12 mois de labeur au fond du verre

ViticultureLa RTS a tourné «Saisons de la vigne», ambitieux documentaire sur la viticulture suisse. À déguster dès le 30 mai.

Tournage des «Saisons de la vigne» sur les hauts de Lavaux.

Tournage des «Saisons de la vigne» sur les hauts de Lavaux. Image: RTS

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Le week-end de Pentecôte, les caves vaudoises ouvriront grandes leurs portes. Des essaims de citadins, le gosier pentu et le verre tendu, vont s’abattre sur les domaines du canton. On va goûter. Commenter. Regoûter. Acheter quelques cartons peut-être. Sans vraiment mesurer le labeur qui se cache derrière cette si gouleyante topette de gamay. Car une cuvée, c’est le résultat de douze mois de sueur, de doutes, de défis, de spéculations, d’angoisses parfois. Une cuvée, c’est le terme d’une aventure.

Pour comprendre cet éternel et éprouvant cycle annuel, le producteur et réalisateur genevois David Rihs a suivi cinq vignerons et vigneronnes des quatre coins de la Suisse durant l’année 2018. Le premier volet de son documentaire, «Les saisons de la vigne – Les domaines du possible», sera diffusé le 31 mai sur la RTS. On l’a vu: il est drôlement bien. Trois autres épisodes suivront les semaines suivantes.

«Amener les gestes de la vigne et l’ambiance particulière de ce travail sur les écrans, c’est un projet que je couvais depuis des années», raconte David Rihs. Un projet d’ampleur. Car, outre courir sur quatre saisons, le «doc-feuilleton» dresse donc le portrait de cinq personnages et le quotidien de cinq exploitations suisses.

Cinq profils bien typés

Sur le front est, voilà la pimpante Tessinoise Valentina Tamborini, héritière du vaste domaine du même nom, que l’on flaire plus femme d’affaires que femme de terre. Et puis Irène Grünenfelder, vigneronne grisonne emblématique, qui projette de passer en bio contre l’avis de ses enfants.

Côté Suisse romande, voici le jeune Basile Monachon, qui a repris les rênes du domaine de son père en Lavaux, en incarnant la 5e génération de vignerons de la famille. Et puis les Mermoud, à Lully, Luc le père, Damien le fils, sévèrement touchés par la grêle en 2016, puis par le gel en 2017. Deux tronches, deux visions du vin, une transmission en cours…

Sans oublier Marion Granges, l’infatigable et attachante dame du Domaine de Beudon, «l’île céleste» juchée à 700 mètres au-dessus de Fully, atteignable par un sentier escarpé et un petit téléphérique privé. Marion a perdu son époux en 2016. Le couple fut précurseur de la biodynamie en Suisse. Ses filles ne souhaitent pas reprendre le domaine. Marion se retrouve seule tout là-haut, au milieu de ses vignes perchées et si chouchoutées.

Passer le domaine

La transmission, ou l’absence de relève, c’est le fil rouge du documentaire, où un paternel soucieux se cache souvent derrière sa progéniture. «C’est un métier de passion, d’investissement total», note David Rihs. «Quand on a été immergé là-dedans toute sa vie, comment lâcher prise? Doit-on mourir son outil à la main? Comment et quand le léguer?» L’autre thématique en filigrane, ce sont certes les nouveaux enjeux climatiques et écologiques. De Genève aux Grisons, d’une génération à l’autre, la question du mode cultural agite les repas de famille. Bio? Pas bio? Un peu bio sur les bords?

Il a fallu trois équipes des deux côtés de la Sarine et donc une année pour filmer cette fresque viticole. Il a fallu aussi se faire accepter chez les vignerons. Gagner leur confiance. Se faire oublier. Et puis donner une unité à cette riche vendange d’images et de sons. Défi relevé.

Il y a là une peinture passionnante de la viticulture suisse d’aujourd’hui et de vrais morceaux de vie entre les ceps. Des sécateurs en action et des fronts plissés. Des crus en élevage dégustés avec recueillement et des regards anxieux braqués sur des cieux d’orage. À voir absolument, un verre de vin à la main. (24 heures)

Créé: 23.05.2019, 14h19

Infos

«Une année à la vigne - Les domaines du possible»

De Pierre Monnard et David Rihs
Coproduit par la RTS

Du 31 mai au 21 juin
Tous les vendredis à 20h10
Sur RTS Un

Premier volet: l’hiver

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