«Je comprends que l’islam suscite de la méfiance, c’est dommage»

ReligionSandrine Ruiz, la nouvelle présidente des musulmans vaudois, prône la transparence. Et le dialogue.

Sandrine Ruiz a été élue le 26 mars à la présidence de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM).

Sandrine Ruiz a été élue le 26 mars à la présidence de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM). Image: Philippe Maeder

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«N’ayez pas peur!» Cette phrase pourrait résumer le message de Sandrine Ruiz. Élue en mars présidente de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM), cette Française d’origine, diplômée en développement, mère de trois enfants, établie depuis vingt ans dans le canton, arrive à un moment crucial. Le processus de reconnaissance de la communauté musulmane va démarrer cette année.

Vous vous êtes convertie à l’islam, comme votre prédécesseur à ce poste. Le fait d’avoir volontairement embrassé cette religion vous permet-il de mieux la défendre?
Non, ce n’était pas un critère de choix lors de mon élection. Cela aurait pu être un musulman de naissance. Certains ont des compétences réelles pour un tel poste et auraient eu tout à fait le profil. Mais comme j’étais déjà vice-présidente de l’UVAM, cela a clairement joué en faveur de mon élection.

Vous êtes la première femme à présider une faîtière d’associations musulmanes. Une victoire?
Pour moi, c’est normal. Il me paraît évident qu’une femme puisse accéder à cette position. Cela n’a pas posé de question ni de problème. Le large soutien que j’ai reçu lors de mon élection le prouve.

L’islam suscite de la crainte dans une partie de la population. Comment voyez-vous la situation dans dix ans?
Je vais présider l’UVAM pendant trois ans, après on verra… Mais dans dix ans, j’espère que la communauté aura obtenu sa reconnaissance officielle par le Canton de Vaud. Nous avons déposé le dossier et nous devons encore signer une déclaration liminaire. Le processus peut effectivement prendre entre huit et dix ans. Je trouve très belle cette possibilité de reconnaissance, le fait d’accepter la pluralité religieuse. J’espère aussi que les musulmans seront vus différemment par l’ensemble de la société.

De ce point de vue, il y a encore de la marge…
Oui. L’islam suscite de la méfiance. Il y a toujours eu des préjugés. Et les attentats, les radicalisations et beaucoup de situations complexes à l’étranger, rapportées par les médias, renforcent ces préjugés. Je peux le comprendre, mais c’est dommage. Cela ne correspond en rien à l’islam que nous connaissons. L’UVAM a une grande volonté de transparence. Nous sommes engagés dans le dialogue interreligieux depuis 2004. Nous invitons nos associations à renforcer les liens avec les autorités et à inviter la population. Venez visiter nos centres, venez rencontrer, venez échanger… Vous y verrez des gens bien dans ce canton et respectueux des lois suisses.

La reconnaissance officielle par le Canton vous imposera des exigences, telle que la transparence financière. Êtes-vous prêts?
Absolument. Et ce sera le cas pour nos 18 associations membres. Si certaines ont des difficultés administratives, l’UVAM se charge de les accompagner. En parlant de finances, nous fonctionnons beaucoup sur le bénévolat. Les imams sont souvent appelés pour de l’accompagnement dans les prisons et les hôpitaux. Ils sont défrayés par certaines prisons, mais la plupart du temps non. La reconnaissance permettrait d’octroyer un mandat et de rémunérer ce travail.

Certaines Églises évangéliques ont hésité à demander leur reconnaissance, car celle-ci impose de combattre toute discrimination basée sur l’orientation sexuelle. Cela peut-il être un problème pour l’islam?
Absolument pas. J’aimerais rappeler que l’État ne reconnaît aucune religion, mais des communautés religieuses. La majorité des religions prône des valeurs morales qui ne sont pas forcément celles de la société, mais cela ne veut pas dire qu’elles ont un comportement discriminatoire. Les statuts de l’UVAM ne contiennent rien de religieux et excluent toute discrimination. Ils respectent parfaitement l’ordre juridique suisse.

Êtes-vous en faveur d’une filière de formation des imams?
Oui. La question doit se poser et l’UVAM estime nécessaire une telle formation. En attendant, le processus de reconnaissance nous imposera des mises à niveau pour les imams, afin que tous parlent parfaitement le français. C’est aussi ce qui est exigé pour les prêtres anglicans.

Y aura-t-il un jour un islam à la vaudoise?
Je ne le dirais pas comme ça, mais les musulmans seront mieux reconnus et le respect mutuel sera encore plus grand. Nous pouvons déjà pratiquer notre religion dans le cadre juridique suisse. Il y a dans ce pays une volonté de dialoguer, de trouver des solutions qui m’émeut toujours. Et il y a un climat particulier dans le canton de Vaud. La votation sur les minarets a été refusée par les Vaudois en 2009. Le dialogue entre l’État de Vaud et les communautés religieuses est vraiment un modèle. (24 heures)

Créé: 11.05.2018, 10h35

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