Des étincelles pour aider à reconstruire le Népal

5/6 FIFADCatherine Barras et André Egger, huit ans de vie au Népal, souffrent de leur impuissance après le séisme d'avril qui a dévasté le pays cher à leurs coeurs: "L'ennemi, c'est l'oubli".

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Des drapeaux de prière tibétains flottant au vent signalent la maison de Catherine Barras et André Egger au centre du village du Lieu, à la vallée de Joux. Comme tant d’amis suisses du Népal, ils ne voudraient pas rester impuissants après le tremblement de terre qui a dévasté le pays.

Leur longue expérience au Népal leur a appris la patience et l’humilité. «Quand l’urgence sera passée, le travail de reconstruction pourra commencer. Ce sera très long. L’ennemi, c’est l’oubli», murmure André.

Pour ne pas oublier le Népal quatre mois après le séisme du 25 avril dernier, le directeur du Festival international du film alpin des Diablerets (FIFAD), Jean-Philippe Rapp, consacre au royaume himalayen un après-midi spécial ce vendredi*. Plusieurs orateurs tireront un état des lieux des actions humanitaires en cours. Parmi les témoins invités, Catherine Barras dira ses espoirs mais aussi ses craintes.

Aider le Népal à se reconstruire: la tâche est écrasante. Catherine et André ont une idée de certains écueils à éviter. Le couple a vécu huit ans au Népal, de 1994 à 2002. Les deux Suisses ont appris la langue du pays, ils ont apprivoisé les différences culturelles pour accéder à l’intimité des familles népalaises; ils ont exploré les vallées les plus reculées que les touristes ne visitent jamais; ils ont traversé les villages les plus pauvres.

Amoureux des montagnes, André et Catherine ne se sont pas contentés d’arpenter les sentiers de trekking. Ils ont ouvert leurs yeux, ont beaucoup reçu et donné à leur tour. A la famille de Gana par exemple, à laquelle ils ont tendu la main.

La lèpre et l’exclusion

C’était au retour d’un trek dans les collines du district de Ramechhap. Leur porteur souhaitait passer la nuit chez sa sœur, au village de Betali. André et Catherine y rencontrent Gana. Le père de famille est malade. Il a eu la lèpre, a perdu l’usage de ses deux jambes et vit avec son épouse et ses quatre enfants dans une misère choquante. C’est une famille d’intouchables, les plus pauvres des pauvres. «Au village tout le monde connaissait la maladie de Gana, mais, par peur qu’il soit contagieux, la famille était tenue à l’écart», explique Catherine.

Un business solidaire

André et Catherine promettent leur aide à ce père qui souffre de ne plus pouvoir assurer l’entretien du ménage. Mais pas en donnant de l’argent, «un piège», selon le couple. Les Suisses lui proposent de reconstruire sa maison en ruine. Un contrat est passé avec Gana. Il fabriquera des dokos, ces paniers multi-usages omniprésents au Népal, et eux les écouleront en Suisse.

La recette de ce business solidaire sera investie dans l’achat de matériaux. Deux tonnes de poutres, planches, tôle et ciment seront acheminées à Betali. Le couple désamorce les peurs des villageois à l’égard de Gana. Ils seront mobilisés pour acheminer le matériel et aider au chantier. Leur travail sera rémunéré. La maison, plus belle et plus solide, a redonné un élan à la famille. Le malade a retrouvé sa dignité, il a gagné le respect du village.

L’exemple qui fait tache d’huile

Dix ans plus tard, en 2012, Catherine et André ont repassé à Betali à l’improviste. Ils ont eu la surprise de découvrir la maison en parfait état: entretenue, propre et même améliorée. Gana a retrouvé son rôle de sorcier consulté et respecté – il connaît les vertus thérapeutiques des plantes et il est formé aux rites de sorcellerie dont sont friands les Népalais, très religieux et superstitieux.

Des villageois ont à leur tour remplacé leur toit de chaume, vulnérable, par un toit de tôle, efficace contre la pluie et durable. «L’exemple les a convaincus, rien ne leur a été imposé, constate André. C’est une condition pour un partenariat fécond.»

Aux dernières nouvelles – elles sont lacunaires – le séisme du 25 avril n’a pas détruit la maison de Gana. André et Catherine se rendront au Népal en octobre pour voir ce qui est souhaitable et évaluer ce qui est possible, à leur modeste échelle. Ils ne jouent pas les héros. Sans naïveté, ils savent la modestie de leurs actions. Mais ils constatent: «Une étincelle peut suffire à déclencher un cercle vertueux et à produire de grands effets.»

Comme tous les connaisseurs du Népal, ils se méfient de l’Etat corrompu qui prélève des taxes et accapare les richesses. De Suisse, le couple a assisté avec un sentiment mitigé à la ruée humanitaire. Le flot de dons, sous le coup de l’émotion, est touchant. «De l’argent, il en faudra, dit le couple. Mais cet afflux financier atteindra-t-il ceux qui en ont le plus besoin?»

Leur réponse: agir avec des Népalais au-dessus de tout soupçon, des hommes et des femmes éduqués et pragmatiques, prêts à se battre pour ne pas être abusés par l’Etat népalais et déterminés à se dévouer pour organiser la solidarité autour d’eux. A l’instar de leurs amis Dhane (lire ci-contre) et Sony, banquière à Katmandou et pupille de plusieurs enfants scolarisés grâce à des dons suisses.

* «Le Népal après le séisme et la précarité des populations de montagne ici et ailleurs». Discussion publique dès 15 h 30.

Créé: 14.08.2015, 10h20

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«Ça va. Je suis vivant», soupire le guide Dhane

Dhane passe l’été chez ses amis Catherine et André à la vallée de Joux. Au Népal, il est guide de trekking. Le 25 avril, jour du séisme, il accompagnait des touristes dans la montagne. Malgré l’angoisse, il a honoré son mandat. Puis il s’est assuré que sa femme et ses deux enfants, à Katmandou, étaient en sécurité. Alors il s’est rendu à Gumda, son village natal, où vivent encore ses parents et sa grande famille.

La localité, à seulement 30 kilomètres de l’épicentre du séisme, se trouve au pied du Buddhi Himal, la «montagne du bouddha». La coïncidence interpelle les Népalais, très religieux. «Tout était dévasté», raconte Dhane, qui se débrouille en français. Il arbore un sourire un peu énigmatique et ajoute, sans emphase: «Ça va. Je suis vivant.» Le Népalais, présent vendredi après-midi au FIFAD, multiplie les contacts en Suisse avec l’espoir de récolter quelques fonds pour la lourde tâche qui l’attend.

Quatre mois après le séisme, les villageois de Gumda vivent sous tente. Tant que des secousses quotidiennes sont encore enregistrées, il est impossible de lancer des travaux. La mousson, cet été, est redoutée car le séisme a ouvert des fissures que l’eau va agrandir. «On s’attend à des glissements de terrain de grande ampleur», explique Dhane.

Jusqu’à présent il a organisé le tri des matériaux récupérables sur place. D’autres matériaux seront acheminés quand les pistes conduisant au village seront rétablies. La priorité, témoigne le Népalais, ce sera de reconstruire l’école: «L’éducation des enfants, c’est notre avenir.»

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