Daddyblues: quand la naissance fait déprimer papa

SantéComme les mères, les pères peuvent sombrer quand l’enfant paraît. Ne pas hésiter à consulter.

Comme les mères, les pères peuvent aussi être déprimés par la naissance de leur enfant. Ils l’exprimeront plutôt par de l’irritation, de la colère, de l’impatience et parfois de la violence, morale ou physique.

Comme les mères, les pères peuvent aussi être déprimés par la naissance de leur enfant. Ils l’exprimeront plutôt par de l’irritation, de la colère, de l’impatience et parfois de la violence, morale ou physique. Image: JOHNER IMAGES

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Tout le monde le sait. L’arrivée d’un enfant catapulte ses parents dans un bonheur sans nuages. La résurgence d’un passé compliqué, l’épuisement physique, l’impression de perdre pied: rien ne vient obscurcir cette image d’Epinal. Vraiment? Si la société tient dur comme fer à ces injonctions simplistes, la réalité est plus nuancée. Bien des parents ressentent une ambivalence à la naissance de leur enfant. La joie se mêle de sentiments plus sombres. Et parfois, ces derniers prennent le dessus. La dépression post-partum, qui touche une mère sur huit, nous rappelle que la naissance peut provoquer un cataclysme psychique. C’est moins connu, mais il en va de même pour les papas: on estime que 10 à 11% d’entre eux traversent une dépression dans l’année qui suit la naissance d’un enfant. Le mal-être paternel s’exprime différemment, mais ses effets sont également dévastateurs sur la famille et l’enfant. D’où l’intérêt d’une détection et de soins précoces.

Une tristesse masquée

«On parle beaucoup moins de la dépression des pères. Mais il faut tirer la sonnette d’alarme», estime la pédopsychiatre Nathalie Nanzer, médecin responsable de la Guidance infantile des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Le phénomène passe plus inaperçu car les papas se manifestent et consultent beaucoup moins. Chez eux, la dépression avance masquée. A la différence des mères, qui expriment plus facilement leurs émotions, les hommes ont plutôt tendance à exprimer leur mal-être par de l’irritation, de la colère, de l’impatience, parfois de la violence, morale ou physique. Face à une mère qui consacre une immense énergie au bébé, le père ne sait pas toujours comment trouver sa place. Parfois, il se met à travailler davantage ou monte sa propre entreprise, parfois il s’investit dans une nouvelle activité. Ce comportement de fuite peut l’amener à sortir plus souvent de la maison, à s’alcooliser. Il peut ressentir des troubles très forts: des phobies, une impossibilité de dormir, des ruminations, des préoccupations constantes. «C’est une période pendant laquelle les hommes sont également plus volontiers infidèles», note le médecin.

Dans un tel tableau, difficile de débusquer une dépression, tant la tristesse se dissimule derrière un comportement plutôt anxieux et agressif. «Mais on finit par la trouver, en consultation. On découvre également de la culpabilité et, plus encore, de la honte. Les hommes ne s’accordent pas le droit de se sentir fragiles à ce moment de leur vie, ils imaginent qu’ils devraient au contraire affirmer leur force et une capacité de protection.» S’il n’est pas repéré, le malaise peut s’installer et perdurer.

Effets néfastes pour l’enfant

«Si certaines dépressions guérissent spontanément, d’autres deviennent chroniques, prévient Nathalie Nanzer. On les diagnostique tard, quand les parents finissent par consulter la guidance infantile, avec leur enfant de 4 ou 5 ans. On entend des hommes en grosse dépression dire seulement: «Je ne suis plus le même depuis que j’ai eu un enfant». Ils rencontrent de sérieux problèmes de couple et parfois divorcent. Mais ils estiment que ces difficultés sont liées à la vie avec un enfant, que c’est normal. La plupart des parents qui vont mal ne se rendent pas compte du tout qu’ils sont déprimés. Ils ont honte d’aller chercher de l’aide. Pourtant, il ne faudrait pas hésiter: une dépression, ça se soigne!» encourage la psychiatre.

Et c’est important, car ces dépressions parentales peuvent avoir des effets néfastes sur les enfants. Il arrive que ces derniers, en réaction, développent des symptômes assez importants. «Chez les bébés, des pleurs fréquents, des coliques, des troubles alimentaires et du sommeil. Plus tard, des troubles du comportement et des problèmes d’apprentissage à l’école peuvent surgir, met en garde Nathalie Nanzer. Et dans le pire des cas, chez les petits ayant manqué de stimulation, de gros troubles du développement apparaissent.»


