Fred, la bonne poire, est prête à être mangée

GastronomieÀ Conthey, l’Agroscope a fait des croisements pour obtenir un fruit solide qui puisse se manger à la main sans couler.

Danilo Christen et Michael Weber dans un des premiers stocks de freds, la nouvelle poire.

Danilo Christen et Michael Weber dans un des premiers stocks de freds, la nouvelle poire. Image: SEDRIK NEMETH

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Sa peau est légèrement grumeleuse, le vert de son teint se couvrant de rouge par endroits. Sa forme est généreuse, joliment rebondie à la taille. Et sa chair a une petite rusticité, avec du grain, qui lui permet de conserver son jus au moment où on la croque. La nouvelle poire développée par Danilo Christen, responsable du groupe Production fruitière à l’Agroscope de Conthey, vient d’être mise sur le marché et elle porte les espoirs d’une culture que les Suisses apprécient moins que par le passé. Alors que l’Helvète mangeait en moyenne 6 kilos de poires par année il y a vingt ans, il n’en croque plus que la moitié aujourd’hui.

«Je pense que la manière de manger des poires a changé. Aujourd’hui, les gens ne veulent plus s’asseoir avec une assiette pour déguster une poire bien juteuse et coulante. Ils veulent des fruits qu’ils puissent glisser dans le sac d’école ou le sac à dos, et croquer «à la main» le moment venu.» La pomme, donc, a davantage d’atouts en main pour séduire les jeunes. Cela se sent aussi dans les surfaces cultivées en Suisse, qui ont perdu 200 de leurs presque 1000 ha entre l’an 2000 et aujourd’hui.

Producteurs, vendeurs et clients

Le projet mené par l’Agroscope Changins Wädenswil dans sa station de Conthey (VS) visait donc à satisfaire les trois acteurs de la filière poire: les arboriculteurs d’abord, qui doivent faire face à une production bisannuelle naturelle du fruit, avec une année de grosse production avant une année de régénération. Qui doivent attendre le cinquième anniversaire de l’arbre pour récolter; et qui doivent lutter contre le feu bactérien qui se propage en Suisse. La distribution, ensuite, manque de poires indigènes entre avril et septembre, les variétés existantes ne se conservant pas assez longtemps en frigo. Et elles sont également fragiles au transport, se marquant trop facilement. Et les consommateurs enfin, qui veulent du fondant mais pas du coulant, de la fraîcheur mais pas trop, et une jolie couleur.

À Conthey, le projet de créer une nouvelle variété qui succède aux quatre ténors suisses (84% du marché) – dans l’ordre Beurré Bosc, William, Conférence et Louise Bonne – a été initié par Charly Rapillard, qui a croisé des dizaines de parents différents pour obtenir des milliers d’enfants à étudier. «Quand je suis arrivé en 2005, j’ai hérité de plusieurs milliers d’arbres qu’il fallait suivre. Chaque jour, nous dégustions donc une cinquantaine de poires pour en évaluer les qualités, tout en faisant des mesures précises.» Au final, Danilo Christen a une intuition avec l’ACW 3951, un enfant de la Harrow Sweet canadienne et de la Verdi hollandaise, et décide d’accélérer le processus de validation avant la mise sur le marché. Rebaptisée CH 201 par les chercheurs en 2010, elle est inscrite en 2013, multipliée en 2014 et distribuée dans douze pays pour des essais. Les retours des scientifiques et des consommateurs sont excellents.

Aujourd’hui, 10 hectares de vergers suisses sont déjà plantés de 20 000 arbres et 20 000 autres sont en commande. «Suffisamment pour un lancement commercial.» Là, c’est un spécialiste qui s’en occupe. La société Varicom de Michael Weber a déjà mis sur le marché des pommes comme la Mairac ou la Galmac. C’est elle qui gère la reproduction des plantes et le marketing de celle qui a enfin un vrai nom: Fred.

Des qualités prometteuses

Fred, donc, produit des fruits dès la 2e?année, et de manière assez régulière au fil du temps. Sa peau épaisse la protège bien du feu bactérien. Cueillie aux alentours du 20 septembre, elle résiste bien à un premier mois en atmosphère normale, avant de rejoindre des frigos en atmosphère contrôlée (2% d’oxygène, 1% de CO2) où elle peut attendre des mois, y compris jusqu’à la récolte suivante. Elle se marque moins que ses cousines. Voici donc les producteurs et les commerçants heureux.

Et les clients finaux? Un test de consommateurs la montre «pratique», «croquante comme une pomme», «juteuse», «délicieuse», «maniable», «étonnamment différente». Que demander de plus? D’autres nouvelles variétés qui sont encore dans le pipeline de Danilo Christen. «Mais on ne va pas inonder le marché pour le moment, ce serait contre-productif pour Fred.»

www.go-fred.com

(24 heures)

Créé: 28.01.2018, 08h15

La pénurie

Le gel 2017 a mis à mal la production suisse de poires, que Danilo Christen estime à 50% de son niveau habituel. «Dans les régions habituées au gel comme le Valais, les producteurs avaient des moyens de lutte, comme l’aspersion d’eau. Mais, ailleurs, ce n’a pas été le cas.» D’autres fruits ont souffert, avec par exemple un volume de pommes qui était aussi réduit de moitié ou des abricots qui ont beaucoup souffert. De plus, l’évolution des fruits dans les frigos a été plus rapide qu’à l’ordinaire. «Il n’y a quasi plus de poires suisses dans les stocks.»

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