La Fondation Jan et Oscar continue à grandir

AnniversaireCela fait dix ans que Laurence Pian, la maman de ces deux jeunes garçons décédés à Khao Lak lors du tsunami, vient en aide à la Thaïlande.

Fonceuse, Laurence Pian a choisi la vie. A son poignet, les silhouettes de ses fils disparus ne la quittent jamais. Image: PHILIPPE MAEDER

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Ils survivent bien évidemment dans le cœur de leur maman. Et autour de son poignet, sous forme de figurines se donnant la main. Aujourd’hui, pourtant, Jan et Oscar, les deux petits blondinets qui cherchaient des étoiles de mer sur la plage de Khao Lak, en Thaïlande, quand ils ont été emportés par la vague meurtrière, ont cédé leur place à des centaines de petits enfants aux cheveux noirs dans les occupations quotidiennes de Laurence Pian.

Retrouvez notre webdocumentaire sur le tsunami en cliquant ici.

Après les «célébrations» douloureuses des 10 ans du tsunami, le 24 décembre dernier, 2015 est l’année des festivités joyeuses du 10e anniversaire de la Fondation Jan & Oscar, qui a permis à leur mère de tenter de donner un sens à la disparition de deux de ses enfants, mais qui a également et surtout énormément aidé les Thaïlandais. C’est justement sur la terrasse d’un restaurant thaï que l’énergique et souriante présidente de la fondation évoque cette décennie «qui a passé comme un flash». L’histoire du drame, elle la raconte d’une voix un peu automatique, désireuse d’éviter l’analyse psychologique à deux sous et le misérabilisme au profit du positivisme dont elle a très tôt fait preuve.

Se bouger soi-même
Retour en arrière. Décembre 2004. Pour la première fois, les quatre enfants de Laurence Pian partent en vacances au soleil avec leur papa (son désormais ex-mari), mais sans leur maman. Le tsunami les balaie tous, mais emporte pour toujours Jan, 12 ans, et Oscar, 8 ans. Terrassée, mais désireuse de paraître aussi forte que possible pour les deux enfants qu’il lui reste, Laurence Pian se rend très tôt à l’évidence que ses deux fils ne reviendront pas.

«Le 14 janvier 2005, nous avons fait une cérémonie d’adieu, explique-t-elle. Je suis passée dans les classes pour expliquer à leurs camarades ce qui s’était passé et c’est le directeur du Collège Champittet, où étudiait Jan, qui m’a proposé l’idée d’une fondation. Comme j’ai été totalement submergée par l’élan de solidarité qui a suivi la disparition de mes fils – nous avions déjà reçu des dizaines de milliers de francs avant même la création de la fondation –, j’ai dit oui sans vraiment réfléchir. Et quand, à Pâques, rien n’était encore mis en place, je me suis dit: «Si tu veux que les choses bougent, il faut les faire bouger toi-même.» C’est ce qu’elle fait depuis maintenant dix ans, avec la création, le 29 juin 2005, de la Fondation Jan & Oscar.

La vitesse avec laquelle les choses se sont passées entre Noël 2004 et l’été 2005 peut surprendre. «Certains sont même choqués, mais c’était ma façon à moi de survivre. Je crois au destin et je voulais absolument que de ce drame naisse quelque chose de positif. Les quatre premiers jours qui ont suivi le séisme, j’étais sonnée: le tsunami m’a atteinte physiquement. Mais, le cinquième, je me suis relevée et je suis retournée courir. Chacun réagit à sa manière face à la douleur.»

La mère de famille n’a d’ailleurs pas vraiment été soulagée quand elle a appris que l’on avait identifié les corps de ses petits et qu’ils allaient être rapatriés: «Si cela n’avait tenu qu’à moi, ils auraient été incinérés en Thaïlande. J’ai beaucoup dû me forcer pour leur rendre visite au cimetière. J’ai d’ailleurs arrêté d’y aller. Je préfère leur rendre hommage en Thaïlande en faisant brûler de l’encens au pied de l’arbre qui a sauvé mon aîné.»

