Seule la mort aura réussi à arrêter Philippe Rochat

GastronomieLe jeune retraité est décédé ce mercredi à 61 ans en faisant du vélo, le sport auquel il vouait une vraie passion.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’était la stupeur, mercredi, dans le monde de la gastronomie romande à l’heure où est tombée l’annonce de la mort de Philippe Rochat, pris d’un malaise lors d’une sortie à vélo avec deux amis, pas très loin de la maison de Jouxtens qu’il s’était fait construire pour sa retraite. «Il était dans une telle forme», clame son ancien patron Fredy Girardet. «Quelle tristesse!» se désole son successeur, Benoît Violier. «Ça me glace le sang», avoue Philippe Chevrier, à Satigny, qui avait travaillé avec lui à Crissier en 1983. «Avec nos métiers, on est toujours dans l’excès, c’est terrible», avance Gérard Rabaey, qui était à l’époque le seul autre trois-étoiles suisse et chez qui Philippe Rochat avait organisé son repas de mariage avec Franziska Moser en 1995. «Il avait encore tellement de belles années à vivre», regrette Gérard Cavuscens, son copain de toujours.

C’est chez le père de ce dernier, au Buffet de la Gare de Romont, que le jeune Philippe, 15 ans, a commencé son apprentissage de cuisinier. «Philippe avait eu une enfance difficile, se rappelle Cavu. Il avait déjà perdu sa mère quand il avait 9 ans. Il allait travailler chez le paysan avant et après l’école. Il était élevé à la dure.» La cuisine, donc, sera sa première grande passion. Après Romont, il part six ans dans deux palaces à Zurich. Mais le Combier d’origine veut revenir au pays, et c’est par l’entremise de son copain Gérard Cavuscens qu’il le rejoint chez Girardet en 1980. «Il a sans doute réappris son métier ici, il était tellement passionné. Il était structuré, organisé, rigoureux. Et persévérant», se rappelle Fredy Girardet.

Courage

C’est à Crissier aussi qu’il découvre une nouvelle passion, le vélo. «Il avait commencé un peu le cyclisme à Zurich parce qu’il voulait maigrir. Ici, on s’est mis à rouler ensemble mais j’étais plus raisonnable. Lui allait toujours jusqu’au bout», affirme Fredy Girardet. Passé par tous les postes de la cuisine, Philippe Rochat finit par en devenir le chef en 1989, puis par reprendre le restaurant en 1996. «Il fallait un tel courage pour se lancer après un des meilleurs cuisiniers du monde, et il l’a eu», affirme Philippe Chevrier. «On ne se rend pas assez compte de ce qu’il a apporté dans ce canton», poursuit Gérard Rabaey.

Le cuisinier a dû affronter le plus terrible des drames, la mort de son épouse Franziska, dans un accident de montagne, en 2002. L’homme est dévasté mais il trouve l’énergie de repartir. Avec l’aide de ses amis, comme le sculpteur André Raboud, qui avait aussi vécu la perte d’un proche. «On se téléphonait quasi tous les jours, se rappelle l’artiste. Il voulait savoir comment faire.» Philippe Rochat a pu aussi compter sur le soutien de son chef d’alors, devenu son successeur, Benoît Violier. «Je pense que c’est là qu’il m’a vraiment fait confiance, affirme celui-ci. Nous avons développé une relation père-fils, et quand je regarde le restaurant aujourd’hui, je continue à me dire que c’est grâce à lui, il a tellement fait pour que l’aventure de Crissier continue», poursuit le chef, qui avait prévu de fêter les 60 ans du restaurant en septembre en présence de ses deux prédécesseurs.

Le chef disparu, qui a côtoyé aussi bien les célébrités que les humbles qui venaient fêter un événement à l’Hôtel-de-Ville, a toujours gardé les pieds sur terre. «Il n’est jamais tombé dans le piège du bling-bling, estime Knut Schwander, responsable romand du guide Gault&Millau. C’était quelqu’un d’authentique, de direct et d’une loyauté absolue. Il avait une très belle personnalité et sa cuisine en était le reflet, comme c’est toujours le cas. Les plats de Rochat étaient sans esbroufe, cherchant à mettre en valeur le produit plutôt que le cuisinier.»

Transmission

A l’heure de remettre les clés, le Vaudois a su également s’effacer pour mettre en avant son successeur, même s’il était resté associé dans l’affaire. «On se téléphonait au moins deux fois par semaine, explique Benoît Violier. Il était soucieux de tout ce qui se passait, mais en me laissant toute liberté.»

Le pseudo-retraité affichait une forme étincelante, s’était fait construire une jolie maison à Jouxtens qu’il partageait avec sa compagne, la fondeuse Laurence Rochat, participait à la société de traiteur haut de gamme qu’il avait créée avec Lazare Saguer et Michel Hug, développait des activités de consulting. Détendu, il cultivait l’amitié et la générosité même si, comme il l’affirmait, «je doute tous les jours, à chaque instant». Sans doute une des raisons du succès de sa magnifique carrière. (24 heures)

Créé: 08.07.2015, 14h32

«C’est Frédy Girardet qui m’a annoncé la triste nouvelle. Philippe Rochat était quelqu’un que j’estimais énormément. Fils spirituel de Frédy, il avait su maintenir la qualité et la renommée de la maison, confie Joël Robuchon, chef parmi les plus titrés au monde. La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était à Crissier, il y a une année. Philippe était quelqu’un de toujours très positif, de fidèle en amitié en plus d’être un cuisinier exceptionnel, hors du commun. Rigoureux, il a su moderniser la cuisine dans la suite de ce que lui avait appris Frédy Girardet qui avait porté Crissier au sommet de la cuisine européenne. Ce qui est énorme! Il s’est hissé parmi les grands noms de la gastronomie en magnifiant les produits.» (Image: FLORIAN CELLA)

Vidéo

Articles en relation

Philippe Rochat est décédé

Carnet noir Le célèbre cuisinier vaudois a eu un malaise à vélo ce matin aux alentours de Cheseaux-sur-Lausanne. Philippe Rochat est décédé. Il avait 61 ans. Plus...

Retraite active

La dernière fois que nous avions été chez lui, Philippe Rochat nous avait reçu sur sa terrasse de Jouxtens, devant la superbe cuisine extérieure où trônait toujours l'enseigne de son restaurant. «Mais je cuisine plus simplement maintenant», disait-il en riant.
Fou de vélo, il en faisait à chaque vacance et le plus souvent possible. Il se rappelait l'émotion d'être allé jusqu'à la pointe du cap de Bonne Espérance, en Afrique du Sud.
Mais le jeune retraité était toujours impliqué dans le traiteur créé avec ses deux associés, RSH. Il développait également une activité de consulting.
Il soutenait aussi la relève du LHC et beaucoup d'autres choses, avec sa générosité habituelle.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.