Les vignerons vaudois ont mis Paris en bouteilles de chasselas

VinL’action de l’Association pour la promotion du chasselas a séduit les spécialistes parisiens, conquis par la qualité des crus vaudois.

Les vignerons, dont le Lutryen Michel Dizerens (au centre), ont présenté leurs vins lundi au siège de l’OIV au cœur de Paris. Image: Claude Béda

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«A Paris, ce cépage de valeur, mais méconnu ici, a un territoire vierge à conquérir. Et il a tous les atouts pour y parvenir», explique Jean-Michel Garrigues, membre de l’Association des sommeliers de Paris Ile-de-France. L’action de l’Association pour la promotion du chasselas, dont le siège est à Aigle, a séduit les spécialistes parisiens du vin. Plus d’une centaine d’entre eux – sommeliers, propriétaires de bars à vins, restaurateurs ainsi que des particuliers – ont pris part, lundi, à cette opération de séduction. Intitulée «Le Paris du chasselas», elle a été mise sur pied à l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV), en plein cœur de Paris, à deux pas de l’Elysée.

Une cinquantaine de crus primés au Concours mondial du chasselas à Aigle en juin, dont la moitié du canton, mais aussi du Valais, de Neuchâtel, d’Allemagne, de France et du Canada, y ont été présentés. «Il s’agit pour nous de donner le goût du chasselas aux Parisiens et de créer une image de ce cépage auprès des leaders d’opinion en France, explique Claude-Alain Mayor, secrétaire de l’association. Ce qui devrait aussi donner lieu à des retombées sur le marché suisse. Car un Alémanique achètera plus volontiers un chasselas en sachant qu’il plaît aussi à Paris.»

Parmi les vignerons vaudois qui sont partis lundi à la conquête de la capitale française, Michel Dizerens, de Lutry, confirme: «C’est avant tout la notoriété qui crée la demande. Raison pour laquelle je suis venu ici.» Son homologue Sébastien Chappuis, vigneron à Chexbres et Puidoux, a débarqué, lui, avec ses vieux millésimes: «C’est l’occasion de démontrer que ce cépage vieillit bien et développe avec le temps une complexité qui permet de l’associer à un plus grand nombre de mets.» Une initiative judicieuse, selon Yves Paquier, expert en chasselas de Saint-Prex présent à Paris: «Le potentiel de garde du chasselas suscite un intérêt marqué auprès des connaisseurs français.»

Les compliments fusent

De leur côté, les spécialistes parisiens du vin ont été conquis par la qualité du chasselas vaudois. «Bon nombre de crus ont leur place sur les grandes tables», estime Denis Saverot, rédacteur en chef de La Revue du Vin de France. «On perçoit un véritable effort de vinification, ajoute Pierre d’Ornano, directeur de la publication gastronomique en ligne Singular’s. Ce vin délicat plairait aux Parisiens. Agréable à boire, il développe une belle complexité.»

Mais avant de débarquer à Paris, où il est davantage connu comme raisin de table que comme vin, le chasselas devra vaincre plusieurs obstacles. «Le premier est psychologique, relève Claude-Alain Mayor. Car les Français sont convaincus de produire les meilleurs vins du monde. Et, surtout, il nous faut trouver un importateur, car les restaurateurs ou autres tenanciers d’établissements parisiens ne s’approvisionneront pas en chasselas eux-mêmes.»

Reste que le «Paris du chasselas» est plutôt réussi. Et pas uniquement aux yeux de ses organisateurs: «Je suis surpris par le nombre de personnes qui se sont déplacées, malgré les multiples foires aux vins qui ont lieu simultanément à Paris, confie Philippe Alliaume, rédacteur en chef de Suisse Magazine, établi dans la région parisienne. Et d’autant plus que les gens ne sont pas simplement venus pour boire un verre, vu qu’un cours théorique était associé à la dégustation (lire l'encadré)

L’opération sera donc reconduite en 2018 par l’Association pour la promotion du chasselas. Elle s’inscrivait à la suite de trois dégustations déjà organisées ce printemps à l’Ecole de dégustation Jacques Vivet à Paris. «Mais, par la suite, nous souhaiterions que les vignerons prennent le relais», confie Claude-Alain Mayor. (24 heures)

Créé: 15.09.2017, 08h51

La pratique et la théorie

Les Parisiens présents lundi au «Paris du chasselas» ne se sont pas juste déplacés pour y boire un verre. Car la dégustation mise sur pied par l’Association pour la promotion du chasselas au siège de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) était accompagnée d’une master class. Ce cours animé par Daniel Dufaux, président des œnologues de Suisse et directeur de Badoux Vins à Aigle, a passé en revue l’histoire, les aspects sociétaux ou encore la répartition géographique essentiellement lémanique du chasselas. Cette master class a aussi donné lieu a de vifs débats. «Ce vin au très fort caractère ne risque-t-il pas d’effacer le goût des mets qu’il accompagne», s’est interrogée une Parisienne en se référant à un Vufflens-le-Château 2016. «En Suisse, le chasselas est surtout consommé en apéritif, mais aussi avec des mets de poissons et, surtout, de fromages», lui a expliqué Daniel Dufaux. Et en dégustant les 50 meilleurs vins primés au Concours mondial du chasselas, les Parisiens ont aussi été surpris de s’apercevoir à quel point ces nectars étaient marqués par leur terroir.

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