«Quand je me suis réveillé, notre fils avait 2 ans»


Deux pères ont accepté de raconter leur expérience. Le premier a 45 ans. Marié et père de deux fils, âgés de 10 et 13 ans, il raconte: «La première grossesse de ma femme a renforcé mon côté individualiste. Je redevenais adolescent, je sortais en soirée, je rentrais de plus en plus tard, puis plus du tout. J’ai commencé à trop boire, à prendre des drogues festives qui ont fini par ne plus l’être. Je m’affirmais à l’envers en mettant mon couple en péril. Je n’étais pas prêt pour la naissance et je suis passé à travers. Ma femme assumait tout, je n’assumais rien. J’ai senti de plus en plus fort le rejet familial s’installer. Les pleurs de notre enfant étaient, j’en étais persuadé, dirigés contre moi. J’étais incapable d’y répondre. J’ai fini à l’hôtel, puis à l’hôpital, après une mauvaise chute, ivre sur la voie publique. Dans l’intervalle, j’avais démoli notre voiture. Quand je me suis réveillé, notre fils avait 2 ans.»

Le deuxième père a 50 ans et trois enfants, âgés de 14, 18 et 20 ans. «La vision du corps de ma femme enceinte m’a perturbé à partir du 6e mois. Je vivais l’enfant qu’elle attendait comme une présence étrangère, une menace, mais aussi comme un être à qui je ne voulais pas faire de mal. Ma femme a commencé à se douter du problème quand je me suis retiré des caresses intimes que nous échangions. J’ai fini par lui avouer que j’avais peur de blesser notre enfant lorsque nous faisions l’amour. Une manière un peu paradoxale de ne pas accepter la présence d’un tiers dans notre intimité, de le vivre comme un intrus, un rival. Cette première grossesse, c’était comme si ma femme me trompait avec un autre. C’est un peu tordu, mais je n’étais pas bien. Je me masturbais en cachette, j’avais honte. J’ai trois enfants. Les choses se sont mieux déroulées pour le deuxième et le troisième. J’ignore si j’étais en dépression. Je n’ai jamais consulté.» S.D. (24 heures)

Créé: 11.11.2018, 08h13

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Pourquoi ce mal-être?

Pourquoi la naissance d’un bébé plonge-t-elle certains parents dans le plus grand désarroi? «Le cliché selon lequel on ne pourrait qu’être heureux a la vie dure. En réalité, l’arrivée d’un enfant bouleverse l’identité, explique la pédopsychiatre Nathalie Nanzer. Le jeune parent change de génération et se voit confier une immense responsabilité.

Beaucoup de questions se posent à ce moment-là. Quel type de parent serai-je? Serai-je différent de mes propres parents? Cela sera-t-il possible? Ces questions, qui ne se posent pas toujours de manière consciente, sont très fortes inconsciemment et sèment la pagaille dans les émotions. Quand ces émotions deviennent trop déstabilisantes, il faudrait pouvoir en parler, avant ou après la naissance.»

Parmi les facteurs de risque, on peut citer le milieu social – les difficultés financières ajoutent au stress – une dépression passée, une enfance difficile, un deuil récent, ou encore le fait que la maman soit elle-même déprimée.

Peu formés, beaucoup de professionnels de la santé réagissent en donnant des médicaments. Or, dans la grande majorité des cas, ce type de dépression se soigne avec la psychothérapie», indique la psychiatre. Cette période est d’ailleurs propice à un travail efficace.

«En temps normal, on a tendance à refouler les choses difficiles, à mettre en place des mécanismes de défense, à agir comme si les douleurs n’existaient pas. Au moment de la naissance, ces mécanismes sont abaissés, on est plus à fleur de peau, ce qui facilite l’accès aux émotions et à tout ce qui a pu être conflictuel dans le passé.» C’est vrai chez les mères. On peut imaginer qu’il en va de même pour les pères.

A Genève, les choses bougent… un peu. «Beaucoup de sages-femmes nous adressent des parents, les gynécologues, les pédiatres et les médecins traitants le font aussi. Mais le problème n’est pas suffisamment connu. Seules 20% des dépressions maternelles sont traitées, le taux descend probablement à 3 ou 4% chez les hommes.

Durant la grossesse, tout le monde s’intéresse au ventre de la maman - et très peu à son équilibre psychique. Quant aux pères, personne ne leur demande comment ils vont.»

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