Esther et son chien Chhay recherchent les personnes disparues

FEMINADepuis toute petite, Esther a cette «envie de sauver». Aujourd’hui, grâce au flair de son chien, elle aide à retrouver ceux qui disparaissent. Témoignage.

La plus belle chose qui peut arriver, c’est quand un proche de la personne disparue peut la serrer dans ses bras ou quand elle apprend simplement que l’autre a été retrouvé et qu’il est en sécurité. Cette lueur dans les yeux des gens, ça n’a pas de prix et cela me motive à continuer.

La plus belle chose qui peut arriver, c’est quand un proche de la personne disparue peut la serrer dans ses bras ou quand elle apprend simplement que l’autre a été retrouvé et qu’il est en sécurité. Cette lueur dans les yeux des gens, ça n’a pas de prix et cela me motive à continuer. Image: Zoé Jubin

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J’ai toujours vécu entourée d’animaux. Mon père a eu des bergers allemands, par exemple. Toutefois, quand nous avons déménagé, ça n’a plus été possible. Je me rappelle encore ma tristesse, petite, de ne pas avoir de chien autour de moi.

J’ai grandi, j’ai commencé à travailler. Pour moi, c’était clair qu’en ayant un emploi à 100%, il était exclu d’avoir un chien, car il faut du temps pour s’en occuper. Tout a commencé à mes 30 ans. Une amie avait une femelle labrador qui attendait des petits. Je lui ai dit: «S’il y a dans la portée un mâle jaune, il est pour moi», parce que c’était mon rêve depuis toute petite.

C’est comme ça que Ben est arrivé. Un bébé gentil, au grand cœur, très volontaire. Il a vite pris du poids et je me suis retrouvée avec un chien de 38 kilos! A un moment, je me suis demandé ce que je voulais faire avec lui, quelque chose d’utile, si possible.

C’est alors que je suis allée voir une démonstration de REDOG, la société suisse des chiens de recherche et sauvetage, à Villeneuve (VD). La complicité entre le maître et son chien, l’obéissance, l’aide que l’animal peut apporter à des gens qui en ont besoin, ça m’a tout de suite conquise. Je suis allée demander aux organisateurs quels critères le chien devait remplir. C’était clair, il devait être obéissant – ça, pas de problème pour Ben – et il devait savoir aboyer, car il devrait éventuellement appeler son maître. Problème, Ben n’avait jamais aboyé de sa vie! Je me suis dépêchée de rentrer à la maison, j’ai pris son jouet préféré et l’ai agité devant lui en faisant un drôle de bruit. Là – miracle – il a lancé un grand aboiement. Tout était OK!

J’ai commencé les activités avec Ben après avoir reçu l’accord de mon mari. C’était nécessaire, parce qu’entre la formation et les interventions, on est souvent absent. En plus, à cette époque, nos enfants étaient encore en bas âge! Quand mon chien a passé son premier test d’engagement, je lui ai encore demandé s’il était vraiment décidé, prêt à garder les enfants les week-ends… il m’a dit oui.

Ben, Chhay et les autres
Quand j’y réfléchis, cette envie de sauver, je l’avais déjà toute petite. Au grand dam de mes parents. je ramenais à la maison tout ce que je trouvais, des escargots sur la route jusqu’à un petit lapin blessé… ensuite, adolescente, j’ai voulu sauver des gens qui étaient un peu perdus dans la vie… plus tard, cette envie est revenue avec le chien.

Concrètement, nos actions sont doubles. Nos équipages maître et chien peuvent être mobilisés pour différentes raisons. Certains chiens sont entraînés à retrouver des gens sous des décombres, après un tremblement de terre, une explosion due au gaz ou un éboulement, comme ce fut le cas à Bondo, dans les Grisons. D’autres sont spécialisés dans la recherche de gens perdus dans la nature, souvent des personnes âgées. Notre groupe a une excellente collaboration, depuis près de 40 ans, avec la protection civile du canton de Vaud. La police peut nous appeler et chaque habitant peut nous contacter en direct si besoin. Par exemple, si votre grand-père disparaît durant un week-end en montagne, vous pouvez nous appeler. Si la disparition a lieu en pleine ville, c’est différent. Là, c’est la police qui a des chiens spécialisés dans le man trailer, la recherche d’une personne précise parmi d’autres, grâce à son odeur.

Mes chiens – au fil des ans, j’en ai eu plusieurs, de Ben à Chhay aujourd’hui, en passant par Sammy et Hisham – sont surtout des pros dans la recherche de disparus. Je me rappelle notamment d’une intervention pas loin d’ici, à Saint-Prex (VD). Une ancienne maison en rénovation s’était écroulée pendant les travaux. Comme beaucoup de gamins jouaient autour durant cette période, le propriétaire voulait s’assurer qu’il n’y avait personne dessous. Ce qui a été heureusement le cas.

A Bâle, une autre équipe régionale de REDOG est intervenue pour les mêmes raisons après l’explosion d’une maison. Le nombre d’interventions est vraiment fluctuant. J’en ai eu une grosse dizaine au total, mais nous sommes de piquet 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Au fil des années, j’ai vécu de très belles émotions et des moments un peu moins jolis aussi, je dois l’avouer.

Cette lueur dans les yeux des proches
La plus belle chose qui peut arriver, c’est quand un proche de la personne disparue peut la serrer dans ses bras ou quand elle apprend simplement que l’autre a été retrouvé et qu’il est en sécurité. Cette lueur dans les yeux des gens, ça n’a pas de prix et cela me motive à continuer.

Il y a aussi, bien sûr, des interventions qui se terminent moins bien, quand la personne que l’on recherche est retrouvée morte. Toutefois, là encore, il est important pour la famille de retrouver le corps afin de faire proprement son deuil, c’est un aspect à ne pas négliger.

C’est arrivé une fois, à Saignelégier (JU). Oh, ce n’est pas de la haute montagne, d’accord, mais un monsieur avait décidé de s’en aller, il avait laissé une lettre derrière lui. On l’a retrouvé 5 jours plus tard.

Quand on retrouve quelqu’un, j’ai remarqué que des détails s’inscrivent dans notre mémoire, quelque chose qui nous marque particulièrement. Là, c’étaient ses chaussures. Je me rappelle m’être dit: «Il n’a pas mis les bonnes chaussures pour aller marcher.»

Franchement, quand on ne fait plus d’interventions pendant un moment, on s’interroge sur sa légitimité. Pourquoi passer tant de temps à s’entraîner, à entraîner son chien, à marcher dans des décombres, en forêt ou en montagne? On arrive parfois aux limites de notre physique et il est parfois difficile de rester motivé, d’autant plus que notre vie sociale en souffre aussi. Et puis, il suffit d’une intervention, d’un succès, et c’est tout le dynamisme et l’énergie qui reviennent, qui donnent un sens à nos entraînements, chaque semaine. Ma passion? Elle est toujours intacte.

Vous connaissez une personne dont l’expérience de vie pourrait enrichir cette rubrique? Ecrivez à: redaction@femina.ch

Créé: 19.08.2019, 10h57

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