«Je ressens un sentiment de reconnaissance très puissant envers ce pays»

Son premier «pèlerinage» sur place, elle l’effectue au mois d’août 2005 sous l’impulsion du Département fédéral des affaires étrangères. Elle s’y rend avec ses deux enfants survivants. «Je ressens un sentiment de reconnaissance très puissant envers ce pays. Que ce soit pour les deux petites masseuses qui ont sauvé ma fille ou pour les médecins légistes qui ont mis leur vie entre parenthèses pendant dix-huit mois passés dans les morgues pour rendre les corps à leurs familles. Par le biais de la fondation, j’ai les moyens de remercier ce pays dont je ne connaissais que les images d’Epinal, c’est-à-dire les plages, la nourriture et le légendaire sourire de ses habitants.»

Un sourire qu’elle et ses partenaires ont rendu et continuent à rendre à des centaines de Thaïlandais en construisant des écoles, des dortoirs ou en installant des sanitaires et des arrivées d’eau potable dans les provinces les plus exposées.

Etendre ses actions
La vie de Jan et d’Oscar s’est donc arrêtée brusquement un sombre jour de décembre 2004 – «je croise parfois leurs amis d’école, qui sont devenus des hommes, cela me fait bizarre». Depuis, c’est la fondation qui porte leurs noms qui poursuit sa croissance à leur place. «La Fondation Jan & Oscar continue de grandir. Je viens d’ailleurs d’engager quelqu’un! Les gens qui nous soutiennent sont fidèles depuis le début et de nombreux bénévoles nous aident, comme cette amie, Caroline Jurgens, qui vient quelques heures chaque semaine.»

Dans un désir de perfectionnement, l’ancienne assistante médicale a suivi une formation de gestion de projets et s’est auto-auditée dans le cadre de ses cours. «Si c’était à refaire, nous serions sans doute moins restrictifs avec nos statuts, puisque j’aimerais étendre notre aide à toute l’Asie du Sud-Est…»

Samedi prochain, pour la troisième fois après 2011 et 2013, la Fondation Jan & Oscar organise un événement dans le cadre d’une représentation du Cirque Knie. «Nous avons déjà fait une petite fête pour nos 10 ans, mais là il s’agit de nous retrouver avec tous nos donateurs dans une ambiance bon enfant, sans dress code. En plus du cocktail dînatoire et du spectacle, les gens pourront participer à une tombola avec des prix exceptionnels, comme une montre de luxe. Ce qui témoigne de la générosité des personnes qui nous soutiennent.»

Le logo de la fondation est une spirale de vie formée de petits bonshommes qui se tiennent par la main. Les prochains qui rejoindront la chaîne sont des étudiants venus de communautés rurales à qui la fondation distribuera des bourses d’études professionnelles. Et aussi des écoliers des tribus montagnardes de Mae Hong Son qui auront bientôt des salles de classe, tout comme ceux de Hua Fai.

Celui qui tient la main de Laurence Pian au quotidien, c’est Alessandro, son nouveau mari. «C’est un ami de mon frère, que je connais depuis que je suis adolescente. Nous nous sommes toujours côtoyés et très bien entendus, mais sans aller au-delà. Et voilà que nous avons été frappés d’un coup de foudre commun après trente ans. C’était comme une évidence. Nous avons énormément de points communs, comme l’amour de la montagne, des voyages à vélo. Nous sommes tous deux fanatiques de l’action.»

L’action, c’est justement elle qui a permis à cette maman blessée de continuer à aller de l’avant et à garder confiance dans la vie, elle aussi qui continue à transformer le quotidien de centaines de petits Thaïlandais des montagnes et d’ailleurs. (24 heures)

Créé: 27.09.2015, 12h22

Pratique

www.fondationjan-oscar.ch

Route de la Petite-Corniche 2, 1091 Aran.

Tél.: 076?393?20?22.


Soirée spéciale anniversaire et récolte de fonds au Cirque Knie le 3 octobre à?Lausanne avec cocktail dînatoire et?spectacle.
Prix des places: 180?francs

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