup de mou hivernal qui, lui, ralentit l’activité, fait passer plus de temps au lit et augmente l’appétit», précise Sylfa Fassassi.

Côté comportement, le déprimé estival se montre plutôt anxieux, irritable… bref, un peu plus agité qu’à l’accoutumée. Il tend à dormir moins, voire à souffrir d’insomnies, et perd souvent du poids. «Des symptômes inversés par rapport à ceux du coup de mou hivernal qui, lui, ralentit l’activité, fait passer plus de temps au lit et augmente l’appétit», précise Sylfa Fassassi. Image: Getty

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Pour tout être humain qui sort des ténèbres de l’hiver (c’est-à-dire généralement fatigué chronique et en léger surpoids), les beaux jours sont soudain synonymes d’énergie, d’allégresse et d’ouverture au monde. Pour tout être humain, vraiment? Rien n’est moins sûr, car une petite proportion voit l’arrivée de l’été comme le début du cauchemar. Ceux-là ne souhaitent qu’une chose: que l’automne revienne. Ces estivants malgré eux, pris en otage dans une saison qu’ils abhorrent, seraient victimes de dépression saisonnière estivale.

Peu de recherches

Alors que certains voient leur moral attaqué par le début de l’hiver et sa baisse de luminosité, d’autres seraient en effet affectés par le débarquement des jours qui rallongent et les températures clémentes. «C’est certes peu fréquent et encore mal expliqué, mais cela existe», confirme Sylfa Fassassi, médecin cadre au service de psychiatrie générale au CHUV.

Chez les personnes vulnérables aux changements saisonniers, une minorité ressent une intensification des symptômes dépressifs à la fin du printemps. Ce trouble, du fait de son caractère atypique, est probablement sous-diagnostiqué.

Il n’existe ainsi pas encore de chiffres récents officiels décrivant la prévalence de cette dépression d’été, mais selon des travaux menés par l’Université américaine de Georgetown au tournant des années 80 et 90, environ 1% des individus – dont une majorité de femmes – seraient touchés, contre près de 5% pour la dépression hivernale. Côté comportement, le déprimé estival se montre plutôt anxieux, irritable… bref, un peu plus agité qu’à l’accoutumée. Il tend à dormir moins, voire à souffrir d’insomnies, et perd souvent du poids.

Des symptômes inversés par rapport à ceux du coup de mou hivernal qui, lui, «ralentit l’activité, fait passer plus de temps au lit et augmente l’appétit», précise Sylfa Fassassi.

Des raisons d’être tristes

La fameuse dépression saisonnière hivernale, aussi baptisée trouble affectif saisonnier, est, elle, bien connue depuis une trentaine d’années. La diminution progressive de l’ensoleillement, conjuguée à la hausse du temps passé confiné à l’intérieur, participe à la perturbation du système hormonal et du rythme circadien, impactant alors le psychisme.

Un traitement de luminothérapie améliore la plupart du temps la qualité de vie des déprimés de l’hiver. En revanche, les mécanismes conduisant à souffrir de l’arrivée de l’été sont beaucoup plus obscurs, même pour les spécialistes des troubles de l’humeur.

Bien sûr, l’arrivée plus tardive de la nuit peut elle aussi perturber l’horloge biologique et avoir une influence. Mais une partie de la réponse se trouve peut-être dans la dimension festive culturellement associée à l’été.

Certains patients de nature mélancolique semblent aller mieux l’hiver», relève Martin Preisig, professeur associé au Centre d’épidémiologie psychiatrique et de psychopathologie du CHUV. Ils me racontent qu’avec la pluie et les jours qui raccourcissent, ils ont une raison d’être tristes, tandis qu’en voyant les gens s’amuser et sortir en été, ils se sentent moins en phase.

Sauf que cette part des personnes atteintes de dépressions chroniques et qui craignent l’effet miroir de l’été ne représente pas l’entier des phobiques de la belle saison. «En réalité, je crois surtout que ces termes de dépression hivernale ou estivale sont assez forts et souvent inadaptés aux situations décrites», analyse Martin Preisig. «Dans une majorité de cas, il faudrait plutôt parler de blues saisonnier, découlant de facteurs purement environnementaux. Par exemple, les gens qui sont seuls dans la vie peuvent ressentir davantage leur solitude lorsque les grandes vacances arrivent.»

Pas étonnant, d’ailleurs, que sur les forums évoquant le sujet, beaucoup de commentaires soient le fait de célibataires, séparés ou veufs. La période estivale passe en effet pour un vide social angoissant qu’il faut combler comme on peut. Impressions renforcées par des centres-villes qui se transforment en désert où les commerces sont fermés. L’été est, en quelque sorte, un dimanche à grande échelle pour ceux qui sont déjà, à la base, peu friands des parenthèses dominicales.

Chaleur et allergies

Toujours dans le registre du contraste, les corps qui se dénudent seraient aussi source de sentiments négatifs, confirme Martin Preisig: «Les individus peu à l’aise avec leur physique osent moins adopter des tenues légères. La comparaison avec d’autres, qu’ils jugent plus jolis, leur inspire de la honte, car ils croient que leur corps n’est, lui, pas montrable.» Les fortes chaleurs sont en outre mal vécues par une partie de la population. Un mercure qui peine à descendre durant la nuit contribue aux insomnies, ce qui peut générer «de l’irritabilité», dixit Sylfa Fassassi.

Sans oublier les problèmes d’allergies aux pollens, cadeau infernal des beaux jours. Injonction à socialiser + body-shaming + chaleurs + crises d’allergies, on commence peut-être à mieux cerner l’origine, manifestement multifactorielle, de cette atypique dépression estivale.

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(Femina)

Créé: 13.06.2018, 10h05

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